Les transferts de la diaspora africaine rivalisent avec les IDE (Les Afriques n°157 du 14/04/2011)

Les transferts financiers formels des émigrés africains vers leurs pays d’origine ont atteint 40 milliards de dollars en 2010, soit un peu moins que le volume global des investissements directs étrangers drainés par le contient.

La diaspora africaine envoie de plus en plus d’argent à destination de son continent d’origine. Les montants avancés diffèrent d’une source à l’autre. Mais si l’on s’en tient à un rapport publié le 30 mars dernier par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), les envois de fonds déclarés des quelque 30 millions d’Africains établis à l’étranger vers leurs pays d’origine sont passés de 11,3 milliards de dollars en 2000 à 40 milliards de dollars en 2010.

Intitulé Démultiplier l’impact des migrations pour l’Afrique : envois de fonds, renforcement des compétences et investissements, le rapport note que ce montant, qui représente 2,6% du PIB de l’Afrique, dépasse l’aide publique au développement servie au continent en 2010 (environ 38 milliards de dollars).

Répartis presque équitablement entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, les transferts financiers des émigrés africains rivalisent également avec le volume global des investissements directs étrangers (IDE) attirés par le continent l’an passé (environ 48 milliards de dollars). Les auteurs du rapport soulignent, dans ce cadre, que les envois de fonds de la diaspora africaine dépasseraient largement le volume des IDE si l’on prenait en considération les transferts qui empruntent des canaux informels.

Coûts prohibitifs

Les experts de la Banque mondiale et de la BAD évaluent les envois de fonds des migrants africains qui transitent par des circuits informels à une vingtaine de milliards de dollars. Ce montant mirobolant s’explique essentiellement par les coûts prohibitifs qu’imposent les sociétés spécialisées dans le transfert transfrontalier de fonds comme Western Union et Money Gram. Travaillant généralement en étroite collaboration avec les banques locales, ces sociétés, qui ont l’avantage d’être plus sûres et plus rapides, ont pratiquement l’exclusivité dans cette activité. Les coûts de leurs prestations peuvent atteindre jusqu’à 20% des montants envoyés. « Les enquêtes effectuées auprès des fournisseurs de services en Afrique montrent que les coûts élevés des envois de fonds en Afrique découlent essentiellement des accords d’exclusivité conclus entre les banques et les sociétés de transfert d’argent. Beaucoup de migrants africains préfèrent d’ailleurs envoyer de l’argent via des amis, des parents ou des groupes communautaires », souligne Hans Timmer, directeur du groupe des perspectives de développement à la Banque mondiale. Et d’ajouter : « Le coût élevé des services bancaires en Afrique dissuade également de nombreuses personnes. À titre d’exemple, le montant du versement minimum pour ouvrir un compte d’épargne représente en moyenne 28% du revenu annuel moyen en Afrique, contre 1% dans les pays d’Amérique latine. »

Potentiel sous-exploité

Malgré ces ponctions qui frisent le « racket », les transferts des émigrés contribuent, dans une large mesure, à la lutte contre la pauvreté et au développement des économies africaines. A l’échelle continentale, ces transferts sont en effet consacrés à hauteur de 60% à la satisfaction des besoins de consommation, d’éducation, de santé et d’entretien des familles restées au pays. Le reste prend souvent la forme d’investissements dans l’immobilier (achat de terrain, construction de logement) ou de création d’entreprises (transport, élevage, commerce…). Ce genre d’investissements absorbe 36% des transferts globaux au Burkina Faso, 55% au Kenya, 57% au Nigeria, 15% au Sénégal et 20% en Ouganda.

Un potentiel encore inexploité

Force est, toutefois, de reconnaître que l’Afrique a encore fort à faire pour tirer pleinement profit de la puissance financière de sa diaspora. « Le potentiel qu’offrent les émigrés pour l’Afrique reste en grande partie inexploité. Les pays du continent doivent notamment renforcer les liens avec leurs diasporas et accroître la concurrence sur les marchés des envois de fonds », précise Dilip Ratha, économiste principal à la Banque mondiale, qui appelle les banques africaines à éviter de conclure des accords d’exclusivité avec les sociétés internationales de transfert de fonds et à explorer les opportunités qu’offre le mobile-banking.

Pour les experts, l’Afrique a également intérêt à se lancer dans les « bons de la diaspora », qui sont des titres mis en vente par des entités publiques ou privées auprès de nationaux établis à l’étranger. « Cet outil novateur, qui a déjà permis à Israël et à l’Inde de puiser dans les ressources dont disposent leurs ressortissants vivant à l’étranger, pourrait permettre aux seuls pays de l’Afrique subsharienne de mobiliser des montants de l’ordre de 5 à 10 milliards de dollars par an », assure M. Ratha

Walid Kéfi, Tunis

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