Mille défis pour l’Afrique…(Les Afriques n°143 du 16/12/2010)

« Le 21ème siècle, disait Barack Obama aux parlementaires ghanéens, sera africain ». Pour la première fois depuis la fin du commerce triangulaire, le continent noir est en mesure de traiter d’égal à égal avec l’Ouest comme avec l’Est. Contrairement à leurs aînés, les nouvelles élites africaines ne sont pas hantées par le mythe de Tarzan. C’est ce qui explique certainement la remise en cause des vieilles règles commerciales à sens unique. L’âpreté des négociations autour des APE est révélatrice de cet état d’esprit nouveau. Dans tous les domaines, on l’a constaté tout au long de l’année, s’opère un ajustement quantitatif et qualitatif du rapport Europe-Afrique. La montée en puissance de la Chine, du Brésil, de l’Inde et de la Turquie accélère la donne. Bousculés par la mondialisation, les partenaires traditionnels s’adaptent. Ont-ils le choix ? Leur vieille aversion du risque africain se réduit comme peau de chagrin. L’heure est désormais à une nouvelle donne. Au compromis. Les fusils changent d’épaule. Y compris chez les plus conservateurs. Le FMI et la Banque mondiale, qui avaient littéralement castré l’Afrique entre 1980 et 2000, allègent aujourd’hui les dettes. Les montants libérés viennent enrichir la panoplie de fonds dédiés à la santé et à l’éducation. Il en va des Objectifs du millénaire, qui ne se rapprochent pas assez vite, déplorait-on à New York en septembre dernier.

Pendant ce temps, à l’OMC, le coton africain joue sa survie dans un cycle de Doha moribond. A Cancún, une hypothétique mobilisation de fonds en faveur de l’environnement viendra, peut-être, ériger des digues pour sauver le lac Tchad et le fleuve Niger, menacés d’ensablement. A Tripoli, l’Europe célèbre les retrouvailles avec un vassal qui aspire à l’anoblissement. A Dakar, un feu d’artifice géant clôture les célébrations du cinquantenaire des Etats africains. A Johannesburg, le lancement d’une agence spatiale ouvre le champ aux conquêtes technologiques. A Tanger, la rampe de lancement du projet de TGV maghrébin est prête. A Conakry, le vaincu reconnaît sa défaite et sauve la cohésion sociale de son pays.

Oui, en dépit de la conjoncture internationale morose, 2010 a été une année riche en défis politiques et économiques. C’est surtout une année de projets régionaux d’infrastructures. Ces investissements à caractère public-privé, favorisés par une situation macroéconomique saine, vont sans doute s’accélérer en 2011. Il est dit que les véritables vecteurs d’intégration en 2011 seront encore les banques. Le développement régional des institutions africaines comme Ecobank, Attijariwafa Bank, United Bank for Africa, Bank of Africa, Banque Atlantique vont favoriser le commerce interafricain.

Bref, l’année nouvelle s’annonce sous de bons auspices. Pourvu que les machines électorales tiennent bon et ne déraillent pas. Pourvu que le baril de pétrole, promu à 100 dollars, reste à des seuils raisonnables. Il en va de la poursuite du plus long cycle de croissance (entamé depuis 2003) que la jeune économie africaine n’a jamais connu.

 Adama Wade, Casablanca

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