Naissance d’un capitalisme africain (Slateafrique.com du 16/02/2011)

L’Afrique connaît une croissance solide grâce aux matières premières dont les cours ont fortement crû. Mais aussi du fait de très nombreuses initiatives privées.

En décembre 2010, 16 pays africains ont adopté une série de mesures pour améliorer le cadre de la vie des affaires. Il sera désormais plus facile d’y créer une entreprise et, par simplification, d’obtenir un crédit avec un nouveau statut harmonisé.

Outre le développement du secteur privé, ces décisions devraient permettre de sortir des entreprises et des emplois du secteur informel qui représente entre 30 et 50% du PIB africain, prive les Etats de recettes et, au final, freine la croissance.

L’Afrique connaît aujourd’hui un développement économique solide grâce aux matières premières dont les cours ont fortement crû. Mais aussi, et cela se sait moins, par le moteur de très nombreuses initiatives privées. On ne compte plus les mesures, plus souvent petites que grandes, qui toutes convergent vers l’éclosion d’un «capitalisme africain». Un entreprenariat privé naît, diversifié, inventif, qui n’attend plus rien des vieux modèles de l’étatisme ou des aides publiques du Nord.

Il reste, certes, beaucoup à faire. Les pays africains se classent encore dans le dernier quart des 183 nations recensées par l’indice Doing Business de la Banque mondiale qui mesure les facilités de création d’entreprise. L’an dernier, le mieux classé, le Burkina Faso, était encore 151e mais il s’est inscrit en 2010 parmi les dix pays les plus réformateurs au monde. 

Un pays africain dans le Bric?

Le Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) va-t-il devenir le Brics, le S représentant l’Afrique du Sud? Jim O’Neill, le chef économiste de la banque Goldman Sachs et inventeur de cet acronyme symbolisant aujourd’hui la fulgurante progression des pays émergents, s’interrogeait dans le Financial Times du 27 août 2010 sur les conditions qui feraient que l’Afrique du Sud serait effectivement à ranger parmi ces pays à succès et, derrière elle, le continent tout entier. (Un vœu en passe d’être réalisé puisque la Chine a invité le 24 décembre 2010 l’Afrique du Sud à rejoindre le Bric.)

D’abord, remarquait O’Neill, Goldman Sachs a placé le Nigeria et l’Egypte parmi les 11 pays du monde qui suivent les nations du Bric en terme de développement. Ensuite, plus globalement, la croissance de l’Afrique prise dans son ensemble se compare avec la croissance du Brésil ou de la Russie (5,5% attendus cette année en Afrique subsaharienne contre 4,5% au Brésil et 4,5% en Russie, selon le FMI).

Si vous prenez cette fois les 10 pays africains les plus importants et additionnez leur PIB, ils pèseront plus que le Brésil et la Russie en 2050, avec un PIB de plus de 13.000 milliards de dollars (environ 9.500 milliards d’euros). En clair, si l’Afrique était unie, elle serait bientôt une puissance. Jim O’Neill note que le Nigeria et l’Egypte représentent par ailleurs la moitié du total. L’Afrique du Sud est le pays le plus développé mais sa trop faible population, 45 millions d’habitants, lui interdit d’être un Bric. L’économie du Nigeria, 180 millions d’habitants, pourrait être aussi importante en 2050 que celle du Canada, de l’Italie ou de la Corée du Sud.

Comment rendre réel ce scénario virtuel? Comment l’Afrique du Sud peut-elle rejoindre les meilleurs des émergents? Par une qualité et une stabilité gouvernementale, note l’économiste, et par une politique macroéconomique qui s’attaque à l’inflation. C’est en partie fait si l’on en croit le FMI, qui se félicite de ce qu’avant la crise financière mondiale, «la situation économique de la plupart des pays de la région était bonne: croissance régulière, inflation faible, solde budgétaire viable, réserves de change en hausse et dette publique en baisse».

Nombre de pays développés n’ont pas un bilan macroéconomique aussi flatteur. Pour Jim O’Neill, il faudrait ensuite mettre en place des politiques microéconomiques d’amélioration de l’éducation, des infrastructures (des routes et des télécoms) et du climat des affaires. En luttant, ne l’oublions pas, contre une corruption ravageuse.

Dans ces secteurs microéconomiques, il reste beaucoup à faire pour pousser le feu d’un capitalisme africain.

Eric Le Boucher

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