Archive for novembre, 2010

26 novembre 2010

Le groupe SG met en route un plan de développement en Afrique (Les Afriques n°140 du 25/11/2010)

Jean-Louis Mattei, directeur de la banque de détail à l’international de la Société Générale, l’un des premiers groupes bancaires en Europe, a dévoilé, le 11 novembre à Casablanca, que le cap sera mis sur la croissance des activités en Afrique. Un plan de développement à l’horizon 2015, appelé Ambition SG 2015, a été présenté. Non satisfaite de ses positions de second en Algérie, de 3ème au Maroc et de 4ème en Tunisie, la Société Générale envisage de devenir la première banque à capitaux privés de la zone du Maghreb. L’ambition est d’ouvrir 380 agences supplémentaires, soit une croissance de 60%, et de drainer 1,3 million de clients supplémentaires (+100%). Plus généralement, le directeur de la banque de détail a avancé que l’Afrique (20% du réseau à l’international), continent à fort potentiel, qui a bien résisté à la crise, connaît une forte croissance du PIB particulièrement grâce à ses réserves de matières premières (Algérie, Ghana, Guinée, Tchad, Guinée équatoriale…) et demeure stratégique pour le groupe.

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25 novembre 2010

Coup d’accélérateur indien (Jeune Afrique n°2602 du 21/11/2010)

De Freetown à Nairobi en passant par Niamey, et de N’Djamena à Antananarivo via Kinshasa, quelque 40 millions d’abonnés de l’opérateur mobile Zain s’apprêtent à devenir, d’ici à la fin de l’année, des clients d’Airtel, la marque commerciale du groupe indien Bharti. Au Gabon, c’est déjà chose faite depuis le 19 novembre.

Bharti Airtel, le leader de la téléphonie mobile en Inde, se positionne désormais comme le troisième plus grand opérateur mobile sur l’ensemble du continent, derrière le sud-africain MTN (90 millions d’abonnés)  mais devant le groupe français Orange (50 millions).

Cette montée en puissance de l’Inde sur le marché africain de la téléphonie mobile, rendue possible par ce qui est encore la plus grande opération de rachat de l’année en Afrique (l’acquisition des actifs du koweïtien Zain dans quinze pays africains pour 8,5 milliards d’euros), n’est que la face visible de l’offensive que mène le tigre d’Asie sur le continent. Tout comme l’opération réalisée par son compatriote Essar Group, le 9 novembre dernier, au Zimbabwe, pays en pleine reconstruction après plusieurs décennies de crise sociopolitique. Le conglomérat indien pesant près de 15 milliards de dollars (11 milliards d’euros), déjà présent dans la téléphonie mobile au Congo-Brazzaville, a acquis 54 % de l’aciériste Ziscosteel pour 500 millions de dollars. Et il s’est engagé auprès des autorités de ce pays à relancer la société zimbabwéenne, autrefois poids lourd africain de la métallurgie (1 million de tonnes d’acier produit par an), et qui avait suspendu ses activités en 2008, en raison d’une dette de plus de 300 millions de dollars.

 Accélérer les acquisitions

 « L’Inde va accroître, dans les années à venir, ses financements et sa présence dans la réalisation de grands projets en Afrique », prédit Olivier Guillard, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris à Paris). Sur ces cinq dernières années en effet, la troisième puissance économique d’Asie a d’ailleurs déjà accéléré ses acquisitions sur le continent. Selon les chiffres de l’agence Bloomberg, environ quatre-vingts acquisitions et prises de participation ont été réalisées par les entreprises indiennes en Afrique depuis 2005, pour un montant de 16 milliards de dollars.

Si le montant de ces investissements est encore loin derrière ceux de la Chine (31 milliards de dollars au cours des cinq dernières années), ils ont la particularité d’être conclus très souvent – à quelques exceptions près – sans tambour ni trompette, mais surtout d’être réalisés dans des secteurs très variés allant de l’énergie à tous les biens de consommation, en passant par la pharmacie

Ainsi, pendant que tous les regards étaient focalisés sur le rachat des activités africaines de Zain par Bharti Airtel en juin dernier, Godrej Consumer Products (GCP), un groupe spécialisé dans les produits cosmétiques à bas prix basé à Mumbai (ex-Bombay), rachetait au même moment le fabricant de savon nigérian Tura, dont les produits sont commercialisés dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le montant de l’opération n’a pas été révélé, mais, en 2008 déjà, GCP avait racheté le sud-africain Kinky, fabricant de produits de soins pour les cheveux, pour un montant de 27 millions d’euros.

Au Maroc, Tata Hispano, filiale du géant indien Tata Motors spécialisée dans la conception et la commercialisation de bus, vient d’annoncer un investissement de 8 millions d’euros dans une chaîne d’assemblage pour augmenter sa production et ses exportations vers l’Afrique subsaharienne. Dans le royaume, le groupe Tata est présent dans la fabrication d’acide phosphorique, en coentreprise avec l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), et dans plusieurs SS2I.

Autre exemple : Karuturi Global, l’un des leaders mondiaux de la production de roses, s’apprête à lever plus de 100 millions de dollars pour louer des terres en Ethiopie et produire des denrées alimentaires pour le marché est-africain. Bloqué par des difficultés d’acquisition de terres en Inde, le groupe Karuturi s’est tourné vers l’Afrique et a acheté ses premières parcelles en Ethiopie en 2004 pour augmenter sa production. Depuis, ses revenus ont été multipliés par onze, pour atteindre plus de 110 millions de dollars.

En fait, « les sociétés indiennes, qui sont déjà bien implantées sur leur marché domestique, misent sur l’Afrique comme un relais de croissance à moyen et à long terme », explique un homme d’affaires ouest-africain fraîchement rentré d’Inde. Certes, leur marché intérieur est encore en pleine croissance, mais, comme toutes les grandes compagnies internationales, les indiennes sont très attirées par la montée d’une classe moyenne en Afrique. Selon les derniers chiffres de Proparco, la branche de l’Agence Française de Développement (AFD) destinée au secteur privé, les consommateurs africains solvables seront 132 millions en 2020 et dépenseront quelque 584 milliards de dollars par an. « Les groupes indiens veulent se positionner comme une alternative à la Chine en apportant, outre le capital, le savoir-faire. Ils sont dans une démarche de production locale avec, à la clé, des créations d’emplois », explique un avocat d’affaires. D’après ce dernier, les entreprises indiennes sont convaincues de pouvoir reproduire en Afrique leur modèle très efficace de production à bas coût. Mais il n’est pas sûr que cela soit suffisant pour la conquête du marché africain, face à l’impressionnant rouleau compresseur chinois. Surtout que, très souvent, les négociations peuvent prendre beaucoup de temps avant la conclusion d’une acquisition et d’une prise de participation. De fait, le gouvernement indien est en train de repenser et de restructurer sa stratégie en Afrique, avec à la clé l’instauration de davantage de négociations d’État à État. « Comme la Chine, l’Inde se placera de plus en plus sur des grands projets comme la construction de routes, de raffineries… », explique Olivier Guillard. Autrement dit, l’Inde est en passe de compléter sa stratégie d’approche du marché et d’y inclure le modèle chinois : infrastructures contre pétrole et minerais.

Soutenir son industrialisation

« II ne faut pas se leurrer, affirme le chercheur de l’Iris, la priorité des Indiens, c’est d’abord l’approvisionnement en énergie et en ressources minérales dont le pays a besoin pour soutenir son industrialisation». Pour preuve, la décision de l’Inde, dont les réserves de change sont estimées à plus de 250 milliards de dollars, de créer pour la première fois un fonds souverain destiné à financer les acquisitions de la société publique Oil and Natural Cas Corporation (ONGC) à l’étranger, notamment en Afrique. Dans le viseur du sous-continent : l’or noir de l’Angola, du Soudan, de l’Ouganda (lac Albert)… En effet, début novembre, le gouvernement indien a officiellement manifesté son intérêt pour le pétrole angolais. Ainsi, ONGC pourrait proposer très prochainement à ExxonMobil 2 milliards de dollars pour racheter ses actifs dans l’offshore de ce pays. Les compagnies pétrolières du pays (ONGC, Oil India Ltd, Essar Oil et Reliance Industries) sont très peu présentes dans l’exploration et la production en Afrique. Et pourtant, les hydrocarbures sont vitaux pour un pays qui importe 80 % de ses besoins et doit trouver de nouvelles ressources pour alimenter ses raffineries et soutenir sa croissance.

Stéphane Ballong

25 novembre 2010

L’Afrique et le piège de la guerre des monnaies (Les Afriques n°140 du 25/11/2010)

[…] La nouvelle guerre monétaire qui se profile prend le visage de l’impression massive de monnaie-papier. La Réserve fédérale des Etats Unis, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon se sont lancées dans une politique de Quantitative Easing (QE) – l’impression de centaines de milliards de dollars de monnaies électroniques dans le but déclaré de stimuler les économies moribondes qu’elles supervisent. Toutefois, étant donné que les taux d’intérêt qu’elles pratiquent avoisinent zéro, les investisseurs à la recherche de placements rentables inondent les marchés financiers étrangers – qui pratiquent des taux d’intérêt plus élevés – d’une grande partie de cet argent. Les pays émergents considèrent donc que QE est une forme d’intervention sur le marché de change ayant pour finalité la dépréciation des monnaies occidentales et l’appréciation des monnaies des autres pays.

 Capitaux spéculatifs

En Afrique du Sud, l’économie phare du continent, une rentrée massive de ces fonds attirés par des taux d’intérêt bien supérieurs à ceux pratiqués dans les pays du Nord entraîne une appréciation du rand, la monnaie locale, ce qui nuit aux industries d’exportation. Les économies de la zone franc sont particulièrement exposées. Le franc CFA est extrêmement vulnérable, car il est librement convertible en devises étrangères, à un taux de change fixe arrimé à une devise au taux de change variable, l’euro, une monnaie en état de siège. Une couverture de risque de change portée de 20 à 110%, des taux d’intérêt usuraires, une inflation sous contrôle et la libre circulation des capitaux alimentent une fuite massive de capitaux au bénéfice du Trésor français et des compagnies françaises telles que Bouygues, Areva, Total, Sonatel (France Télécom), BNP Paribas, Société Générale, Air France, etc. Le franc CFA est également très attractif aux placements des capitaux spéculatifs. Les taux d’intérêt élevés de la zone assurent à ces dépôts des rémunérations substantielles exonérées d’impôts. Les spéculateurs ont beau jeu de transférer dans ces comptes des sommes énormes d’argent : ils collectent leurs gains exempts de taxes tous les trois mois, et répètent la même opération à l’envi.

Le dynamisme de l’informel

La perspective d’une « guerre des monnaies » est d’autant plus dommageable pour l’Afrique que ses perspectives économiques sont encourageantes. Selon le bureau international de consultation McKinsey, l’Afrique a été, en 2009, le troisième contributeur à la croissance économique mondiale derrière la Chine et l’Inde. Le continent est également celui où les taux de rentabilité des investissements sont les plus élevés, comparé aux autres régions en développement.

De nombreux facteurs ont contribué à cet essor. La jeunesse de la population africaine représente un actif-clé pour la région. Avec 40% des Africains vivant dans les villes, l’urbanisation rapide du continent a fait naître un secteur informel dynamique agissant en marge de l’économie moderne. Même marginalisée et n’ayant quasiment pas accès au système bancaire, cette économie de trésorerie emploie jusqu’aux neuf dixièmes de la main d’œuvre et les trois quarts des détaillants. Ces petites et moyennes entreprises sont les acteurs les plus dynamiques des échanges commerciaux intra-régionaux. L’intégration économique est menée tambour battant par les hommes d’affaires du secteur informel, et non par les politiciens ou les acteurs économiques étrangers.

En 2015, l’Afrique sera la seule région du monde où la population jeune continuera de croître. Le nombre des ménages dont le revenu dépassera 5000 dollars – considéré comme un seuil pour les dépenses de consommation – passera de 85 millions à 128 millions dans la prochaine décennie. En 2050, le continent comptera 2 milliards d’habitants, dont 60% vivront dans les villes. Il y aura un milliard cent millions de jeunes en âge de travailler – plus qu’en Chine et en Inde.

L’ascension économique de puissances émergentes telles que la Chine, l’Inde et le Brésil ont créé une dynamique d’augmentation des cours des matières premières et d’accroissement des recettes d’exportation. Les réformes mises en place ces trente dernières années ont grandement amélioré les agrégats macroéconomiques et donné naissance à un environnement favorable aux affaires. Les investissements directs étrangers ont connu une évolution également spectaculaire, passant de 9 milliards de dollars en 2000 à 62 milliards en 2008 – ramenés au PIB, c’est presque tout autant que les flux de capitaux entrant en Chine.

Entre deux feux

Ces lendemains pleins de promesses risqueraient d’être mis en péril si la « guerre des monnaies » qui se profile se matérialisait. L’Afrique se trouve de nouveau prise entre deux feux. Elle sait d’expérience que quand les éléphants se battent, elle est susceptible d’être piétinée. Toutefois, elle pourrait trouver du réconfort dans le fait que, lorsque les économies du monde sont en difficulté, les investisseurs se précipitent sur les valeurs refuges que sont les métaux précieux : or, argent, platine et autres matières premières telles que le pétrole et les autres produits de base dont l’Afrique regorge.

Sanou Mbaye (économiste sénégalais basé à Londres, ancien haut fonctionnaire de la Banque africaine de développement et auteur de L’Afrique au secours de l’Afrique, Edition de l’Atelier, 2009)

9 novembre 2010

Afrique – France: Réinventer le co-développement

Institut Montaigne – Rapport, Juin 2010

http://www.institutmontaigne.org/afrique-france–reinventer-le-co-developpement-3202.html

9 novembre 2010

The African Challengers: Global Competitors Emerge from the Overlooked Continent

Boston Consulting Group – Rapport, Juin 2010

http://www.bcg.com/media/PressReleaseDetails.aspx?id=tcm:12-49363