Menace de famine sur l’Ethiopie (www.slateafrique.com du 10/06/2011)

Changement climatique, pluies insuffisantes, hausse mondiale des prix des céréales… L’Ethiopie n’a plus les moyens de se nourrir. Près de 3,2 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire.

Le spectre de la famine menace une fois de plus l’Ethiopie. Les prix des denrées alimentaires ont atteint des sommets sur les marchés. Entre février et mars 2011, le prix du maïs a augmenté de 21%, le sorgho de 18%, le blé de 14% et le teff, une céréale locale, de 10%. Un sac de 100 kilos de maïs vaut aujourd’hui 520 birrs, soit 22 euros.

Le revenu moyen des familles éthiopiennes tourne autour de 17 euros par mois. La plupart n’ont donc pas les moyens pour supporter cette hausse des prix. Pourtant, les céréales sont la base de l’alimentation éthiopienne. Le teff sert à fabriquer l’injera, sorte de galette avec laquelle les Ethiopiens mangent. Les pois chiches fabriquent le shiro, plat de base éthiopien, et le maïs leur pain.

Faute de pouvoir s’approvisionner en teff, les familles se rabattent sur des céréales comme le sorgho, de moins bonne qualité. Les vendeurs de détail coupent aussi leurs stocks avec de céréales bas de gamme pour faire plus de profits. Tous les produits de base sont affectés par la hausse des prix. L’inflation a atteint les 30% en avril.

«Depuis plusieurs mois, je fais des choix dans ce que je dois acheter. Si je veux de l’injera, alors je prendrai moins de café», confie Abyie
Tesfaye, chauffeur de taxi collectif à Addis Abeba.

Selon l’ONU, «l’Afrique de l’Est est en train d’affronter la pire crise alimentaire du moment». La FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a dû réévaluer le nombre de personnes ayant besoin d’aide alimentaire en Ethiopie, passant de 2,8 à 3,2 millions. 41% de la population souffre de malnutrition. La menace touche surtout les zones sud et sud-est du pays. Deux tiers des besoins d’aide alimentaire se concentrent dans le sud de la région Somalie et dans les terres basses de l’Oromie (région qui s’étend de l’est au sud-ouest de l’Ethiopie).

Sécheresse et hausse mondiale des prix. Depuis plusieurs années, le gouvernement éthiopien s’est doté d’une véritable stratégie agricole avec notamment son Plan de développement agricole et d’industrialisation, ou encore le Plan de développement durable et de réduction de la pauvreté (SDRP). Il a investi dans les routes et les réseaux de communications ainsi que dans des graines modernes et des fertilisants…

Ces politiques ont eu des résultats au niveau de la production. En un an, la production de teff est passée de 30 à près de 32 millions de tonnes par an, et le blé de 25 à environ 31 millions de tonnes. Au total, le pays devrait produire plus de 155 millions de tonnes de céréales cette année, soit 10% de plus que l’an dernier.

Mais cela ne suffit pas à se prévaloir du changement climatique. Selon le Réseau de prévention des crises alimentaires (FEWS NET), «la Corne de l’Afrique a subi consécutivement deux saisons des pluies en dessous de la normale, provoquant l’une des années les plus sèches depuis 1995». La petite saison des pluies est en effet arrivée avec six semaines de retard dans les régions éthiopiennes Oromie, Amhara et Tigré, principales productrices de céréales. Et les précipitations étaient deux fois moins abondantes que d’ordinaire.

Il en faut plus, aussi, pour résister à la hausse mondiale des prix. Le phénomène est incontournable, partout autour du globe. Les prix mondiaux du blé ont augmenté de plus de 80% par rapport à l’année dernière, à la même période. Ceux du maïs ont aussi doublé.

La hausse de certains produits, notamment le pétrole, influent également sur les prix. Il serait pour 7% de l’inflation éthiopienne.

Faiblesse structurelle. En réaction, le gouvernement éthiopien a pris des mesures. Il a notamment plafonné le prix de 18 produits de première nécessité. Effet pervers de cette solution: les gens ont tellement peur de manquer qu’ils achètent en grande quantité, stockent et entraînent des pénurie, donc une nouvelle hausse de prix. C’est surtout le cas pour le sucre ou l’huile.

Le gouvernement importe aussi. En 2010 et 2011, 2,3% des céréales vendues sur les marchés éthiopiens provenaient de l’importation, et ont coûté 2,5 millions de dollars (1,7 million d’euros). Mais en raison des fluctuations mondiales, ces céréales participent aussi à l’augmentation des prix sur le territoire éthiopien.

Pour se protéger ou du moins limiter l’impact de la hausse mondiale, l’Ethiopie doit renforcer encore son agriculture, et surtout investir dans la
mécanisation. Les agriculteurs éthiopiens sont sous-équipés et ne rentabilisent pas tout le potentiel agricole du pays. Seules 5% des terres arables
éthiopiennes sont cultivées.

Mais le gouvernement éthiopien a fait le choix de concéder une grande partie de ses terres à des compagnies étrangères. Le pays a autorisé 815
projets agricoles financés par des entreprises étrangères depuis 2007. Il a concédé près de 600.000 hectares entre 2004 et 2009. Le gouvernement espère ainsi obtenir en échange un transfert de compétences, la création d’infrastructures et d’emplois. Pour l’heure, il a surtout hérité des déplacements de population et des récoltes de jatropha pour produire des agro-carburants…

Gaëlle Laleix

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