Internet va exploser en Afrique (Les Afriques n°150 du 24/02/2011)

Robert Rudin, vice-président d’Ericsson pour l’Afrique subsaharienne, estime que l’internet mobile va faire exploser la toile en Afrique.

Les Afriques : Monsieur le Vice-Président, qu’est-ce que l’Afrique subsaharienne représente aujourd’hui pour Ericsson ?

Robert Rudin : C’est la région qui présente le plus grand potentiel de croissance au monde. Le taux de pénétration d’abonnés à la téléphonie mobile est assez faible comparé aux autres régions dans le monde, autour de 40%. Il y a donc beaucoup de choses à faire pour développer les réseaux en Afrique.

LA : Comment la stratégie d’Ericsson prend-elle en compte ce potentiel ?

RR : Déjà par notre présence en Afrique subsaharienne. Notre effectif est de 1800 personnes réparties un peu partout. A Johannesburg, à Dakar (130 personnes qui couvrent les pays francophones de la sous-région), à Accra, à Lagos, à Nairobi, à Dar Es Salam. Nous avons également développé des compétences locales avec une vraie stratégie d’implémentation.

Nous avons commencé avec une expertise internationale, des expatriés, remplacés ensuite par des ressources locales pour construire une organisation qui ait une connaissance des clients locaux. C’est très important pour développer des rapports avec nos clients sur le long terme.

LA : Quel est le pourcentage de personnel local ?

RR : 90% sont des ressources locales.

LA : Quels sont vos principaux clients en Afrique ?

RR : Nous travaillons avec pratiquement tous les opérateurs, MTN, très présent dans la sous-région, Airtel, France Télécom, Vodafone, Millicom, Etisalat, etc.

LA : Comment se porte votre business en Afrique ? Gagnez-vous, perdez-vous de l’argent ? Quel est votre atout principal ?

RR : Le business en Afrique se porte bien. C’est un marché très concurrentiel comme les autres régions du monde, avec les mêmes acteurs. Notre point fort, c’est notre implantation locale. Nous sommes parmi les plus forts dans ce domaine. Cela nous positionne fortement, surtout avec le développement de l’externalisation de la gestion des réseaux. Les opérateurs ont de plus en plus tendance à vouloir externaliser la gestion et la maintenance des réseaux. C’est une tendance mondiale, notamment aux Etats-Unis, en Europe, en Asie, en Australie depuis presque dix ans. Ericsson gère ainsi plus de 750 millions d’abonnés. On n’est pas devenu un opérateur, mais on a acquis beaucoup d’expérience dans ce domaine. Cela n’a pas encore démarré en Afrique, mais c’est la tendance. En 2009, nous avons signé en Afrique notre premier contrat pour l’externalisation avec Zain Nigeria.

Cela va être une demande de plus en plus forte, parce que les opérateurs en Afrique sont beaucoup sous la pression de la nécessité de réduire les coûts des opex (coûts récurrents des opérateurs). Nous disposons donc d’une bonne position pour l’externalisation.

LA : Quel est votre rang en Afrique dans votre domaine ?

RR : Nos sommes les premiers fournisseurs en Afrique subsaharienne.

LA : Vos concurrents ?

RR : Cela dépend du domaine. On peut dire que pour les infrastructures des réseaux, c’est le fournisseur chinois (Huawei, ndlr).

LA : L’Afrique est-elle un bon business en matière de téléphonie, compte tenu de la faiblesse du marché ?

RR : Il est très intéressant, pour les opérateurs comme pour les fournisseurs, parce que c’est un marché qui a beaucoup de croissance ces dernières années, tandis que dans les autres régions le nombre d’abonnés ne croît plus vraiment. Grâce à la croissance, la rentabilité en Afrique reste très intéressante dans le domaine de la télécommunication.

LA : Quel est votre chiffre d’affaires en Afrique subsaharienne ?

RR : En 2010, nous avons fait 9,2 milliards de couronnes suédoises, environ 920 millions d’euros.

LA : Ericsson est réputé investir beaucoup dans la recherche. Les besoins spécifiques de l’Afrique sont-ils pris en compte ?

RR : Absolument. C’est même notre point fort. Par exemple, nous sommes les seuls à avoir continué à faire de la recherche sur le réseau 2G. Avec l’avènement du 3G et du 4G, les autres se sont focalisés sur leur développement, alors qu’il y a encore une demande forte de technologie 2G en Afrique. Nous avons ainsi mis au point une technologie 2G moins gourmande en électricité qui peut fonctionner avec de l’énergie solaire. Comme vous le savez, l’énergie est le principal challenge en Afrique. Cela ouvre donc de bonnes perspectives. Il est heureux que nous ayons continué à développer le 2G pour l’optimiser pour les marchés africains. Nous avons également développé des stations de base innovantes, faites pour les villages africains, où la densité de population est faible et l’électricité souvent inexistante.

LA : Comment voyez-vous le développement d’Internet en Afrique, qui progresse beaucoup moins que le mobile ?

RR : L’Afrique n’empruntera pas le même chemin que l’Europe pour l’internet, tout comme elle ne l’a pas suivi pour le mobile. Sur le Vieux Continent, en téléphonie, les réseaux fixes ont été construits il y a une centaine d’années. Et tous les foyers ont eu des réseaux fixes. Puis le mobile est arrivé et les foyers s’en sont dotés. En Afrique, l’étape du fixe a été sautée. Le système du prépaiement, lancé dans les années 95, en permettant de contourner la difficulté de l’abonnement qui exigeait caution, compte bancaire, etc., a rendu le mobile accessible à tous. L’internet a explosé en Europe avec l’ADSL, mais je suis convaincu que l’Afrique va sauter cette étape et aller directement à l’internet mobile, qui va avoir les performances du fixe. Deux obstacles freinent l’internet en Afrique. Le premier, c’est la fibre optique. L’Afrique n’est pas encore vraiment connectée. Jusqu’à récemment, il n’y avait qu’un seul câble entourant le continent, avec quelques landing points dans quelques pays. D’ici dix-huit mois, il va y avoir cinq câbles qui vont améliorer les capacités, et surtout, la concurrence va baisser les prix. Actuellement, les coûts sont cinquante fois plus élevés qu’aux Etats-Unis. Le second obstacle, c’est le prix des terminaux, téléphones, smartphones (iphone, ipad). D’autres marques, d’autres innovations, notamment avec le système d’exploitation Androïd, qui a un coût très intéressant et donc des terminaux pas chers, vont permettre à de plus en plus d’Africains de s’équiper. On va avoir une deuxième vague de croissance très importante d’Internet sur le réseau mobile en Afrique. Ericsson est bien positionné pour répondre à cette perspective.

LA : Quelle croissance escomptez-vous pour l’internet ?

RR : C’est difficile à dire. Le taux de pénétration pour le mobile traditionnel est de 40%. Je pense que cela peut monter à 75% rapidement, dans les années qui viennent. Au plan mondial, les projections pour l’utilisation du réseau mobile pour Internet sont très impressionnantes. En Afrique, je crois que cela peut aller aussi vite, la même croissance que celle générée par l’introduction du prépayé.

Nous sommes optimistes pour le marché africain. Il faut s’en réjouir parce que l’accès à Internet, c’est aussi l’accès aux informations. Cela améliore la façon dont les gens communiquent. Il y a un impact social et économique très important. Tous les paramètres sont en place pour un développement très important d’Internet.

Propos recueillis par Chérif Elvalide Sèye

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