Archive for février, 2011

24 février 2011

Minerais : l’Afrique attire de nouveau (L’Usine Nouvelle n°3226-27 du 17/02/2011)

L’affluence record – 6000 participants – lors du rendez-vous annuel sur «l’Investissement dans l’industrie minière africaine Indaba», qui s’est tenu au Cap (Afrique du Sud), début février, souligne l’intérêt croissant pour le riche sous-sol africain.

Il y a un an, les juniors ne trouvaient plus les capitaux nécessaires pour identifier les gisements du futur, particulièrement en Afrique. Mais l’envol des prix des minerais leur permet désormais de «prendre des risques en investissant dans de nouvelles zones, ne disposant ni des infrastructures, ni d’un cadre juridique favorable», explique Mike Elliott, le responsable du Global Mining & Metals d’Ernst&Young. Les minerais extraits ne prendront pas tous la route de l’exportation: le développement passera par l’urbanisation et la construction d’infrastructures, voraces en métaux.

30% des richesses mondiales

Symbole de l’intérêt grandissant pour l’Afrique, Robert Friedland, qui a fait fortune en lançant deux mines majeures (Voisey’s Bay au Canada et Ivanhoe en Mongolie) était présent au Cap pour vendre ses projets. Situés au Katanga en République démocratique du Congo (RDC) et dans le Bushveld en Afrique du Sud, deux des plus riches régions minières du monde, ces gisements renferment surtout du cuivre et des platinoïdes.

«Très optimiste sur le futur» de l’industrie minière, Cynthia Carroll, qui dirige le groupe Anglo-American, le plus actif en Afrique, a rappelé à l’assemblée que si le continent recèle 30% des richesses minières du monde, «le rôle plus fondamental d’un gouvernement est d’assurer l’application des lois ». « Les faux prophètes qui prêchent les nationalisations prônent une route conduisant à la ruine», soulignait-elle. Une position partagée par la ministre des Ressources de l’Afrique du Sud, Susan Shabangu. Outre l’or et les platinoïdes, le pays a développé l’exploitation du chrome, du charbon et du minerai de fer, et compte se lancer dans les terres rares.

Le Ghana et la Namibie (uranium) comme la Guinée (bauxite) sont déjà des acteurs importants. La Zambie va retrouver son rang parmi les grands du cuivre et du cobalt, le Mozambique est un futur acteur du charbon. La RDC contient d’immenses gisements de cuivre, cobalt, or ou diamants… Le Zimbabwe, le Libéria, le Burkina Faso notamment ont conclu des accords avec des chinois, indiens ou japonais, de grands mineurs diversifiés et des sidérurgistes. Ils étaient tous présents au Cap.

Daniel Krajka

Publicités
23 février 2011

Power Indaba Summit

14 au 16 mars 2011 – Le Cap, RAS

www.powerindaba.com/en/index.php

23 février 2011

4è Forum de l’investissement 2011 du COMESA

23 – 24 mars 2011 – Dubai, E.A.E

www.comesainvestmentforum.com

23 février 2011

Agro-alimentaire : l’Afrique aiguise les appétits (Jeune Afrique n°2615 du 20/02/2011)

FUSIONS-ACQUISITIONS, ACHATS DE TERRES, COENTREPRISES… LE CONTINENT ATTIRE DES INVESTISSEURS VENUS DE TOUTE LA PLANÈTE, ASSURÉS D’Y TROUVER LA RÉPONSE À DES BESOINS MONDIAUX EN NOURRITURE QUI NE CESSENT D’AUGMENTER. TOUR D’HORIZON D’UN GRENIER EN DEVENIR.

Sucre, huile, cacao… pas une matière première produite sur le continent n’échappe aux appétits des grands groupes mondiaux. Fusions-acquisitions, achats de terres, coentreprises… Le secteur est en pleine mutation. ADM, Nestlé, Olam, Wilmar, Cargill, Bunge… Américains, Européens, Asiatiques… tous sont présents et, pour certains d’entre eux, 2010 a été l’année de la conquête africaine.

Parmi les dernières opérations en date, celle du leader de la bière en Afrique, le français Castel, qui a racheté le 3 janvier 45 % du capital du groupe agro-industriel Somdiaa, présent dans l’activité sucrière au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad. Objectif: constituer un champion de l’agro-industrie en zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale).

De fait, le sucre, porté par des cours à la hausse, fait l’objet d’une série d’opérations depuis quelques mois sur le continent. Le français Cristal Union a ainsi réalisé son premier investissement africain en Algérie, en lançant la construction d’une raffinerie près d’Alger avec son homologue local La Belle. Face à une surproduction européenne, investir hors du Vieux Continent permet notamment au groupe français d’échapper à la quasi-interdiction d’exportation imposée par Bruxelles.

DES BESOINS COLOSSAUX

Les opportunités de business sont réelles et répondent autant à des besoins d’investissement locaux qu’à une nécessité de trouver de nouvelles ressources pour satisfaire une demande mondiale croissante. Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (PAO), rien qu’au sud du Sahara, le montant global cumulé des investissements agricoles devrait s’élever à 940 milliards de dollars d’ici à 2050 (environ 700 milliards d’euros), dont 66 % affectés à l’agro-industrie : 207 milliards pour le premier stade de transformation, 159 milliards pour les installations des marchés ruraux et de gros, 115 milliards pour les sources d’énergie et matériels divers, 78 milliards pour les dispositifs de chaîne de froid et d’entreposage, et 59 milliards pour la mécanisation.

Les besoins sont colossaux. « Le développement de l’agro-industrie en Afrique exigera une injection massive d’investissements en capital fixe et de fonds de roulement », relève dans son programme-cadre l’Initiative pour le développement de l’agrobusiness et des agro-industries en Afrique (ID3A). En ligne de mire : les investisseurs privés.

Le leader mondial de l’alimentaire Nestlé a pris acte. Non seulement le groupe suisse (2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Afrique) compte sécuriser ses approvisionnements afin de baisser et de stabiliser le prix de ses matières premières, mais il veut aussi pouvoir bénéficier de la montée en puissance des classes moyennes pour écouler ses produits.

Conséquences : le groupe investira 1 milliard de dollars d’ici à 2013, tant dans des usines de transformation (Ghana, Algérie, Nigeria, RD Congo, Angola, Mozambique…) que dans les filières de production (« plan Nescafé » et « plan cacao »). Avec pour objectifs de fidéliser les planteurs et de leur acheter en direct (Cargill étant aujourd’hui son principal fournisseur), d’ici à 2015, près de la moitié de ses approvisionnements, soit 23 000 t sur 50 000. Sa dernière ouverture d’usine, en février au Nigeria, a nécessité un investissement de 94 millions de dollars. Et la prochaine, à la fin du mois en RD Congo, représente un coût de 40 millions de dollars.

Face au groupe suisse, l’offensive la plus impressionnante vient à n’en pas douter d’Asie. Avec huit opérations en un an, le singapourien Olam réalise déjà près de 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires sur le continent.

Dans son sillage, son compatriote Wilmar (près de 30 milliards de dollars de capitalisation boursière) tente aussi de s’imposer comme acteur de premier plan en Afrique. En décembre 2010, le groupe spécialisé dans l’huile de palme a annoncé la création de deux coentreprises au Nigeria avec l’anglais PZ Cussons. Une raffinerie d’huile de palme et une branche de distribution (notamment de margarine) mobiliseront quelque 27,5 millions de dollars côté Wilmar et 27 millions côté PZ Cussons. En février, la multinationale s’est en outre payé le ghanéen Benso Oil Palm Plantation (détenu à 58,45 % par l’américain Unilever), pour 14 millions d’euros.

Et ce n’est pas fini. C’est dans le Libéria voisin que le malaisien Sime Darby est venu s’installer – pour la première fois en Afrique – pour planter 10 000 ha (sur une concession de 220000 ha d’une durée de soixante trois ans) et investir plus de 16 millions d’euros.

UN RÉSERVOIR POUR LA CHINE

Le géant chinois ne pouvait rester inactif. Olives tunisiennes, café ougandais, huile d’arachide sénégalaise, graines de sésame éthiopiennes… Pékin, dont la demande intérieure de produits alimentaires ne cesse de croître et les surfaces de production, de se raréfier au profit de zones industrielles, est dans un premier temps devenu un client glouton. Mais l’idée de l’empire du Milieu est aujourd’hui de profiter des besoins africains en financements et en technologies pour s’imposer comme producteur, et s’affranchir ainsi des intermédiaires tout en augmentant ses approvisionnements made in Africa.

Aujourd’hui, les ressources primaires – pétrole et mines – représentent 90 % des importations chinoises en provenance du continent, contre seulement 3 % pour l’agrobusiness. « L’Afrique peut devenir un réservoir de nourriture pour les 1,3 milliard de Chinois », estime Andrew Leung Kinpong, analyste du quotidien South China Morning Post (Hong Kong). De fait, le mouvement est déjà amorcé: les exportations agroalimentaires de l’Afrique du Sud (deuxième pays africain partenaire de Pékin après l’Angola) vers la Chine ont plus que doublé en 2010 par rapport à 2009, pour atteindre plus de 65 millions de dollars. Européens et Américains n’ont qu’à bien se tenir.

Michael Pauron

18 février 2011

Du « Monde » à l’Afrique (Jeune Afrique n°2614 du 13/02/2011)

Actualité chaude oblige, le site français d’information et d’analyse slate.fr, dirigé par l’ancien patron du Monde Jean-Marie Colombani, a décidé de se trouver un petit frère africain. Son nom : slateafrique.com. Sa mission : offrir gratuitement aux internautes francophones du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, ainsi qu’à la diaspora, une fenêtre sur l’actualité du continent. Pour Johan Hufnagel, l’un de ses fondateurs, « slateafrique.com comble une grande lacune : l’absence de « daily magazine » en Afrique ». Lancé officiellement le 10 février à Dakar, le site promet de conserver le même ton rigoureux, distancé et ironique que son frère aîné. Alimenté par une équipe de 70 à 80 collaborateurs basés pour 90 % d’entre eux en Afrique, le site est financé par la publicité et la vente de contenus à des tiers. Des négociations sont cependant en cours avec des groupes de médias africains pour des partenariats éditoriaux (échanges d’articles, opérations communes, enquêtes…). Une version destinée à l’Afrique anglophone est également à l’étude.

Clarisse Juompan-Yakam