Le ciel africain au centre des enjeux (Les Afriques n°165 du 09/06/2011)

L’Afrique est devenue depuis quelques années le théâtre d’une bataille rangée entre les grands transporteurs occidentaux, en quête de nouveaux marchés.

Avec une croissance de plus de 5% en moyenne, une population estimée à plus d’un milliard d’habitants et ses matières premières qui attirent de plus en plus d’investisseurs (on devrait d’ailleurs y produire 15% du pétrole mondial), l’Afrique semble définitivement être un continent en devenir. Un Africain sur trois fait dorénavant partie d’une classe moyenne émergente. Bien que le trafic aérien africain ne représente que 6% du trafic mondial, soit environ 40 millions de passagers transportés, le taux de croissance du transport aérien y était l’un des plus élevés avant crise (entre 7 et 10% en moyenne par an). Selon le constructeur américain Boeing, le trafic aérien devrait croître de plus de 6% par an dans les 20 prochaines années, et il estime un marché à plus de 700 nouveaux avions.

Tous ces indicateurs ne laissent bien sûr pas indifférents les transporteurs aériens étrangers qui sentent le bon filon. De plus, les compagnies africaines sont, dans la grande majorité, de petites tailles (flottes minimes, faibles réseaux) et sous capitalisées. Il existe néanmoins quelques majors à l’échelle continentale, telles que South African Airways, Ethiopian Airlines, Egyptair, Royal Air Maroc ou encore Kenya Airways mais, selon l’AFRAA, l’Association africaine des transporteurs aériens, le trafic intercontinental ne représente que 45% du trafic de ses membres. Cette faiblesse des compagnies aériennes africaines illustre bien l’ancrage des transporteurs étrangers et surtout leur domination sur certaines zones du continent. Très récemment encore, Lufthansa, Delta, Brussels Airlines, Air France-KLM, pour ne citer que celles-là, n’ont cessé d’augmenter leurs fréquences sur l’Afrique et d’accroître davantage leur position.

Domination d’Air France-KLM. Le groupe franco-néerlandais est d’ailleurs le premier transporteur étranger sur l’Afrique avec 350 fréquences par semaines sur 42 destinations. En 2009/2010, le trafic Afrique/Moyen-Orient a drainé 5,5 millions de passagers pour Air France-KLM. La destination Afrique est même l’une des plus rentables pour la société et les lignes qui lui apportent les plus grosses marges bénéficiaires sont toutes africaines. Ce sont les lignes Paris-Libreville et Paris-Luanda qui offriraient les plus grandes marges du groupe. La compagnie a ainsi augmenté de 4% son offre par rapport à l’année dernière.

Lufthansa effectue pour sa part 251 fréquences sur 34 destinations. Le transporteur allemand a d’ailleurs étoffé son offre qui a crû de 40% sur le Nigeria. En 2009, il racheta Brussels Airlines qui est aussi très présente sur le continent et qui a aussi augmenté ses liaisons et même ouvert de nouvelles destinations (Accra, Lomé, Cotonou et Ouagadougou). Swiss, autre filiale de la compagnie allemande, a aussi augmenté ses fréquences sur le Cameroun.

L’américaine Delta Airlines a quasiment quadruplé ses rotations entre les États-Unis et l’Afrique (passant de 20 vols hebdomadaires en 2007 à près de 80 aujourd’hui).

British Airways a également fait savoir qu’elle souhaitait se développer en Afrique, continent qui représente à l’heure actuelle moins de 10% des ses revenus. Elle a d’ailleurs tissé des liens étroits avec la compagnie sud africaine Comair qui effectue pour le compte du transporteur britannique 800 vols par semaine.

Intégrer des alliances. Toutefois face à cette invasion, les majors africaines résistent relativement bien. Beaucoup ont d’ailleurs intégré des alliances. C’est le cas de la SAA et d’Egyptair qui sont membres de Star Alliance. Ethiopian devrait les rejoindre d’ici 2012. Kenya Airways, quant à elle, fait partie de Skyteam depuis 2007. Ces alliances permettent principalement aux transporteurs membres d’étoffer leurs réseaux et les vols en partage de code, ce qui est un atout précieux pour ces grandes compagnies africaines qui sont les seules à pouvoir véritablement faire face à la déferlante des compagnies étrangères dans le ciel africain. Bien que le défi soit difficile, cela n’entame pas l’optimisme des dirigeants, en particulier le CEO d’Ethiopian, Tewolde Gebre Mariam : « La compétition est notre manière de vivre. Nous servons le continent depuis plus de 65 ans et nous connaissons la demande des voyageurs africains mieux que personne. Nous avons une très bonne réputation en Afrique mais nous devons travailler dur afin d’améliorer nos services et nos standards et rester vigilants sur la compétition. » Et d’ajouter « je pense qu’il y a beaucoup d’opportunités pour les transporteurs émergents locaux comme la SAA, Kenya Airways, Egyptair ou Ethiopian pour concurrencer les compagnies étrangères. Nous pensons que l’Afrique est assez grande pour nous tous. C’est un continent peuplé d’un milliard d’habitants dont 300 millions vivent en milieu urbain. »

Willy Kamdem

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