Energie nucléaire, les projets africains au cœur de toutes les convoitises (Les Afriques n°149 du 17/02/2011)

Loin du débat et de la polémique sur l’énergie nucléaire, nombreux sont les pays africains qui se tournent aujourd’hui vers cette source énergétique pour satisfaire leurs besoins.

Les détracteurs évoquent à juste titre la problématique des déchets nucléaires, car il n’existe pas aujourd’hui de solutions viables pour éliminer totalement ces déchets radioactifs. On pourrait aussi leurs répondre qu’il n’y a aucune source d’énergie, même celles renouvelables, qui soit neutre pour l’environnement. Dans un contexte de lutte contre le changement climatique, l’avantage du nucléaire est la faiblesse de son bilan carbone. Sur un continent où il y a un gros déficit énergétique, le nucléaire est aussi une solution à étudier. D’après les données compilées par Mme Christine Heuraux, auteur de L’électricité au cœur des Africains et directrice du Pôle accès à l’énergie à la Direction de la prospective et des relations internationales d’EDF, la capacité installée de toute l’Afrique est de 114 GW pour 1 milliard d’habitants, ce qui équivaut à celle de l’Allemagne, qui n’a pourtant que 82 millions d’habitants. La capacité installée en Afrique subsaharienne est de 74 GW pour 860 millions d’habitants, ce qui équivaut à celle de l’Espagne avec 45 millions d’habitants.

Satisfaction d’Eric Besson

Face à cette situation, les Etats africains songent à l’énergie nucléaire. Et leurs ambitions attisent toutes les convoitises. Malgré la production de 43 % de l’électricité du continent, l’Afrique du Sud souffre d’un énorme déficit énergétique pour assurer sa croissance et son développement industriel. De passage à Paris, le vendredi 4 février, Dipuo Peters, ministre sud africaine de l’Energie, a rappelé les ambitions du pays. Le programme nucléaire sud-africain vise une production de 9600 MW d’énergie, qui correspond à la construction d’environ 6 EPR (Evolutionary Power Reactor) d’ici 2030, pour un coût de 30 milliards de dollars. Cet important marché a d’ailleurs mobilisé l’ensemble des acteurs de la filière nucléaire française, à la grande surprise et satisfaction d’Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique. Il a d’ailleurs lancé à son homologue sud-africaine : « Grâce à vous, tout le monde français de l’énergie est réuni autour de cette table. »

L’échec français d’Abu Dhabi

Il faut dire que la concurrence est rude. Chinois, américains et sud-coréens lorgnent également ce marché sud-africain. Le pays possède deux centrales nucléaires d’une capacité de production de 970 MW, soit 5% de l’électricité. Construites par Framatome (devenu AREVA), la maintenance de ces centrales gérées par l’opérateur national ESKOM est assurée par EDF et AREVA. On pourrait penser que les groupes français ont de l’avance sur leurs concurrents. Loin de là, la perte de l’important appel d’offres d’Abu Dhabi par les entreprises de l’Hexagone a fait couler beaucoup d’encre chez les politiques et les industriels de la filière nucléaire. Ces derniers étaient largement favoris par rapport aux Sud Coréens, qui ont remporté le marché. Nul doute que Paris mettra les petits plats dans les grands pour accueillir le président Zuma, qui sera dans quelques semaines en France.

Des marchés s’ouvrent en Afrique

En plus de la première économie du continent, plusieurs gouvernements misent sur le nucléaire dans les prochaines années pour résorber leur déficit énergétique. C’est le cas de l’Algérie, du Maroc, de l’Angola, du Sénégal, de la Namibie, du Nigeria et de la Tanzanie. Avec l’assistance technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique, le Maroc a déjà identifié des sites d’installation des centrales nucléaires à l’horizon 2017. Le pays possède déjà un réacteur nucléaire. L’Algérie, qui possède déjà deux réacteurs, a choisi une coopération avec la Corée du Sud pour la construction des centrales nucléaires civiles. Ce choix s’est fait au détriment du groupe français Areva. Par ailleurs, pour la construction de deux centrales nucléaires respectivement de 2400 MW d’ici 2027 et 1000 MW à l’échéance de 2022, les autorités algériennes ont décidé de faire appel à l’expertise sud-africaine. Ces infrastructures contribueront au dessalement de l’eau de mer et à la production d’électricité. L’Egypte vise également la construction d’une centrale nucléaire de 1000 MW à l’horizon 2020.

Thierry Téné, directeur A2D Conseil

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