Grandes manoeuvres sur le marché du mobile banking en Afrique (Les Afriques n°169 du 07/07/2011)

L’énorme potentiel du mobile banking en Afrique conduit les opérateurs télécoms et les institutions financières à accélérer leur coopération pour mieux se positionner sur un marché qui pèsera 200 milliards de dollars en 2015.

Les services financiers par téléphone mobile sont-ils la nouvelle frontière stratégique des établissements financiers et des opérateurs télécoms en Afrique ? C’est bel et bien le cas si l’on se réfère à l’accélération de la cadence des partenariats entre les deux acteurs. Le 6 juin, la banque Ecobank et l’opérateur télécoms Bharti Airtel, ont frappé un grand coup en annonçant la signature d’un accord sur la promotion des services bancaires mobiles dans 14 pays du continent, dont le Kenya, le Nigeria et le Burkina Faso. Les fiançailles entre l’opérateur indien et la banque présente dans 32 pays africains s’annoncent très prometteuses. Ecobank y gagnera un moyen de bancariser une partie des 44 millions de clients que compte le repreneur des activités subsahariennes de Zain. « Cette alliance réaffirme l’engagement d’Ecobank à fournir des services bancaires aux populations non bancarisées ou sous-bancarisées en Afrique », précise Arnold Ekpe, directeur général d’Ecobank. Le géant des télécoms fondé par le milliardaire Sunil Mittal espère, quant à lui, faire grimper ses revenus en se déployant hors de l’activité voix.

L’offensive des deux groupes panafricains traduit surtout leur volonté de concurrencer directement les offres de mobile banking déjà lancées dans la plupart des pays 14 pays visés, par l’opérateur sudafricain MTN, le groupe français Orange et le pionnier kenyan du mobile banking Safaricom. Au Nigeria, marché bancaire de première importance, MTN, Bharti Airtel et leurs partenaires financiers auront toutefois à jouer des coudes avec de nouveaux concurrents : l’opérateur ChamsMobile et Skye Bank ont noué, le 19 juin, un partenariat pour le lancement d’un service de mobile banking.

Rude concurrence. La concurrence deviendra également plus acharnée pour MTN-Rwanda, qui réalise en moyenne chaque jour 5000 transactions via le mobile. L’opérateur Tigo, filiale du luxembourgeois Millicom et la Banque Populaire du Rwanda (BPR) viennent de signer un accord de partenariat portant sur le développement de services financiers sur les téléphones portables. L’alliance réjouit particulièrement le management du premier réseau bancaire au pays des mille collines. « Nous tablons sur 100.000 clients actifs pour ce service innovant à la fin de cette année », s’enthousiasme Herman Klaassen, directeur général de la BPR.

Au Kenya, Safaricom réagit au nouveau climat de concurrence en innovant. L’opérateur, qui a lancé déjà en 2007 une offre de mobile banking baptisée M-Pesa avec l’appui de banques locales, s’est récemment associé avec Equity Bank pour proposer aux abonnés un compte épargne, appelé M-Kesho. Safaricom s’est aussi allié à Western Union pour développer le système de transfert d’argent depuis les 80.000 points de collecte de Western Union dans 45 pays, directement sur les comptes mobiles des 14 millions d’utilisateurs de M-Pesa. Mais là aussi, la concurrence a du répondant. Le géant mondial des cartes de crédit Visa a racheté, le 11 juin, la société de paiement par téléphone mobile sud-africaine Fundamo pour 110 millions de dollars dans l’espoir de renforcer ses positions dans les pays où l’accès à un compte bancaire est moins fréquent que la possession d’un téléphone mobile. Fundamo compte 5 millions de souscripteurs dans plus de 40 pays, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Enjeux énormes. Selon les experts, l’effervescence qui marque le marché du mobile banking en Afrique n’est pas près de retomber. «L’explosion du parc d’abonnés aux services de téléphonie mobile et les faibles taux de bancarisation en Afrique font que le continent restera l’environnement idéal pour le développement des services bancaires par téléphone mobiles», prédit Danny Zandamela, PDG de la banque sud-africaine First National Bank, qui a annoncé, le 20 juin, une croissance fulgurante de ses services de mobile banking en 2010 : +473% au Swaziland, +376% en Zambie, +277% au Botswana et +204% en Namibie.

L’importance des enjeux du mobile banking saute, en fait, aux yeux. L’activité offre aux établissements financiers une solution inespérée pour bancariser à moindres frais les populations rurales. Véritable success-story en matière de transfert d’argent ou de paiement via téléphone mobile, M-Pesa a permis au Kenya de porter son taux de bancarisation de 7 à 40% entre 2007 et 2010.

Pour les opérateurs télécoms, l’intérêt est non seulement de fidéliser et de recruter de nouveaux usagers mais aussi de bénéficier d’une nouvelle source de revenus grâce aux commissions sur les différentes transactions. Le dernier bilan annuel de Safaricom livre un bon exemple des bénéfices à attendre d’un déploiement hors de l’activité voix. M-Pesa a généré des revenus de 93 millions d’euros pour Safaricom durant l’année fiscale 2010-2011, qui s’est achevée le 31 mars dernier au Kenya.

A en croire les projections du cabinet américain d’études de marché dédié aux télécoms Pyramid Research, la valeur totale des transactions financières par téléphone mobile en Afrique devrait atteindre 200 milliards de dollars en 2015, soit près de 8% du PIB prévisionnel du continent.

Walid Kéfi, Tunis

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :