Standard Bank renoue avec ses racines africaines (Les Afriques n°171 du 21/07/2011)

Le géant sud-africain réinvestira les recettes de la vente de sa filiale argentine et de ses parts dans la banque d’affaires russe Troïka Dialog dans des acquisitions en Afrique. Le Nigeria, l’Angola, le Ghana et le Kenya sont particulièrement dans le viseur.

Après avoir acquis à tout va ces dernières années des participations dans des établissements de crédits situés dans les principaux marchés émergents, dont la Russie, la Turquie et le Brésil, Standard Bank vient d’annoncer un recentrage stratégique sur l’Afrique. « Nous comptons utiliser les recettes de la cession de nos participations dans la banque d’affaires russe Troïka Dialog pour faire des acquisitions en Afrique », a déclaré Jacko Maree, PDG de la banque sud-africaine, le 27 juin dernier. Quelques jours plus tôt, Terry Moodley, directeur exécutif de la banque, a révélé à la presse sud-africaine que son établissement allait réinvestir en Afrique les revenus de la vente, en partie ou en totalité, de sa filiale Standard Bank-Argentina à la chinoise Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), qui elle-même détient 20% du capital de Standard Bank depuis la fin de 2007. La banque publique chinoise serait intéressée par une participation de 75% dans le capital de sa consoeur argentine.

La vente des participations de Standard Bank dans le capital de Troïka Dialog (36,4%) devrait rapporter à la banque sud africaine 372 millions de dollars, sans compter un complément équivalent à 8% d’une éventuelle hausse de valorisation de Troïka à la fin 2013, via une clause d’« earn-out ». L’ICBC s’est, quant à elle, dite prête à débourser plus de 700 millions de dollars pour prendre le contrôle de Standard Bank-Argentina, selon la presse argentine.

Retour aux sources. Avec cette nouvelle stratégie d’expansion en Afrique, Standard Bank veut clairement rompre avec son image de multinationale déconnectée de sa terre d’origine. « Si nous allons acheter une nouvelle banque ou étendre nos activités, ce sera exclusivement en Afrique. Bien que nous ayons une importante présence sur ce continent, certaines de nos activités sur des marchés importants demeurent étroites », souligne Jacko Maree, évoquant un « retour aux sources ». Le management de l’établissement, déjà présent dans dix-sept pays du continent, a déjà identifié quatre marchés prioritaires: le Nigeria, l’Angola, le Ghana et le Kenya. « Ce sont là des marchés à fort potentiel où nous sommes encore petits. Nous y introduirons une large gamme de services bancaires allant de la banque de détail au corporate banking en passant par la banque d’investissement et les solutions innovantes », justifie le PDG de la première banque africaine par les actifs. Au Nigeria, où elle est déjà un acteur majeur de la banque d’investissement, Standard Bank prévoit le lancement de la banque de détail et de la finance islamique. Idem pour l’Angola, où la Sud-Africaine dispose déjà d’une licence de banque de détail.

 

L’établissement, qui a vu son ratio coût-revenu augmenter à 63,8% en 2010 contre 51,2% une année auparavant, malgré le licenciement de quelque 2000 employés basés à Londres et Johannesburg, espère ainsi chercher de nouveaux relais de croissance pour améliorer sa rentabilité. « Vous ne pouvez pas vous contenter toujours de réduire les coûts. À un certain stade, vous devez vous concentrer sur la relance de la croissance », argumente M. Maree.

Stratégie porteuse. Pour mettre en oeuvre ce virage stratégique, Standard Bank a délocalisé sa division Corporate and Investment Banking, jusque-là basée à Londres, à Johannesburg. David Mun été désigné à la tête de cette division en remplacement de Rob Leith, qui a été nommé directeur de l’unité de l’expansion stratégique.

Du côté des analystes financiers, la réaction à cette opération recentrage est globalement positive. « Après avoir découvert les limites d’une croissance rapide et démesurée sur des marchés développés, Standard Bank semble avoir fait le bon choix de se concentrer sur des marchés africains, générateurs de profits, et où elle sera plus à l’aise », juge Nesbert Ruwo, analyste senior du cabinet d’étude de marché sud-africain Intellidex. Même son de cloche chez les analystes du cabinet de conseil Accenture. « Standard Bank a bien choisi le moment de se renforcer en Afrique d’autant que la fenêtre d’opportunités dans les services financiers risque de se refermer dans les années à venir », précisent-ils dans un rapport consacré aux opportunités bancaires en Afrique. Le cabinet de conseil américain indique, toutefois, que la banque sud-africaine ABSA et sa maison mère Barclays, qui ont décidé récemment de fusionner leurs unités dédiées à l’Afrique, seront des concurrents redoutables pour Standard Bank.

Walid Kéfi, Tunis

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