Les valeurs africaines séduites par l’étranger (Jeune Afrique n°2625 du 01/05/2011)

Les groupes du continent semblent se sentir à l’étroit sur les Bourses régionales. Ils préfèrent aller chercher leurs financements à Londres, New York ou Toronto.

Les marchés, Aliko Dangote connaît. Le magnat nigérian des affaires y a déjà introduit quatre de ses filiales, dans le ciment, le sucre, la farine et le sel. Un ensemble qui pesait, mi-avril, la bagatelle de 13 milliards d’euros de capitalisation boursière ! Pourtant, le plus riche entrepreneur d’Afrique est décidé : d’ici à la fin de l’année, la principale de ces entités, Dangote Cement, fera également son entrée à la Bourse de Londres. L’objectif? Capter une partie des milliards qui se destinent chaque mois aux actions des pays émergents mais que les Bourses africaines ont beaucoup de mal à capter. Et pour cause : les deux principaux indices spécialisés dans ces marchés, suivis par la quasi-totalité des gérants de fonds internationaux, incluent une dizaine de Bourses asiatiques, sept à huit places sud-américaines et autant d’Europe de l’Est, mais seulement trois ou quatre Bourses africaines : Johannesburg, Le Caire, Casablanca et, parfois, Lagos. Autrement dit, une entreprise cotée sur tout autre marché du continent n’a quasiment aucune chance de figurer sur les radars des grands investisseurs internationaux.

Du coup, de plus en plus d’entreprises opérant en Afrique franchissent désormais le pas de la cotation internationale, qu’elles soient déjà référencées ou non sur un marché régional. Comme Dangote, les poids lourds du continent sont au rendez-vous : Maroc Télécom est ainsi coté à Casablanca et Paris, Orascom Telecom au Caire et à Londres… Si le NYSE Euronext, qui regroupe notamment les Bourses de New York et de Paris, peut aujourd’hui prétendre être la deuxième place africaine au monde, c’est à ce mécanisme de double cotation qu’il le doit. Dernier exemple en date : Tunisie Télécom, qui, même si le projet est aujourd’hui suspendu, entend être introduit à la fois à Paris et Tunis. À l’ombre de ces mastodontes, les jeunes sociétés affluent également sur les places internationales. À la différence de leurs aînées, elles ne s’embarrassent en revanche pas d’une cotation africaine, mettant directement le cap sur les Bourses britannique, canadienne, ou australienne.

COMPAGNIES MINIÈRES. Septième place mondiale, Toronto accueille ainsi environ 200 sociétés actives sur le continent, pour l’essentiel de petites compagnies minières. À Londres, où le profil des prétendants aux introductions est plus large, 81 entreprises africaines ou opérant principalement en Afrique ont trouvé leur place sur la cote. La moitié est arrivée sur ce marché au cours des quatre dernières années, dont une quinzaine rien qu’en 2010. Véritable pied de nez aux places du continent, la plus importante introduction africaine de l’année écoulée, tous marchés confondus, a d’ailleurs eu lieu sur les bords de la Tamise : le groupe African Barrick Gold y a levé 884 millions de dollars (environ 606 millions d’euros au cours actuel). Presque au même moment, à Toronto, le producteur aurifère Red Back Mining (aujourd’hui Kinross), dont les deux seuls actifs sont au Ghana et en Mauritanie, récoltait 600 millions de dollars.

« La raison qui amène ces sociétés à privilégier des listings à Toronto ou Londres est simple, explique un financier africain. Elles ont besoin de lever régulièrement des fonds en quantité importante pour financer leur développement et elles peuvent le faire sans trop de difficultés sur ces places très dynamiques. En plus, elles trouvent sur ces marchés internationaux toute une série d’intervenants – analystes, avocats, conseils financiers – très qualifiés.»

CONCENTRATION. La seule grande Bourse internationale basée en Afrique et pouvant rivaliser – celle de Johannesburg – aurait logiquement dû attirer ces sociétés. C’est un échec. Depuis sa création, il y a trois ans, l’Africa Board, le panel réservé aux sociétés du continent hors Afrique du Sud, n’a accueilli que deux entreprises. « Beaucoup de fonds d’investissement internationaux trouvent que les contrôles des capitaux en Afrique du Sud sont une barrière pour investir sur le marché », souligne Lauren Crawley-Moore. Selon cette porte-parole du London Stock Exchange (LSE, la Bourse de Londres), le développement des « cotations africaines » sur les grandes places internationales n’est de toute façon pas forcément préjudiciable au continent : « Le LSE voit ses activités comme étant favorables à la croissance et au développement des échanges en Afrique. »

Il n’empêche : à l’heure où les fusions des marchés de Londres et Toronto d’un côté et de NYSE Euronext et Deutsche Börse de l’autre annoncent la création de méga places boursières mondiales, offrant des opportunités de financement presque illimitées, le Johannesburg Stock Exchange sait, plus que jamais, qu’il a un rôle à jouer. À condition de lancer en Afrique ce mouvement de concentration. Alors les opérations d’introduction en Bourse ou de levée de fonds reviendront sur le continent.

Frédéric Maury

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