Sud-Soudan : le nouvel Etat déjà menacé par les divisions (Courrier international n°1070 du 05/05/2011)

La séparation entre le nord et le sud du Soudan risque d’être troublée par les tensions qui persistent entre ces deux entités. Mais ce sont les rébellions internes qui inquiètent le plus.

Non loin de l’aéroport de Juba, nouvelle capitale du Sud-Soudan, un panneau souhaite au visiteur la « bienvenue dans le plus jeune pays d’Afrique ». Le 9 juillet 2011 marquera en effet la date de naissance officielle de la république du Sud-Soudan, issue de la sécession votée en janvier dernier entre le sud du Soudan – essentiellement chrétien ou animiste – et sa moitié nord, dominée par des populations arabes et musulmanes. La violence n’a toutefois pas disparu de cette région. En mars 2011, dans le Nord, les Forces armées du Soudan (SAF), qui traquaient des groupes rebelles du sud du Darfour, ont bombardé les Etats [wilayas] du Bahr El-Ghazal du Nord et du Bahr El-Ghazal de l’Ouest. Au début du mois de février, des affrontements ont éclaté dans l’Etat du Haut-Nil au sein des Unités intégrées conjointes, mises en place pour faire respecter l’accord de paix, faisant plus d’une cinquantaine de morts.

Partage des revenus pétroliers. Par ailleurs, de vives tensions persistent avec le Nord, car, en l’absence d’accord sur les conditions d’éligibilité des votants, le référendum sur le statut d’Abyei [Région pétrolifère qui longe la frontière au nord], qui devait avoir lieu en même temps que celui sur le Sud-Soudan, n’a pas pu se dérouler. Résultat : les troupes des SAF continuent de se masser dans le Sud-Kordofan, aux abords de la ville d’Abyei. Les accords sur le partage des revenus pétroliers sont encore assez flous. Le tracé des frontières ne fait toujours pas l’unanimité et l’avenir des forces de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) dans les Etats du Nil bleu et de Kordofan reste incertain. En dépit de ces tensions persistantes, c’est l’instabilité au sein même du Sud-Soudan qui devrait alerter les responsables occidentaux. Le Nord et le Sud devraient, selon toute vraisemblance, parvenir à un degré d’entente minimal afin de ne pas bloquer l’acheminement du pétrole via Port-Soudan, du moins jusqu’à ce qu’un pipeline soit construit jusqu’à Mombasa, sur la côte kenyane. Les rebellions armées, la faiblesse des institutions et l’absence de services essentiels sont autant d’indicateurs de la fragilité du Sud-Soudan. En effet, des affrontements opposent la SPLA à un certain nombre de milices dans trois Etats sur dix, faisant des centaines de victimes. A plusieurs reprises, Pagan Amum, secrétaire général du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), a accusé le Nord d’armer les rebelles afin de déstabiliser le Sud. De son côté, Khartoum dénient fermement toute implication. Même si le Nord alimente les tensions au Sud – ainsi qu’il l’avait fait pendant la guerre civile, de 1983 à 2005 -, il est néanmoins certain que les manquements du gouvernement du Sud constituent une source majeure de mécontentement. En témoigne l’absence de processus participatif, notamment avec les partis d’opposition, alors que le pays procède à un examen de sa Constitution dans le cadre de sa transition vers l’indépendance.

Vastes terres fertiles. Le SPLM regorge de responsables qui doivent davantage leur nomination à leur passé guerrier et militaire qu’à leur talent politique. Depuis que les livraisons de pétrole ont repris à grande échelle en 2005, le système de clientélisme politique n’a cessé de progresser. Ce problème est particulièrement criant dans le cadre des attributions de contrats publics. Sous l’égide de l’ancien vice-président, John Garang, et de l’actuel président, Salva Kiir Mayardit, la mauvaise gouvernance et la corruption des autorités ont suscité de vives critiques contre la prédominance du SPLM et des Dinkas, première minorité ethnique dans le gouvernement du Sud-Soudan (GoSS). Lors de la préparation du référendum, les populations mises à l’écart et les chefs de l’opposition ont toutefois hésité à exprimer leurs doléances, de crainte de nuire à l’ensemble du processus. Le référendum étant passé, ils pourraient de nouveau faire entendre leur voix, augmentant ainsi le risque de tension. Aux effets pervers du droit d’aînesse s’ajoute le poids des dépenses militaires – 34% du budget du GoSS entre 2006 et 2009 -, qui laissent peu de fonds pour des services aussi essentiels que les soins médicaux, l’accès à l’eau et la santé publique. L’éducation fait également partie des parents pauvres du Sud-Soudan, où 90% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Cela explique pourquoi 2045 parturientes sur 100.000 meurent en couches. L’absence de services de base se fera d’autant plus cruellement ressentir que, depuis novembre 2010, l’Organisation internationale pour les migrations a enregistré plus de 261.000 retours de réfugiés du Nord, dont la plupart risquent de s’établir en périphérie des villes. Les revenus du pétrole et la fourniture de services essentiels ne suffiront pas à résoudre tous les problèmes du Sud-Soudan. Si le pétrole devrait encore assurer 98 % des ressources du GoSS en 2011, sa part dans les revenus de l’Etat devrait diminuer de manière significative dans les trois à cinq prochaines années. Le soutien à la croissance par le biais d’aides au secteur privé et la mise en place d’un environnement stable et bien réglementé seront essentiels au développement durable de ce jeune pays. Cela vaut tout particulièrement pour l’exploitation de ses vastes terres fertiles. Tout le problème consiste à trouver un système efficace et favorable aux pauvres, un juste équilibre entre le maintien de systèmes dépassés servant une production de subsistance et la confiscation de toutes les ressources du pays par les grandes sociétés agroalimentaires des Etats du Golfe, qui mettent actuellement la main sur d’autres régions d’Afrique de l’Est. La communauté internationale devra analyser avec finesse la situation au Sud-Soudan afin que les problèmes liés à l’absence de dénominateur commun dans l’autodétermination, les espoirs peut-être déçus, l’attente de dividendes de la paix ou le sentiment croissant d’inégalité ne viennent menacer l’existence de cette jeune nation. C’est le minimum que l’on doit au peuple du nouveau Sud-Soudan.

Sam Carpenter

@OpenDemocracy (extraits) Londres

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :