Londres analyse le succès des fonds de private equity en Afrique (Les Afriques n°153 du 17/03/2011)

Londres a abrité la semaine dernière une conférence sur le private equity évoluant en Afrique. Alors que la crise économique n’est pas encore totalement résorbée, cette conférence a drainé du beau monde dans un hôtel luxueux de la place. Près de deux cent participants du monde financier et des affaires sont venus écouter, discuter, mais aussi mesurer l’impact positif du private equity en Afrique.

L’an passé, les private equity travaillant spécifiquement en Afrique au sud du Sahara ont levé environ 1,5 milliard de dollars, selon EMPEA, l’association des private equity des marchés émergents. Par rapport à l’année dernière, il y a eu une augmentation de 56% du volume des fonds levés comparé à l’année précédente, dépassant ainsi de loin les autres régions. La Russie, par exemple, a vu ses levées de fonds chuter de 84%.

Pour soutenir cette élan, le groupe Private Equity Africa a organisé à Londres une conférence débat sur le développement des affaires en Afrique. Vincent Le Guennou, l’un des dirigeants d’Emerging Capital Partners ECP, a déclaré: « Beaucoup perçoivent l’Afrique comme la prochaine place qui connaitra un boom après l’adoption par les compagnies locales de pratiques de management plus efficientes, de discipline financière et des standards de bonne gouvernance ». Son groupe financier a d’ailleurs bouclé, en 2010, sa troisième levée de capitaux pour son fond Afrique pour un montant de près d’un milliard de dollars.

48 deals ont été conclus l’an dernier par les private equity en Afrique, dont l’un des plus importants a été le rachat de Vlisco aux Pays Bas par le groupe Actis pour un montant de 151 millions de dollars. Le groupe Vlisco, qui existe depuis 1846 et qui a des usines et entrepôts aux Pays-Bas, au Ghana et en Côte d’Ivoire, produit des pagnes pour les marchés d’Afrique de l’Ouest et du centre. 2100 personnes y travaillent.

Répliquer le succès de Celtel

Justin Abbott, le directeur de Satya Capital, un fonds lié à l’homme d’affaires soudano-britannique Mo Ibrahim, a déclaré que son groupe voulait répliquer le succès de Celtel dans le monde du private equity. Crée par Mo Ibrahim, le groupe de téléphonie mobile Celtel a d’abord connu une croissance exponentielle avant d’être revendu, ce qui a fait la fortune de son fondateur. Satya envisage une levée de fond cette année, pour investir, entre autres, en Tanzanie et au Nigeria.

Zain Latif, du groupe TLG Capital, un autre private equity basé à Londres, a affirmé que l’un des secteurs clés dans lequel son groupe voudrait investir, était l’agriculture. Mr Latif a cependant reconnu que faire des affaires en Afrique n’est pas toujours facile, du fait d’un système bancaire « désuet ». « La croissance de l’Afrique se fera grâce aux consommateurs » a-t-il poursuivi, soulignant une réalité souvent sous-évaluée. On estime, par exemple, que 90% des Ghanéens vivent en dehors des systèmes modernes bancaires, ce qui impacte négativement la valeur réelle du PIB, qui reste l’indicateur de référence pour les comparaisons internationales.

Les défis de l’Afrique aujourd’hui sont immenses, même si les progrès sont considérables. Comparé à l’Inde, par exemple, l’Afrique a fait mieux au niveau des indicateurs économiques l’an dernier… Cependant, les investisseurs restent plus attirés par l’Inde que par l’Afrique, à cause d’un environnement des investissements plus serein.

Agir pour encourager l’intégration régionale

Geeta Tharmaratnam, la représentante d’Aureos, un autre fonds représenté à cette conférence de Londres, a déclaré de son côté que « la moitié du capital de son groupe est consacré à l’investissement en Afrique. L’Afrique reste notre base et nous avons beaucoup d’investissement sur le continent ».

Ainsi, le Fonds régional panafricain d’Aureos gère environ 4 milliards de dollars, essentiellement pour aider les entreprises à acquérir une dimension régionale. Et les prévisions de croissance en Afrique restent toujours d’actualité. Pour démontrer la pertinence de la stratégie de son groupe dans le financement de compagnies régionales naissantes, elle a présenté l’exemple d’une laiterie financée par Aureos au Kenya, qui couvre les besoins des Egyptiens en produit laitiers. Dans son intervention, la directrice d’Aureos Capital a aussi à réaffirmé que les private equity sont une bonne opportunité pour l’Afrique : ils aident à accroitre les performances économiques locales, ils participent aussi l’amélioration des organes de régulation financière et procurent des opportunités de croissance aux entreprises locales.

La patronne d’Aureos a aussi évoqué dans son exposé les cinq raisons pour lesquelles il faut investir dans les marchés émergents, et plus particulièrement en Afrique, aujourd’hui.

– Bâtir un groupe à dimension régionale pour le rendre plus attractif.

– Avoir un focus plus important dans la structuration même du deal

– Des stratégies multiples de sorties

– Une meilleure pro activité

– Un alignement des équipes de gestion.

Ce faisant, le East Africa fund a financé pour quatre millions de dollars une compagnie pharmaceutique en Tanzanie, à dimension régionale, et le Africa Health Fund a visé des investissements durables dans les centres de santé privés pour un montant de huit millions de dollars.

Réduire la pauvreté

Stephen Dawson, le président du groupe Jacana Venture Partnership, a affirmé dans son exposé que son groupe de private equity réduit la pauvreté en Afrique par l’investissement. Il a réitéré que, pour beaucoup d’investisseurs internationaux, l’Afrique reste encore considérée comme étant un investissement à haut risque. Mais il a aussi déploré le fait que les dirigeants de PME en Afrique ont rarement l’expérience professionnelle requise. Pourtant, le besoin de financement dans les PME africaines est très important, d’ou l’option choisie par Jacana de développer un partenariat en investissant à la fois dans les ressources humaines et dans les entreprises. Il s’agit essentiellement d’aider les entreprises partenaires à améliorer les performances de leurs équipes, afin qu’eux mêmes soit capable de lever plus tard des fonds. Le but ultime étant de lever des fonds publics et privés pour l’Afrique afin de lutter contre la pauvreté. Crée il y a moins de deux ans, ce fond de private equity est plutôt présent en Afrique de l’Est, notamment en Tanzanie au Kenya, et bientôt en Ouganda. Mais pour Stephen Dawson, l’Afrique est à la fois le carrefour des défis et des opportunités. « Il y a un manque d’investisseurs locaux, alors que les investisseurs internationaux sont plutôt prudents. » constate-t-il.

Dave Barraud, Londres

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