La population des villes africaines va tripler (Rapport ONU-Habitat du 24/11/2010)

La population des villes d’Afrique va plus que tripler au cours des 40 ans à venir, avertit ONU-Habitat dans son Rapport 2010 sur l’Etat des Villes Africaines : Gouvernance, inégalité et marchés fonciers.

C’est en 2009 que l’Afrique a dépassé le seuil du milliard d’habitants, dont 395 millions (soit quelque 40%) vivaient alors en ville. Cette population urbaine va elle-même atteindre un milliard d’habitants en 2040 et 1,23 milliard en 2050, date à laquelle 60 % des Africains vivront en ville.

“Aucun gouvernement ne peut se permettre d’ignorer la rapide transition urbaine en cours à travers le continent. Les villes doivent devenir des priorités pour les politiques publiques, avec d’énormes investissements pour adapter les capacités de gouvernance aux besoins, une fourniture équitable de services, un habitat d’un coût abordable et une meilleure répartition des richesses,” a déclaré Joan Clos, Directeur général d’ONU-Habitat.

D’après le rapport, l’Afrique est la région du monde où l’urbanisation de la population est la plus rapide (3,4 % par an en moyenne), et c’est en 2030 qu’elle devrait cesser d’être majoritairement rurale. La croissance démographique en ville va conduire à un accroissement exponentiel de la demande d’habitat et de services. Mais, comme le soulignent les auteurs, les villes d’Afrique sont déjà submergées par les taudis et les bidonvilles et un triplement de la population urbaine pourrait bien être catastrophique, à moins que des mesures d’urgence soient prises dès maintenant.

Les dimensions de l’urbanisation

Le rapport souligne les dimensions diverses qui sont celles de l’urbanisation en Afrique et fait quelques observations:

• Le Caire, avec 11 millions d’habitants, est toujours la plus grande agglomération du continent. Mais dès 2015, elle sera dépassée par Lagos 12,4 millions). En 2020, c’est Kinshasa, avec 12,7 millions d’habitants, qui à son tour dépassera Le Caire (12,5 millions). Luanda a récemment dépassé Alexandrie pour devenir la quatrième ville la plus peuplée d’Afrique, et sa population devrait dépasser les huit millions en 2040.

• Jusqu’à 2020, Kinshasa sera la ville dont la démographie va s’accroître le plus en chiffres absolus, avec quatre millions (46 pour cent de plus que la population de 2010, estimée à 8,7 millions). Elle est suivie par Lagos, qui dans le même temps va accueillir 3,5 millions d’habitants supplémentaires, soit une croissance de 33,8 pour cent. Pour sa part, Luanda peut s’attendre à une augmentation de 2,3 millions, soit 48,3 pour cent. Des villes comme Dar es Salaam, Nairobi, Ouagadougou, Le Caire, Abidjan, Kano et Addis-Abéba vont toutes voir leur population augmenter de plus d’un million d’ici 2020.

• De 2010 à 2020, le taux de croissance moyen dans les villes où la démographie est le plus dynamique va être de l’ordre de 51%. On prévoit qu’à Abuja, Bamako, Luanda, Lubumbashi et Nairobi, il soit de 47 à 50 %, alors qu’à Dar es Salaam, Kampala, Mbuji-Mayi et Niamey, il se situera entre 50 et 57%.

• Dans certaines villes d’Afrique, les projections de croissance relative de la population pour 2010−2020 sont d’une ampleur surprenante. A Ouagadougou, le taux ne serait pas inférieur à 81% (de 1,9 à 3,4 millions). Si l’on exclut les plus grandes villes d’Afrique du Sud et Brazzaville (Congo), la population des villes sub-sahariennes de plus d’un million d’habitants devrait augmenter en moyenne de 32% entre 2010 et 2020.

• Toutefois, ce sont les villes secondaires et celles de moins d’un demi-million d’habitants qui vont accueillir 70 pour cent de la croissance démographique urbaine sur le continent. C’est donc là que se produit vraiment la transition urbaine de l’Afrique. Cela signifie donc que les villes de second ordre vont devoir investir davantage pour faire face à cette croissance.

Les leçons à tirer

Tirant les leçons de l’urbanisation en d’autres temps et sur d’autres continents, les auteurs estiment qu’une forte croissance démographique dans les villes n’est en soi ni une bonne ni une mauvaise chose. Partout dans le monde, l’urbanisation est allée de pair avec l’amélioration du développement humain, des revenus et des conditions de vie. Toutefois, ces avantages n’ont rien d’automatique. Ils exigent des politiques publiques bien conçues qui orientent la croissance démographique, favorisent des économies urbaines robustes et assurent une distribution équitable des richesses.

Une croissance démographique rapide qui ne débouche que sur la prolifération massive de l’habitat informel, des inégalités marquées et la misère n’est pas une bonne croissance. Lorsque l’expansion démographique est mise au service du progrès et du développement économiques à travers la création d’emplois et une meilleure productivité, on peut parler de “bonne” urbanisation. Ce type de progrès repose sur une bonne gouvernance qui pourvoit aux besoins de tous en matière de logement et de services élémentaires.

Ce modèle est exactement l’inverse des conditions socio-économiques qui prédominent aujourd’hui dans les villes d’Afrique de toutes tailles, où l’expansion démographique se poursuit au milieu d’une pénurie notable et toujours accrue de logements, de services et de moyens de subsistance. Ces carences ne peuvent que s’accentuer si les villes africaines continuent à se développer de manière anarchique au nom du laisser-faire actuel. Les gouvernements africains doivent retrouver la maîtrise du développement de leurs villes.

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