Des chantiers « africanesques » (Jeune Afrique n°2625 du 01/05/2011)

Le continent n’en finit pas de se construire, et l’énergie et les transports trustent l’essentiel des projets d’aménagement, un marché que se partagent le plus souvent des entreprises non africaines.

La route est encore longue : le montant annuel nécessaire pour répondre aux besoins de l’Afrique en termes d’infrastructures est estimé par la Banque africaine de développement à plus de 60 milliards d’euros. Mais la voie se dégage : alors qu’en 2005,6 milliards d’euros y étaient consacrés, la somme s’élevait à près de 27 milliards en 2009.

Premier défi : l’énergie. Pas étonnant, de fait, de voir se multiplier les chantiers pharaoniques dans le secteur. Dernier en date, le barrage hydroélectrique éthiopien qui sera construit par l’italien Salini pour 3,35 milliards d’euros, le plus important projet énergétique du continent. Citons encore les pourparlers entre le minier brésilien Vale et le Libéria, pour la construction d’une centrale de 1000 mégawatts… Mais tout cela reste une goutte d’eau dans un océan de besoins: 8,1 milliards d’euros sont en moyenne investis chaque année dans l’énergie, alors qu’il faudrait en mobiliser 28 milliards pour sortir le continent de l’obscurité et gagner un à deux points de PIB gâchés.

LE PRIVÉ, RECOURS ESSENTIEL. Les routes sont l’autre défi du continent. Elles ne progressent que lentement, alors que 90 % des transports en dépendent. En vingt ans, moins de 2 milliards d’euros ont été dépensés dans le bitume. Une brindille, quand on compare aux télécoms, qui ont mobilisé sur la même période près de 100 milliards d’euros. Pourtant, les opportunités pour le secteur privé sont réelles et nombreuses.

Au Kenya, l’autrichien Strabag et l’israélien Shikun & Binui ont par exemple remporté un contrat d’environ 520 millions d’euros pour l’aménagement et l’extension de 45 km de route à Nairobi, en plus d’une concession de trente ans sur une portion de 106 km. Fin 2010, le français Biffage a annoncé la signature au Sénégal d’un contrat de trente ans pour la construction, le financement et l’entretien d’une portion de 25 km de route en rase campagne. Coût de l’opération : 230 millions d’euros. Les compagnies privées sont donc le recours essentiel des États. Reste que, comme l’illustre ce panaché des grands chantiers de l’Afrique, il manque la patte africaine : le savoir-faire étranger domine largement.

Maroc  : port Tanger-Med II (880 millions d’Euros)

Maître d’œuvre : consortium avec Bouygues (France), Besix (Belgique), Saipem (Italie), Somagec (Maroc)

Lancé en juin 2010 par le roi Mohammed VI, le second port à conteneurs devrait voir sa première tranche finalisée en 2014. Sa capacité d’accueil de 2 millions de conteneurs par an s’ajoutera aux 3 millions de Tanger-Med I.

Sénégal : aéroport Blaise-Diagne (555 millions d’Euros)

Maître d’œuvre : Saudi Bin Ladin Group (Arabie Saoudite), en collaboration avec Dar AI Handasah, Turner et CDE

Le futur aéroport international sénégalais, situé à 45 km de Dakar, devrait ouvrir ses portes fin 2012, avec un an de retard. Il s’étalera sur 260 hectares (contre 800 pour l’actuel aéroport Léopold-Sédar-Senghor) et aura une capacité d’accueil de 3 millions de passagers par an.

Mali : troisième pont de Bamako (46 millions d’Euros)

Maître d’œuvre : CGGC (Chine)

Le chantier du pont de l’Amitié sino-malienne a démarré en 2009. D’une longueur de 1,6km, entièrement financé parla Chine, l’ouvrage est en phase d’achèvement et devrait être inauguré avant la fin de l’année.

Algérie : gazoduc Medgaz (910 millions d’Euros)

Financement : Sonatrach (Algérie), Cepsa (Espagne), Iberdrola (Espagne), GDF-Suez (France), Endesa (Espagne)

Le chantier a débuté en 2007 après six ans de réflexion. Il a été inauguré en mars 2011. D’une longueur de 210 km entre Béni Saf, sur la côte algérienne, et Almeria en Espagne, il plonge jusqu’à 2160m et transportera jusqu’à 8 milliards de m3 de gaz par an vers l’Europe

Tchad : centrale électrique de Farcha (145 millions d’Euros)

Maîtres d’œuvre : Wärtsilä (Finlande) et CMEC (Chine)

La première pierre a été posée en mars par le président Idriss Déby Itno pour une livraison en 2012. Outre la centrale de production de 60 mégawatts, une boucle de 90 kilovolts à N’Djamena et des réseaux de distribution seront réalisés par le chinois CMEC.

Ethiopie : barrage hydroélectrique (3,35 milliards d’Euros)

Maître d’œuvre: groupe Salini (Italie)

La construction du plus grand barrage d’Afrique (5 km de long, 50 m de haut) se fera sur le Nil bleu, à 700 km au nord-ouest d’Addis-Abeba. Cet ouvrage, qui entrera en fonction à partir de septembre 2014, offrira une puissance de 5250 mégawatts.

Kenya : développement géothermal (1 milliard d’Euros)

Maîtrise d’ouvrage : The Geothermal Development Company (publique)

Plus de 2000mégawatts supplémentaires d’ici 2014 tel est l’un des premiers de Nairobi, qui place le secteur énergétique au coeur de vision stratégique 2030. Pour ce faire le pays compte principalement sur la géothermie: le potentiel kenyan est estimé à 7000 MW.

Afrique du Sud : train express régional Gautrain (entre 2 milliards et 3,5 milliards d’Euros)

Maître d’œuvre : consortium Bombela

Ouvert en juin 2010 à l’occasion de la Coupe du monde de football, le Gautrain relie l’aéroport de Johannesburg au centre d’affaires de Sandton en quatorze minutes. Avant la fin de l’année, par le même train, il sera possible d’effectuer le trajet Johannesburg-Pretoria en quarante minutes.

Michael Pauron

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