Y a-t-il un miracle rwandais ? (Les Afriques n°165 du 09/06/2011)

Le président rwandais, Paul Kagamé, est-il en train de réaliser un miracle économique ? Avec la même configuration ethnique que le Burundi, et sans les ressources de la République démocratique du Congo, le pays des mille et une collines est devenu la vitrine du développement dans la région tourmentée des grands lacs. A quoi tient cette prouesse dans un pays surpeuplé où la rareté des sols est cause d’affrontements répétés entre paysans et éleveurs ? Comment un ancien militaire formé dans le maquis a réussi en l’espace de neuf ans à doubler la taille de l’économie de son pays face à des voisins mieux nantis par la nature ? Pourquoi cet ancien rebelle, réélu en 2010 avec un score stalinien, fait-il mieux sur le terrain économique qu’un président Abdoulaye Wade du Sénégal, bardé de diplômes ou qu’un Denis Sassou Nguesso, président d’un pays qui dispose de ressources énergétiques en abondances ? Est ce grâce à une vision technocratique et pragmatique appliquée par une équipe resserrée ? Grâce à des réformes de l’environnement des affaires plébiscitées par les institutions internationales ? Il faut trois jours pour créer une entreprise dans ce pays contre 13,8 jours dans les pays de l’OCDE et 45 jours en Afrique.

Certes, la jeune démocratie rwandaise sortie du chaos génocidaire de 1994 a encore du chemin à faire. L’expérience de la justice transitionnelle à travers les tribunaux « gacacas » est un acquis, quoiqu’avec quelques imperfections, comme le rappelle à juste titre le dernier rapport de Human Rights Watch (HRW). Mais, l’originalité du Rwanda semble venir de l’élan patriotique de ses dirigeants qui nous donnent l’impression de vouloir relever le challenge du développement. A l’inverse d’un Ben Ali et d’un Moubarak, qui voulaient jouer au gendarme de l’Europe, le président rwandais tire sa légitimité de ses résultats sur le terrain économique et de l’adhésion de la majorité des Rwandais à son programme politique. Reste à asseoir définitivement la réconciliation entre Tutsis et Hutus. Cela passe par l’enracinement de la démocratie. Au-delà de la suppression de toute référence ethnique (mesure salutaire), le chantier de la réconciliation nationale sera sans doute celui qui fera entrer ou pas Paul Kagamé dans l’histoire.

Adama Wade, Casablanca

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