Les groupes Africains en grande forme (Jeune Afrique n°2609 du 09/01/2011)

AVEC LE RETOUR D’UNE FORTE CROISSANCE SUR LE CONTINENT, LE CONTEXTE EST PLUS QUE FAVORABLE POUR L’ESSOR DES ENTREPRISES, MALGRÉ L’INCERTITUDE IVOIRIENNE. SECTEUR PAR SECTEUR, LE POINT SUR LES TENDANCES ET LES OPÉRATIONS QUI VONT MARQUER L’ACTUALITÉ.

La crise? Quelle crise? Après un solide rebond en 2010 de 5 % en moyenne, 2011 se présente à son tour sous les meilleurs auspices pour l’économie du continent. « Les perspectives sont prometteuses… en l’absence de nouveau choc mondial », résume le FMI.

Au sud du Sahara, les pronostics tablent sur une croissance de 5,5 % cette année. Contre 4,2 % au plan mondial. « Maintenant que le commerce international s’est pour l’essentiel redressé et que la croissance vigoureuse des pays émergents pousse à la hausse les prix des produits de base, un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne s’en sortent bien », analysait le 30 décembre Olivier Blanchard, chef économiste du FMI. Ce qui n’empêche pas des performances très contrastées. Le Congo-Brazzaville, avec une prévision de croissance de 8,7 %, et le Nigeria (7,4 %) ont le vent en poupe, tandis que le Cameroun (2,9 %) et la Guinée équatoriale (2,1 %) sont davantage à la peine. Seule inconnue majeure : l’impact de la crise politique ivoirienne sur l’activité de la locomotive économique ouest-africaine.

Tendance au rebond identique en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, avec une croissance moyenne de 5,1 % en 2011. Les pays du Maghreb se situeront un cran en dessous, avec un PIB en hausse de 4 % en Algérie, de 4,3 % au Maroc et de 4,8 %, normalement, en Tunisie.

Toutefois, le manque d’infrastructures de transport et d’énergie pénalise toujours les entreprises. Depuis trois mois, les prix de denrées alimentaires de base (soja, blé, maïs, oléagineux, sucre) ont flambé, dépassant les sommets atteints en 2008, au risque d’alimenter des mouvements sociaux. Enfin, souligne le FMI, « l’année 2011 pourrait être particulièrement difficile en Afrique subsaharienne puisque des élections nationales pourraient avoir lieu dans dix-sept pays ».

Certes, le climat des affaires reste souvent difficile pour les groupes industriels, commerciaux ou financiers, à capitaux locaux et étrangers, ainsi que pour les PME africaines. Mais ces entreprises, portées par une croissance soutenue pour les quelques années à venir, sont le véritable carburant de l’économie africaine.

HYDROCARBURES : le pétrole coule à flots

L’année 2011 connaîtra la montée en puissance de la production du champ Jubilee (250000 barils par jour), au large du Ghana, opéré par le britannique Tullow Oil et l’américain Kosmos Energy. Les projets se poursuivront dans le golfe de Guinée. Le nigérian Oando a ainsi clairement annoncé viser de nouveaux investissements dans l’exploration et la production. Dans les eaux ivoiriennes, Total devrait démarrer l’exploration du bloc CI 100.

La major française extraira aussi les premiers barils du champ Pazflor (220000 barils par jour), au large de l’Angola, au second semestre, et annoncera peut-être des investissements en RD Congo, non loin du lac Albert. Sur l’autre rive, en Ouganda, les tractations entre Tullow Oil, Total, le chinois Cnooc et l’italien ENI pour l’exploitation des réserves du lac pourraient trouver une issue.

Plus au nord, les regards se tournent vers Alger : Noureddine Cherouati, nouveau patron de Sonatrach, doit réorganiser le groupe, mais aussi se pencher sur l’achat de parts de l’anglo-néerlandais BP (champs In Amenas et In Salah), une opération à plusieurs milliards d’euros.

MINES : diversifications tous azimuts

Si 2010 a été l’année du fer, avec 15 milliards d’euros d’annonces d’investissements dans les gisements ouest-africains prometteurs, 2011 pourrait en revanche être une année… en or. Car la hausse considérable des cours du métal précieux (1379 dollars l’once le 4 janvier) a relancé les projets africains de compagnies aurifères comme Randgold, Gold Fields, AngloGold Ashanti ou Somilo, notamment au Burkina Faso, au Mali et en Côte d’Ivoire, des pays peu présents sur la carte minière.

En 2011, les multinationales chercheront aussi à diversifier leurs activités. Avec la volatilité croissante des cours, elles veulent se doter d’un panier varié de matières premières pour stabiliser leurs résultats. Après l’échec de son OPA sur le canadien Potash fin 2010, BHP Billiton cherchera d’autres cibles, notamment dans le diamant africain, pour moins dépendre du fer et de l’aluminium. Les compagnies très présentes en Afrique du Sud, qui ont souffert des grèves et des coupures électriques, cherchent à se désengager du pays, à l’instar d’Anglo Platinum qui a lancé un plan d’expansion ambitieux dans le reste de l’Afrique australe.

BANQUES : année de consolidation

Les principaux groupes bancaires africains poursuivront leur développement régional en 2011, principalement à travers des acquisitions. L’objectif d’atteindre un capital social minimum de 10 milliards de F CFA en 2012 (15,2 millions d’euros), imposé par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et la Banque des États de l’Afrique centrale, favorisera un mouvement de concentration. Au Togo, quatre banques publiques (UTB, BIA Togo, BTD et BTCI) intégreront cette année le giron d’un groupe sous-régional ou étranger.

En Afrique centrale, le camerounais Afriland First Bank et le gabonais BGFI Bank, qui adoptera une nouvelle identité visuelle en 2011, poursuivront leur expansion. Le premier s’implantera au Niger et au Tchad dès février, le deuxième en Côte d’Ivoire. De son côté, Ecobank, présent dans une trentaine de pays africains, attend les agréments pour s’implanter à Londres et à New York. Au Maghreb, Attijariwafa Bank et BMCE Bank consolideront leurs positions subsahariennes, tandis qu’en Tunisie, la volonté politique de faire émerger un acteur de taille régionale se concrétisera par la fusion de la Société tunisienne de banque et de la Banque de l’habitat.

TELECOMS : toujours des opportunités

Après avoir dépassé les 500 millions d’utilisateurs fin 2010, les opérateurs télécoms vont rester cette année parmi les locomotives économiques du continent. Mais leur rentabilité devrait souffrir d’une compétition accrue, notamment sous l’impulsion de l’indien Bharti, qui continuera le déploiement de sa stratégie low cost. Une concurrence qui poussera les opérateurs à développer d’autres services, comme les transferts d’argent (18 milliards d’euros attendus en 2012), pour consolider leurs parts de marché. Afin de préserver leur rentabilité, des acteurs chercheront aussi à réduire leurs coûts en externalisant leurs réseaux, à l’image de MTN au Ghana fin décembre, ou en réduisant leurs effectifs, comme Tunisie Télécom.

Mais l’Afrique reste malgré tout un marché porteur. À preuve, la stratégie de France Télécom, à la recherche de nouvelles opportunités : le groupe français serait très intéressé par le Bénin et la RD Congo. Autre affaire qui pourrait trouver son épilogue en 2011 : l’arrivée du russe Vimpelcom en Algérie en lieu et place d’Orascom, même si Alger maintient son projet de nationalisation de Djezzy.

AGRO-BUSINESS : les acteurs locaux se musclent

Le géant de la bière Castel, qui vient d’acquérir 45 % du capital du groupe Somdiaa, illustre le renforcement des multinationales de l’agroalimentaire sur le continent, face aux développements démographique, économique et de la classe moyenne. Nestlé, Pernod Ricard, etc., concrétiseront ainsi leurs nouvelles stratégies annoncées en 2010. Au sud du Sahara, Afrique du Sud mise à part (SAB Miller, après une OPA avortée sur Castel en 2010, misera peut-être sur un autre cheval en 2011), le défi consistera pour les autorités à soutenir les PME ambitieuses. Exemples parmi d’autres : Sosagrin (moutarde) ou NMA (farine et pâtes) au Sénégal, présentes au Salon international de l’agroalimentaire à Paris, ont des velléités d’expansion.

Au Maghreb, le géant tunisien Poulina a quant à lui exprimé ses ambitions à l’international (en Chine notamment), quand l’algérien Cevital lorgne l’Europe… Le secteur agricole va continuer d’attirer les investissements, dans un contexte de cours mondiaux des matières premières volatils.

Jean-Michel Meyer, Stéphane Ballong, Julien Clémençot, Théophile Kouamouo, Christophe Lebec et Michael Pauron

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