Le développement de l’Afrique face au déficit énergétique (Les Afriques n°156 du 07/04/2011)

Les pays d’Afrique sont confrontés dans leur extrême majorité, à un déficit énergétique criant. Sans énergie, le défi du développement est difficilement relevable, s’accordent à dire les experts au terme du tout premier Forum international de l’électricité (FINELEC) en Afrique que vient d’accueillir le Cameroun.

Le taux d’accès à l’électricité reste globalement faible pour le continent africain, puisqu’il tourne autour de 40% en moyenne, avec parfois des situations critiques, où le taux de couverture est en dessous de 20% dans certains pays. Toutefois, il convient de faire un distinguo entre l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud où l’offre en matière d’électricité est élevée, et les autres pays du continent, notamment ceux des régions du Centre, de l’Est et de l’Ouest où l’accès à l’électricité reste très marginale.

En prenant seulement le cas de la RDC et du Cameroun qui concentrent le plus grand potentiel hydroélectrique d’Afrique, on se rend compte qu’en plus de cette inestimable réserve, ces pays qui disposent d’importantes ressources éoliennes, des ressources solaires ainsi que de la biomasse, n’arrivent véritablement pas à fournir de l’électricité à leurs populations, puisque moins de 50% des habitants ont accès à l’électricité. Ce manque criard d’énergie électrique constitue un frein au développement économique, et assez régulièrement, les milieux d’affaires, notamment le Groupement inter patronal du Cameroun (GICAM) attribue le manque de performance du tissu industriel du pays au rationnement insuffisant de l’électricité.

Actuellement, seuls 5% du potentiel hydroélectrique est exploité, tandis que les autres ressources à l’instar de l’énergie solaire potentiellement abondante dans le pays, l’éolienne ou la biomasse connaissent à peine un début d’exploitation.

Plus de 600 milliards de dollars d’investissement

Sous le thème « Relever les défis de l’accès de l’électricité en Afrique », le premier Forum international de l’électricité (FINELEC) qui a pris fin le 1er avril 2011 à Yaoundé, a démontré le long chemin qui reste à parcourir pour pouvoir apporter des réponses idoines aux problèmes énergétiques dont souffre le continent africain.

Une amélioration de l’offre en électricité nécessite des mesures efficaces et appropriées devant permettre d’améliorer la production, mais également et surtout, la mobilisation d’importants moyens financiers pour mener à bien les investissements nécessaires pouvant répondre à la demande.

Des études fiables mentionnent qu’il faut au minimum 600 milliards de dollars, soit à peu près 300 000 milliards FCFA, pour couvrir les besoins énergétiques en Afrique centrale. Ce chiffre est qu’il faut multiplier par trois, voire par quatre pour avoir une idée des gigantesques investissements à consentir dans ce secteur de production. Les besoins d’électricité en Afrique centrale sont estimés à 13 000 mégawatts par an. Un chiffre encore loin d’être atteint, puisque le Cameroun qui fait office de leader en la matière dans la sous région, peine à produire 1000 mégawatts. En conséquence, seulement entre 3% et 35% des 40 millions d’habitants de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont accès à l’électricité.

En Afrique subsaharienne, 32 pays sur 48 souffrent d’un déficit d’électricité criard, la situation est même quasi catastrophique dans certains pays comme le Nigeria, où les autorités ont opté pour une rationalisation de l’électricité connue sous le vocable technique de « délestages » pour alimenter le pays. Certaines villes et régions n’ont droit qu’à trois, quatre ou cinq heures d’électricité par jour, sans oublier les autres coupures, à la fois longues et intermittentes qui constituent un énorme manque à gagner pour le tissu industriel pourtant assez dynamique et développé dans ce pays. Dans un environnement aussi difficile, on comprend pourquoi les experts sont formels : l’Afrique ne peut pas relever le défi du développement sans disposer d’atouts énergétiques à même de répondre aux besoins de son industrialisation. Pourtant, pendant que les pays du Nord recourent au nucléaire pour résoudre les problèmes énergétiques avec les conséquences que l’on connait au Japon ou en Russie, l’Afrique a l’avantage de disposer de ressources naturelles à développer pour en assurer une meilleure exploitation.

L’Afrique du Sud et le Maroc en exemple

Dans un continent où la bataille énergétique est loin d’être gagnée, quelques pays, qu’on peut compter du bout des doigts, sortent la tête de l’eau. Il s’agit en l’occurrence de l’Afrique du Sud et du Maroc qui connaissent un taux de couverture électrique impressionnant. Sur une puissance installée de 70 gigawatts (GW) sur tout le continent, l’Afrique du Sud dispose à elle-seule de 40 gigawatts, pour un taux de couverture national de 100% pour la première puissance économique et industrielle de l’Afrique. De son coté, le Maroc a également connu une évolution vertigineuse en matière d’accès énergétique, le royaume Chérifien étant passé de 18% de couverture d’électricité il y a quelques années, à 97% actuellement. Une réussite d’après Khalil El Guermaï le directeur général de la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (FENELEC) qui s’explique par un environnement sain des affaires, une complémentarité entre le secteur public et le secteur privé, et surtout, la réforme intervenue dans ce secteur de production qui a permis un savant dosage entre le savoir-faire des entreprises nationales et l’expertise des multinationales.

Achille Mbog Pibasso, Douala

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