Accor s’initie à l’hôtellerie durable et s’engage pour la RSE en Afrique (Les Afriques n°170 du 14/07/2011)

C’est à la page 83 de son rapport d’activité qu’on découvre la vision du groupe Accor  à moyen terme. Elle s’articule autour d’une ligne directrice forte : « Réinventer l’hôtellerie…durablement. »

La stratégie du groupe français s’articule autour de la mesure des impacts environnementaux, la gestion des hôtels et la mobilisation du secteur hôtelier. Sur ce dernier point, c’est le 24 juin qu’Accor a lancé Earth Guest Research. Il s’agit d’une plateforme ouverte et gratuite de connaissances partagées sur les enjeux sociétaux et environnementaux de l’industrie hôtelière. Pour le premier opérateur hôtelier mondial, l’objectif est d’impulser une dynamique d’hôtellerie responsable. C’est la raison pour laquelle le groupe souhaite partager l’initiative avec ses concurrents. Une position clairement assumée. Pour son PDG Denis Hennequin, « avec 4200 hôtels répartis dans le monde et notre expérience pionnière en matière de développement durable, notre rôle est d’impulser le changement et d’être le moteur de l’industrie du tourisme dans ce domaine. Je suis intimement convaincu que c’est en partageant nos connaissances que nous pourrons progresser, et qu’il nous faut utiliser le développement durable comme levier pour inventer de nouveaux produits et services plus durables, et à moyen terme faire émerger une nouvelle façon de vivre l’hôtel… »

Une priorité accordée à la limitation des déchets, à la réduction des consommations d’eau et d’énergie. Six pays, sur les 90 où Accor est présent, ont été retenus pour une grande enquête des consommateurs en matière de développement durable. 7000 personnes ayant déjà passé au moins une nuit dans un hôtel dans les douze derniers mois ont répondu aux questionnaires. Elles s’accordent sur la nécessité d’une gestion rationnelle de l’eau et de l’énergie, ainsi que d’une réduction des déchets. Cet enseignement vient valider la stratégie de l’entreprise, car l’optimisation de la consommation des flux est une priorité majeure de la démarche de développement durable du groupe. Comme le rappelle Sophie Flak, directrice Organisation et Développement durable, « c’est en 1994 qu’a été créée la division Environnement, dont les actions se concentraient prioritairement sur la consommation d’eau et d’énergie. L’objectif principal était donc la maîtrise des coûts. Le groupe continue d’ailleurs de se mobiliser sur l’eau et l’énergie. » Effectivement, si la baisse des consommations énergétiques permet la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il y a également un intérêt économique pour l’entreprise. En 2010, le groupe avait défini un objectif de réduction de 10% de sa consommation d’énergie par chambre disponible sur les hôtels filiales. Le résultat est aujourd’hui de 5,5%. Si le bilan est mitigé pour l’énergie, car tout dépend également des conditions climatiques, il est largement atteint pour l’eau. Avec le même objectif, le résultat est de 12%. Pour les déchets, il y a encore d’immenses zones de progrès à réaliser, car pour une ambition de valorisation du papier, du carton et du verre de 70% des hôtels filiales, seuls 53% ont été atteints.

L’Afrique, laboratoire des économies du futur. L’autre enseignement principal de l’enquête, qui a probablement attiré l’attention de la direction du groupe, est l’envie du consommateur de se tourner vers les opérateurs engagés dans une dynamique de développement durable. En effet, sept clients sur dix se déclarent prêts à aller dans un hôtel un peu moins bien localisé et un peu plus cher pour séjourner dans un hôtel responsable. C’est un enseignement majeur car, jusqu’ici, la localisation de l’hôtel était le principal critère de choix du client. On va quand même regretter qu’aucun pays africain n’ait été retenu pour cette grande enquête. Pourtant, Accor possède 28 hôtels en Afrique du Sud, et autant au Maroc. Cependant, la réinvention de l’hôtellerie durable viendra en partie d’Afrique. Il y en a en tout cas une qui est convaincue. «Pour les déchets, il y a des législations et des modèles économiques différents. Au Maroc, les filières de recyclage sont bien conçues. En Egypte, rien ne se jette. Il n’y a même pas de pièce de stockage des résidus. Sur les déchets, nous avons beaucoup de choses à apprendre de ces expériences. Il faut neutraliser ou minimiser au maximum les coûts des déchets en s’inspirant des actions mises en œuvre dans les pays en voie de développement», nous confie Sophie Flak.

Accor prive les Chinois de menus à base d’aileron de requin et les Africains de poissons issus d’une pêche non durable. Sophie Flak est très disserte sur les projets réalisés. Avec une certaine satisfaction, elle indique qu’en Chine plus de 40 restaurants du groupe ne servent plus l’aileron de requin. Pour cette espèce menacée de disparition, il n’est pas facile de bousculer les cultures alimentaires. Interdire progressivement les menus à base d’aileron de requin aux Chinois, c’est comme priver les Français de foie gras ou de fromage. Dans le domaine de la biodiversité, Mercure Sarakawa, à Lomé, est le premier hôtel à avoir fait appel à l’expertise d’Oceanium Dakar pour « garantir » que les poissons proposés sur sa nouvelle carte contribuent à la bonne gestion des ressources halieutiques du pays. Le Novotel et le Pullman Dakar ont également mis en place ce processus au 1er trimestre 2010. L’ensemble des plats à base de poissons et crustacés a été validé et accompagné de recommandations par espèce. Cette démarche devrait être étendue à tout le territoire africain.

Vos serviettes plantent les arbres et les vergers fruitiers en Afrique. Nom de code « Plant for the Planet », qui signifie également « Ici, vos serviettes plantent les arbres », est un projet lancé en 2009. Concrètement, pour cinq serviettes réutilisées par le client, un arbre est planté. Plus de 1200 hôtels sont déjà engagés dans cette démarche. Actuellement plus de 1,7 million d’arbres ont été plantés, avec un objectif de 3 millions en 2012. Pour l’instant, l’investissement est de 2 millions d’euros, avec une ambition de 3,5 millions d’euros à la fin du programme. Au Sénégal, par exemple, Accor travaille avec SOS Sahel pour la plantation des arbres, afin de freiner la désertification. Plant for the Planet, mis en œuvre au niveau du groupe, est actif dans plusieurs hôtels d’Afrique subsaharienne et sera déployé cette année sur tout le continent. L’argent économisé par l’hôtel est reversé pour 50% à l’ONG SOS Sahel afin de permettre la reforestation au Sénégal dans la zone des Niayes. Pour aller plus loin, fin 2010, les maraîchers qui participent au projet Accor au Sénégal sont devenus fournisseurs en fruits et légumes des deux hôtels Accor du pays. Au Maroc, 85 exploitations ont été soutenues en 2010, soit 510 personnes. C’est Agrisud qui collabore avec le groupe pour ce volet marocain en s’appuyant sur la méthodologie suivante : formation des volontaires, avancement des fonds et suivi.

Autres initiatives de responsabilité sociétale d’entreprise en Afrique et ailleurs. En octobre 2009, le Novotel Abidjan a été certifié EarthCheck (engagement de développement durable des entreprises hôtelières) à l’issue d’un long processus, et un grand programme de certification a été lancé dans toute la zone Afrique subsaharienne. La marque Novotel prévoit 100% de certification Earth Sheck. Par ailleurs, deux hôtels Ibis à Abidjan sont en train de travailler à la certification ISO 14001, relative à l’environnement, avec le suivi du Bureau Veritas.

Accor Afrique du Sud propose des vins issus du commerce équitable dans ses hôtels Mercure. Depuis 2008, un autre produit issu du commerce équitable, le café Bean There, est également proposé aux clients séjournant dans les hôtels Mercure du pays. Au niveau mondial, il y a à peine 120 hôtels couverts par le solaire thermique, qui représentent 20% des besoins en eau chaude et un retour sur investissement d’au moins quinze ans. Il n’y a pas encore un model économique pour le solaire.

Le Novotel d’Abidjan sera le premier hôtel pilote sur un module de gestion des déchets créé par le groupe. Pour les achats durables, un processus d’évaluation des démarches RSE des fournisseurs est mis en oeuvre en partenariat avec EcoVadis. C’est Accor qui a financé cette évaluation des fournisseurs. Les produits de toilette sont éco-labellisés et les produits de nettoyage sont en cours de labellisation. La lutte contre le tourisme sexuel et le VIH/sida sont également des priorités du groupe.

Thierry Téné

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