L’Afrique représente au moins 70% des demandes annuelles mondiales de terres (Les Afriques n°150 du 24/02/2011)

Sur les 45 millions d’hectares de terres agricoles, plus de 70% des demandes concernent le continent africain. Révélation faite par l’Institut pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement en Afrique (CICODEV Africa) à la lumière du rapport 2010 « Rising Global Interest in Farmland » de la Banque mondiale.

CICODEV Africa, qui a rassemblé à Dakar un panel d’altermondialistes composé notamment des députés européennes « vertes » Eva Joly et l’Allemande Ska Keller est formel : 21 % de ces fortes demandes foncières sont déjà opérationnelles sur le continent. Ce qui est surtout accablant selon le directeur exécutif de CICODEV, Amadou Kanouté qui s’est confié aux Afriques, c’est que la majorité de ces nouveaux investissements est orientée essentiellement vers l’exportation. Ce qui a le don particulier de mettre en péril la sécurité et la souveraineté alimentaires, déjà très précaires en Afrique. A ce jour, pas moins de 16 pays africains sont ciblés par cette main basse sur les terres arables. Il s’agit de l’Egypte, du Cameroun, du Mozambique, de la Tanzanie, de l’Ouganda, de la RDC, du Zimbabwe, de la Somalie, du Maroc, du Liberia, du Sénégal, de la Sierra-Léone, de l’Ethiopie, de l’Erythrée, du Mali et du Soudan, la liste n’étant pas exhaustive « car une certaine opacité entoure ce genre d’investissements » insiste le rapport de la Banque mondiale. Plusieurs acteurs des pays du nord s’intéressent aux terres arables africaines. Ils évoluent en général dans les secteurs de la haute finance et de l’agro-alimentaire. En somme, il s’agit le plus clair du temps de sociétés d’investissement qui gèrent les retraites des salariés, des fonds de capital investissement à la recherche d’une rotation rapide de l’argent, bref des fonds spéculatifs. Selon l’institution financière internationale, les facteurs explicatifs de cette ruée vers les terres sont nombreux. C’est d’abord la crise alimentaire avec son corollaire, à savoir une prévision d’augmentation des cours mondiaux des céréales à long terme. D’ailleurs une certaine volatilité des prix est constatée depuis le début de la crise financière en 2008. Le développement des agro-carburants est aussi pointé du doigt, de même que la compétition féroce à laquelle se livrent les pays en voie de développement pour attirer les investisseurs. Sans oublier l’étendue des terres non utilisées dans les pays du sud et la disponibilité de la main d’œuvre dans ces mêmes zones. Le rôle des institutions internationales est loin d’être négligeable. Elles font en effet pression sur les Etats pour faciliter les conditions d’accès à la terre. Deux stratégies motivent les acteurs. D’abord, la sécurité alimentaire de leurs citoyens (Chine, Inde, Japon, Malaisie, Corée du Sud, Bahrein, Jordanie, Koweit, Qatar, Arabie saoudite, Emirats…).

L’Afrique n’a pas l’apanage de cet accaparement des terres agricoles à travers le monde. L’Europe (Russie, Turquie, Croatie…), l’Asie (Pakistan, Inde, Irak…) l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Mexique, Cuba,…) de même que l’Océanie avec l’Australie, sont aussi concernés.

Mohamed Ndiaye, Dakar

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