Les fonds d’investissement spécialisés sur l’Afrique font le plein (Les Afriques n°169 du 07/07/2011)

Les investisseurs privés et institutionnels prennent le relais des institutions financières de développement en matière de mobilisation de fonds pour l’Afrique. Les firmes de private equity spécialisées sur le continent devraient lever un montant record de 10 milliards de dollars en 2011.

L’année 2011 s’annonce faste pour l’industrie du private equity en Afrique. Le continent attire désormais les fonds de capital-investissement de stature mondiale qui l’avaient longtemps boudé, lui préférant les marchés matures. Le deuxième acteur mondial du capital-investissement par les actifs gérés (96 milliards de dollars) Carlyle vient de débarquer au sud du Sahara. Le géant américain a déjà ouvert deux antennes à Johannesburg et à Lagos et recruté une équipe locale triée sur le volet En parallèle, Carlyle a initié la levée d’un premier fonds dédié à l’Afrique d’une taille comprise entre 500 millions et 750 millions de dollars.

Au-delà de la taille modeste de ce fonds par rapport aux montants habituellement levés par la firme, l’arrivée de Carlyle en Afrique constitue une belle opération de marketing pour le continent. «L’entrée de Carlyle sur le marché africain contribuera certainement à améliorer la visibilité de l’Afrique auprès d’autres acteurs mondiaux du métier», se réjouit Danie Jordaan, directeur des opérations africaines du groupe.

En attendant que cette arrivée fasse des émules auprès des géants internationaux du private equity, le continent apparaît de plus en plus sur les écrans radars des fonds dédiés aux marchés émergents. Après deux années de vaches maigres durant lesquelles ses revenus ont fondu de plus de 30%, le fonds sud-africain Paladin Capital Group a annoncé, le 19 juin dernier, avoir identifié l’expansion régionale en Afrique subsaharienne comme étant l’un des moyens devant lui permettre de remonter la pente. «Nous ne pouvons plus désormais ignorer le potentiel économique de l’Afrique subsaharienne », atteste Piet Mouton, PDG du fonds.

Nouvelles catégories d’investisseurs. Vital Capital Investments est, quant à lui, parvenu à boucler en un temps record le premier closing de son fonds dédié à l’Afrique, à 250 millions de dollars. Un deuxième closing d’un montant similaire est prévu avant la fin 2011. La firme, basée à Genève, entend investir essentiellement dans les secteurs de l’habitat, la santé et l’agriculture. Fait inimaginable il y a encore quelques années, les investisseurs privés et institutionnels (fonds des fonds, fonds de pension, banques, gestionnaires d’actifs…) sont en train de prendre le relais des instituions financières de développement, dont l’Agence française de développement ou encore la Société financière internationale (SFI), en matière de mobilisation de fonds pour l’Afrique. Le fonds britannique Actis a annoncé, fin juin, avoir bouclé le second closing de son fonds spécialisé sur le continent, à hauteur de 250 millions de dollars, grâce, notamment, aux contributions d’investisseurs privés, britanniques ou non, à la Commonwealth Development Corporation qui était le principal contributeur au premier closing du fonds lancé en 2006. De son côté, Helios Investment Partners est parvenu à boucler, mi-juin, le plus important fonds de private equity consacré à l’Afrique jamais mis en oeuvre (900 millions de dollars) à 70% hors du circuit des agences de développement. Né en 2004 de l’union entre le holding du prince saoudien Al-Walid Ibn Talal et une société de gestion américaine, Kingdom Zephyr Africa Management a également réussi récemment à lever plus de la moitié des fonds destinés à son véhicule d’investissement baptisé Pan-African Investment Partners II (492 mil millions de dollars) auprès de particuliers et de fonds souverains.

Levée de fonds record en vue. L’édition 2011 de l’enquête annuelle menée par Coller Capital, premier investisseur sur le marché secondaire du capital investissement dans le monde, en collaboration avec l’Association du capital-investissement dans les marchés émergents (EMPEA) auprès de 165 pourvoyeurs de fonds aux firmes de private equity a confirmé l’attractivité accrue de l’Afrique aux yeux des diverses catégories d’investisseurs. 44% des partenaires financiers des fonds d’investissement interrogés cette année, dont 89% sont des investisseurs privés et institutionnels, jugent le continent attractif contre 21% seulement en 2010. Le continent dépasse ainsi, pour la première fois, de nombreux marchés frontières comme la Turquie, la Russie et l’Europe de l’Est. Les principaux facteurs d’attractivité de l’Afrique cités sont la flambée de la demande de matières premières, la valorisation intéressante des entreprises locales et l’émergence de plusieurs vrais marchés financiers. Le directeur général de Carlyle, Greg Summe, évoque, quant à lui, d’autres facteurs ayant présidé au choix de son groupe de prendre pied en Afrique. « La croissance économique qu’affiche l’Afrique sera encore plus forte durant les années à venir grâce à l’émergence d’une classe moyenne, au développement des industries nationales et à l’amélioration de l’environnement politique », estime-t-il.

Selon les experts, l’amélioration de la perception de l’Afrique par les professionnels se traduira inéluctablement par une augmentation exponentielle des levées de fonds destinées au continent. Le cabinet d’études de marché spécialisé Preqin, qui fait référence chez les professionnels, s’attend à ce que les fonds spécialisés sur l’Afrique lèvent 10 milliards de dollars en 2011, contre 1,5 milliard en 2010 et 15,5 milliards au cours des dix dernières années.

Walid Kéfi, Tunis

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :