Archive for mai, 2011

30 mai 2011

Un pactole de 150 milliards de dollars en 2015 (Jeune Afrique n°2629 du 29/05/2011)

L’Afrique franchit un cap. Les milieux d’affaires en sont convaincus, et les chiffres le prouvent. Entre 2003 et 2010, les investissements directs étrangers ont bondi de 87%. Et ce n’est qu’un début.

L’Afrique en rouge et blanc. Aux couleurs de Coca-Cola. C’est pour bientôt. Car si la firme d’Atlanta étend méticuleusement sa toile sur le continent depuis plusieurs décennies déjà, sa stratégie de conquête des consommateurs africains est loin d’être achevée. « L’Afrique écrira la grande page de l’histoire de la décennie à venir, comme l’ont fait la Chine et l’Inde dans les années passées. Déjà, notre présence sur le continent est bien plus importante que dans ces deux grands pays. Être présent en Afrique sera beaucoup plus pertinent à l’avenir », s’enthousiasme Muhtar Kent, l’homme d’affaires américano-turc qui dirige l’empire Coca-Cola depuis 2008.

Engouement. Patron d’une multinationale qui a prouvé qu’elle ne se lançait jamais au hasard dans la conquête de nouvelles bases commerciales, Muhtar Kent partage cet engouement avec de plus en plus de chefs d’entreprise, à New York, New Delhi ou Londres. Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, a fait part de l’intérêt de la banque d’affaires américaine pour le Ghana, nouvelle puissance pétrolière. À Londres, le fonds Helios Investment Partners, fondé par des Nigérians, est sur le point de boucler la levée de 900 millions de dollars (640 millions d’euros) : ce sera la plus importante opération de ce type destinée à l’Afrique. Une initiative qui intervient au moment ou Carlyle, le plus puissant fonds d’investissement américain, débarque en Afrique du Sud et au Nigeria. « Les marchés sont saturés pour de nombreuses industries dans les pays développés, à l’inverse de l’Afrique, en pleine croissance. La question n’est pas de savoir quand vous devrez faire des affaires avec l’Afrique, mais comment », confirme Leslie Rance, directeur général pour l’Afrique de l’Est de British American Tobacco.

L’Afrique, nouvelle terre d’investissement. Le mot d’ordre claque comme un slogan publicitaire depuis la crise de 2008. Relayée de colloques internationaux en assemblées générales du FMI ou de la Banque mondiale, de G8 en G20, cette formule incantatoire se traduit- elle réellement dans les faits ? « Nous avons fait l’objet d’un intérêt massif de la part de clients chinois, indiens, du Moyen-Orient, américains ou européens. Au total, plus d’une centaine de chefs d’entreprise sont venus nous voir en 2010 dans notre centre d’affaires africain pour nous exposer leur stratégie de croissance sur le continent, explique au Financial Times Michael Lalor, directeur d’Ernst & Young (E&Y) en Afrique du Sud. Les années passées, nous étions particulièrement satisfaits quand ils étaient cinq à dix à venir nous voir… en une année. »

Pour le cabinet d’audit américain, cela ne fait aucun doute : « L’heure de l’Afrique est venue », titre un rapport d’E&Y sur l’attractivité du continent, publié en mai. Le document fait le point sur les investissements directs étrangers (IDE) depuis 2003. D’après ce recensement, les nouveaux projets d’IDE sont passés de 338 en 2003 à 633 l’an passé – soit une progression de 87 % en sept ans – et ont créé 1,6 million d’emplois. Et le mouvement n’est pas près de faiblir. Une forte croissance de nouveaux projets est attendue à partir de 2012. Selon les projections opérées par E&Y, le flux des IDE pourrait atteindre les 150 milliards de dollars d’ici à 2015. Avec, à la clé, la création d’environ 350.000 emplois supplémentaires.

Convaincus. Le rapport du cabinet se double d’un sondage qui confirme la tendance. Réalisé auprès de 562 dirigeants d’entreprises de 38 pays, il porte sur leur stratégie d’investissement. Pour 68% d’entre eux, « l’Afrique est devenue plus attractive ». Et us sont 43% à affirmer qu’ils investiront sur le continent dans les années à venir. Les patrons des pays émergents sont les plus convaincus : 74% estiment que l’Afrique est une destination d’investissement plus attrayante depuis ces trois dernières années. Déjà, leurs investissements ont progressé de 13% par an en moyenne sur le continent, passant de 100 à 240 projets entre 2003 et 2010. Et si les industriels occidentaux sont encore les premiers à miser sur l’Afrique, leurs homologues du Sud assurent désormais 38% des IDE, contre 30% en 2003. Ils vireront en tête du classement après 2023, selon les
projections d’E&Y.

Seul bémol : 10 pays seulement profitent réellement de cet engouement. L’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le Nigeria, l’Angola, le Kenya, la Libye et le Ghana ont attiré plus de 70% des IDE entre 2003 et 2010. À l’inverse, tous ces projets d’investissement contribuent peu à peu à la diversification de l’économie du continent, les mines et le pétrole ne représentant plus l’horizon indépassable des IDE en Afrique. La croissance du PIB africain – de 5% par an en moyenne au moins jusqu’en 2015 -, la hausse des prix des matières premières et la montée d’une classe moyenne de plus de 300 millions d’individus favoriseront l’attractivité du continent, qui sera l’un des points les plus dynamiques de l’économie mondiale dans les années à venir. Mais rien n’est acquis. Malgré son attractivité incontestable, il n’a attiré que 4,5% des IDE mondiaux en 2010. De plus, la destination Afrique sera de plus en plus confrontée à la concurrence d’autres pays émergents. Aujourd’hui, elle accueille moins de projets que la Chine ou l’Inde, mais davantage que la Russie ou le Brésil. La bataille des IDE sera impitoyable.

Jean-Michel Meyer

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30 mai 2011

Attention, Carlyle débarque ! (Jeune Afrique n°2629 du 29/05/2011)

Le géant américain du « private equity » veut lever un fonds de plus de 500 millions de dollars destiné à l’Afrique. Mais il reste pour l’instant modeste en matière de recrutements.

La rumeur courait depuis plusieurs années. Mais dans le monde du private equity, où peu de place est laissée au hasard, la décision aura pris un peu de temps pour se matérialiser. Après avoir pris pied au nord du continent et au Moyen-Orient, Carlyle débarque au sud du Sahara. Avec son pedigree : 100 milliards de dollars sous gestion (environ 70 milliards d’euros), près de 65 milliards investis au cours de 1015 transactions, une présence internationale jusqu’en Chine et en Australie, et 900 employés dans 19 pays!

Mais le nom de Carlyle est aussi synonyme d’une interminable polémique sur le big business et la politique. Une affaire longtemps entretenue parle capital-investisseur lui-même en embauchant, comme conseillers le plus souvent, un nombre relativement important de responsables politiques de premier plan : les Bush père et fils, l’ancien Premier ministre britannique John Major, l’ex-Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra, mais aussi, entre autres, un ancien président philippin, un ancien secrétaire d’État américain à la Défense… La liste est longue et entretient sa réputation de firme basée sur des réseaux politiques. Il y a donc fort à parier que si Carlyle met un jour en place un comité consultatif destiné à l’Afrique, il le truffera d’anciens présidents ou ministres africains, ou de ministres européens en charge du développement…

« L’arrivée de Carlyle est une bonne nouvelle car elle place l’Afrique au coeur de la scène mondiale », juge Jean-Marc Savi de Tové, directeur de portefeuille en charge de l’Afrique au sein de l’agence de développement britannique CDC, et à ce titre investisseur dans la plupart des grands fonds de private equity du continent. Certes, certains géants du métier ont déjà un pied en Afrique, via des sociétés en portefeuille. C’est le cas, par exemple, de Warburg Pincus ou de Blackstone, qui soutiennent depuis plusieurs années Kosmos Energy, l’un des exploitants du champ Jubilee au Ghana. Mais aucun n’avait jusqu’à présent annoncé son intention de disposer d’un fonds pour l’Afrique.

À ce titre, le coup de projecteur apporté par Carlyle pourrait changer l’image du continent auprès des financiers, surtout si le deuxième capital investisseur mondial (par les actifs gérés) transforme l’essai et boucle de belles – et rentables – opérations dans le futur. Il vient pour cela d’initier la levée d’un fonds pour une taille comprise entre 500 millions et 750 millions de dollars. Un montant modeste par rapport aux fonds habituellement gérés par Carlyle et étant donné le nombre des investisseurs avec qui il a l’habitude de travailler.

Dirigeants locaux. Le groupe américain a en parallèle recruté une équipe dirigeante locale : le Sud-Africain Danie Jordaan, venu d’Ethos, a une vingtaine d’années d’expérience ; Marlon Chigwende, qui jusque-là dirigeait les activités africaines de capital-investissement de Standard Chartered, et Geneviève Sangudi, patronne des opérations au Nigeria d’Emerging Capital Partners, complètent le trio de direction.

« C’est une équipe avec un profil intermédiaire : ni des juniors ni de très grands confirmés, ce qui montre que Carlyle veut avancer prudemment, explique un financier. Mais je ne doute pas que la machine se mettra rapidement en action, avec une capacité d’exécution et de négociation hors du commun, des techniques de modélisation financière, des conseils juridiques et, surtout, une intensité du suivi des participations. » Autrement dit, Carlyle est tout sauf un investisseur passif.

Frédéric  Maury

30 mai 2011

Sacs en plastique : le marché s’emballe (Jeune Afrique n°2629 du 29/05/2011)

De nombreux pays interdisent désormais les conditionnements non biodégradables, un business estimé à 4 milliards d’euros sur le continent. Entre les sociétés proposant des alternatives, la compétition est lancée.

Botswana, Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud, Rwanda, Maroc, Ghana, Congo, Gabon et, à partir du 5 juin, Togo… Plus qu’une tendance, c’est une vague de fond. L’Afrique se lance dans la chasse aux emballages non biodégradables, véritable fléau dont les sacs en plastique échoués sur tout le continent sont devenus un symbole encombrant. À Kigali début mai, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a annoncé réfléchir à une loi pour interdire leur utilisation dans ses cinq États membres. Elle s’attaque à un business lucratif: sur le continent africain, le marché de l’emballage plastique peut être estimé à quelque 4 milliards d’euros par an.

Fabriquées à base de pétrole, les « fleurs du Sahel » – comme on les appelle dans les pays de la bande sahélienne – sont aussi accusées de gaspiller une matière première de plus en plus chère. L’interdiction de la production et de l’importation des emballages plastique a donc des motivations économiques autant qu’écologiques. Mais sa mise en œuvre est loin d’être une sinécure. Solide, étanche, sans danger pour la santé lorsqu’il est traité pour le contact alimentaire, le plastique possède des propriétés qui en font un matériau difficilement remplaçable, notamment dans l’industrie agroalimentaire.

« Inévitable ». Pourtant, une poignée de sociétés à travers le monde proposent des alternatives et se battent déjà sur un marché balbutiant, dont l’Afrique fait partie. « Depuis deux ans, nous exportons exclusivement des sacs biodégradables ; c’était devenu inévitable », explique ainsi le dirigeant d’une société française qui achemine vers le continent quelque 1800 tonnes d’emballages alimentaires par an, pour un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros.

Deux alternatives technologiques, conservant globalement les propriétés des emballages actuels, sont en lice. La première utilise, totalement ou partiellement, des matières végétales, issues de l’amidon de maïs ou de pomme de terre. Seuls hic : son prix – environ 30% de plus qu’un sac classique – et la pression sur les cultures alimentaires que pourrait exercer son déploiement à grande échelle. Pour produire 200.000 t de ces « bioplastiques », il faut entre 250.000 et 300.000 t de matières premières végétales. « En théorie, les bioplastiques sont une bonne technologie, explique Peter Skelton, de l’organisme britannique Waste and Resources Action Programme, mais dans la pratique, il y a beaucoup de barrières. »

Face aux bioplastiques, la technologie dite « oxo-biodégradable » a pris de l’avance et est en passe de s’imposer dans le paysage africain. Le japonais P-Life, l’américain EPI ou encore le britannique Symphony Plastics sont en course pour rafler les marchés du continent. Leur solution, présentée comme quasi miraculeuse, est un additif chimique qui s’incorpore à hauteur de 1 % dans le plastique et permet de casser la chaîne moléculaire au bout de une à trois années. Conséquence : le sac jeté en pleine nature se décompose. Il serait complètement absorbé par les micro-organismes présents dans le sol ou l’eau. Le marché potentiel pour cette substance sur le continent dépasserait les 330 millions d’euros par an.

Premiers pas. Au Maroc – 3 milliards de sacs en plastique par an -, Symphony Plastics a ainsi remporté un marché annuel de 1 million d’euros. Depuis une année, le groupe Label’Vie, qui détient la franchise Carrefour au Maroc, a adopté sa technologie pour produire ses sacs. « Le surcoût final est de 10% à 15% maximum », explique Philippe Michon, représentant pour l’Afrique de la société cotée au London Stock Exchange. L’oxo-biodégradable séduit. Des entreprises au Cameroun et en Côte d’Ivoire, au Rwanda et au Gabon figurent parmi les autres clients de Symphony Plastics, pour un chiffre d’affaires africain annuel d’environ 5 millions d’euros. « Un début, estime Philippe Michon, car beaucoup de pays n’en sont qu’au stade de la mise en place d’une législation. » Lors des journées de sensibilisation aux effets néfastes du plastique organisées à Lomé fin mai, la société était présente, se positionnant déjà pour conquérir ce nouveau marché. La compétition ne fait que commencer.

Michael Pauron

27 mai 2011

Au Mozambique, moins de 17% des terres arables sont exploitées (Les Afriques n°163 du 26/05/2011)

Sur les 8 millions d’ha de terres potentiellement arables dans la province centrale du Zambèze, au Mozambique, seuls quelque 1,3 millions d’ha, soit à peine 16,3%, sont exploités à des fins agricoles et d’élevage. Un récent rapport du gouvernement provincial, présenté au président Armando Guebuza, est revenu sur cette sous-exploitation. D’ailleurs, cette province, qui dispose de 416.000 ha potentiellement irrigables, ne dispose actuellement que de 12 581 ha avec des infrastructures d’irrigation. En termes de production céréalière, il est ressorti de ce rapport que la production au Zambèze a diminué de 21,4% en 2010 en glissement annuel. Les professionnels ont imputé cette chute de la production à l’insuffisance des précipitations, qui a entraîné la perte de plus de 119.000 ha, principalement de maïs et de riz, dans les districts de Maganja da Costa, Chinde, Morrumbala et Mopeia.

27 mai 2011

Vers la création d’une zone de libre-échange en Afrique australe et de l’Est (Les Afriques n°163 du 26/05/2011)

En Afrique australe, on se dirige vers l’établissement d’une zone de libre-échange (ZLE). En effet, le Marché commun de l’Afrique de l’Est et australe (Comesa), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ont convenu de lancer des négociations pour la création d’une ZLE à l’occasion du sommet des chefs d’Etat prévu en juin prochain en Afrique du Sud. Pour James Musonda, conseiller commercial pour la Comesa, une telle ZLE, regroupant les trois blocs commerciaux africains, représenterait un vaste marché unifié, permettant d’accroître les investissements entre les pays africains et les investissements directs étrangers.