Archive for septembre, 2011

30 septembre 2011

Total se renforce dans l’est de l’Afrique (Les Afriques n°172 du 29/09/2011)

Avec l’acquisition de 40% dans cinq permis offshore (au large) du bassin de Lamu, au Kenya, annoncée mercredi 21 septembre, le géant pétrolier français Total se positionne davantage dans la côte Est africaine. Marc Blaizot, directeur exploration de Total, trouve que les découvertes déjà réalisées dans l’offshore au Mozambique et en Tanzanie ouvrent des perspectives très prometteuses dans cette région. Total, qui ne produisait jusqu’à présent du pétrole que dans l’ouest africain, va développer sa présence en exploration-production dans les pays d’Afrique de l’Est. Associé à l’américain Anadarko, qui conservera 50% dans ces permis kenyans et son rôle d’opérateur, le groupe français va diversifier dans la sous-région, une activité ancienne qui n’était réservée qu’aux activités de distribution de produits pétroliers avec un réseau de 165 stations. D’ailleurs, il a renforcé le leadership de son réseau dans le commerce général, les lubrifiants, le GPL et l’aviation, après la reprise des activités de Chevron en 2009.

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30 septembre 2011

2000-2010 : dix ans de croissance en Afrique (Les Afriques n°172 du 29/09/2011)

Entre 2000 et 2010, de nouveaux pays africains ont fait leurs apparitions dans le hit-parade des plus fortes croissances, des meilleurs réformateurs et des candidats à l’émergence. La Guinée équatoriale, l’Angola, le Tchad, le Soudan, la Zambie, l’Ethiopie, le Lesotho, le Cap Vert, le Nigeria, la Mauritanie, le Mali, la Sierra Leone, le Niger, le Burkina Faso, le Ghana, Sao Tomé, l’Ouganda, les Comores, le Congo et le Bénin affichent les meilleures croissances de PIB de la décennie. A noter aussi de grandes décélérations comme le Zimbabwe, autrefois grenier de l’Afrique, qui a vu son PIB régresser ou encore la Côte d’Ivoire qui ne fait plus partie du top-ten africain.

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Le top 20 des meilleurs élèves de l’Afrique

Exprimé en dollars américains, le PIB de nombreux pays africains a doublé sur la décennie 2000-2010. Le tableau suivant, réalisé exclusivement avec les statistiques de la Banque africaine de développement et de l’OCDE, permet de le dire, l’Afrique connaît un boom sans précédent, même si, en termes de PIB par habitant et d’indicateurs sociaux, le retard est encore énorme par rapport au reste du monde. La dépendance aux produits miniers et aux hydrocarbures reste encore forte, quoique diminuant. Sur cette période, des pays pétroliers comme la Guinée équatoriale, l’Angola et le Tchad affichent des croissances respectives de 819%, 560% et 421%.

Tour d’horizon. Des pays non pétroliers, tels que le Rwanda, tirent leur épingle du jeu, grâce à l’amélioration de la gouvernance et un bon leadership. L’envolée spectaculaire de l’Ethiopie s’explique par le repositionnement sur l’agriculture et la construction de grands barrages sur le Nil. La dépendance à la terre et à l’agriculture offre sans doute une meilleure stabilité que la dépendance au secteur touristique et à l’industrie des voyages et loisirs.

Dans la zone Afrique de l’Ouest, le Bénin réalise une remarquable progression (171%), sans doute grâce à un climat politique apaisé, marqué par une succession au sommet et une réélection du président Yayi Boni au terme d’un scrutin jugé transparent par la communauté internationale.

La stabilité politique permet aussi au Burkina Faso et au Ghana de s’illustrer par de fortes croissances dans cette région ouest africaine riche en contrastes.

En dépit d’une crise politique continue depuis 2002, la Côte d’Ivoire reste la locomotive de l’Uemoa avec une performance de 109%. Pourtant ce taux d’accroissement est deux fois moins important que celui du Burkina Faso, du Mali, du Niger ou de la Mauritanie.

Le Cap Vert, qui est classé désormais dans le rang de pays à économie intermédiaire, donne la preuve qu’au-delà de la stabilité politique et des élections transparentes, la bonne gouvernance est indispensable.

Comme en 2000, Sao Tomé reste la plus petite économie africaine, suivie de la Guinée Bissau.

Cas emblématique. Notons que parmi les 53 pays africains (au moment du classement), il existe un Etat sans données statistiques officielles, la Somalie. Empêtrée dans une guerre civile depuis la chute de Siad Barré en 1991, ce pays se débat toujours dans une reconstruction qui tarde à se réaliser. Quant aux traditionnels bons élèves de l’Afrique australe que sont Maurice et le Botswana, ils ont maintenu leurs trends haussiers mais à
des rythmes moins élevés que les économies qualifiées de « lions d’Afrique » par les cabinets McKinsey en 2010 et Boston Consulting group en 2009.

Parmi les économies en reconstruction post-crise, le cas du Mozambique (+163%) est emblématique d’une bonne conjugaison entre réforme de l’environnement des affaires et richesses du sous-sol.

De manière générale, l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord restent les trois pôles de croissance du continent.

Les mauvais élèves. Les Seychelles, qui alignaient une relative prospérité au début de la décennie, ont rétrogradé de 19%, s’inscrivant en
contre-tendance avec l’embellie générale que connaît le continent.

Il en est de même du Zimbabwe en proie à un bras de fer politique depuis 2002 et qui a régressé de 41% sur la décennie.

En Afrique de l’Ouest, le Liberia paie le prix de la guerre par un recul de son PIB en dix ans. Comparés à leurs voisins, la Gambie du président Yaya Djammeh et la Guinée Conakry décrochent, évoluant moins vite que les pays de la zone Uemoa.

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Les meilleures croissances de la décennie

La Guinée équatoriale, l’Angola, le Tchad, le Soudan, la Zambie, l’Ethiopie, le Lesotho, le Cap Vert, le Nigeria, la Mauritanie, le Mali, la Sierra Leone, le Niger, le Burkina Faso, le Ghana, Sao Tomé, l’Ouganda, les Comores, le Congo et le Bénin affichent les meilleures croissances de PIB de la décennie. A noter qu’à l’exception du pays présidé par Yayi Boni, du Cap Vert, du Burkina Faso et des Comores, la plupart de ces pays dépendent des industries extractives.

La Guinée équatoriale et la capacité de redistribution. Avec un PIB qui s’est accru de 819% en une décennie, c’est le pays qui a le plus profité du boom pétrolier. En 2010 cependant, le rapport « Perspectives économiques de l’Afrique » (PEA), publié par la BAD, l’OCDE et la Commission des Nations Unies pour l’Afrique, évoque un ralentissement de la croissance de ce petit pays situé au large du Gabon. L’économie guinéenne a évolué de seulement 1,2%, l’un des taux les plus faibles depuis l’exploitation de son pétrole au milieu des années 90. L’on est loin du pic de 38% réalisé en 2004.

Le boom pétrolier cache d’énormes disparités sociales avec plus de 70% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Ce qui dénote des défaillances dans la politique de redistribution des richesses pétrolières. Les experts, auteurs de l’étude, prévoient toutefois un taux de croissance de 5% en 2011 et 7,5% en 2012. Le pays a perdu son statut de candidat à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). Il est mal positionné dans le classement Doing business de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires (passant de la 161ème à la 164ème place entre 2010 et 2011).

L’Angola, en butte à la diversification. Tout comme la Guinée équatoriale, la croissance de l’Angola, l’une des plus fortes au monde depuis dix ans, est retombée à 2,4% en 2009 et 3,4% en 2010 à cause de la chute des cours et du remboursement des arriérés de la dette intérieure. Les prévisions tablent sur un rebond de 7,5% dès 2011… Problème relevé par le rapport PEA, ce pays connaît une inflation à deux chiffres, avoisinant les 15% en 2010. Si la croissance des autres secteurs hors pétrole est de 14%, depuis quatre ans, l’Angola souffre d’une économie peu diversifiée. Après 27 années de guerre civile, le pays se heurte à une importante pénurie de ressources humaines qualifiées.

Le Tchad : maîtriser les dépenses publiques. Après un tassement de 1,9% en 2009, le Tchad a enregistré un rebond de 5,9% en 2010. La tendance devrait se maintenir en 2011-2012. Toutefois se pose le défi d’une bonne gestion budgétaire avec un déficit de solde budgétaire hors pétrole estimé à plus de 28% en 2010 contre 25% en 2011. La paix relative que connaît le pays depuis deux ans et la signature de l’accord de paix avec le Soudan placent l’économie tchadienne sur de bonnes perspectives. En dépit de la croissance, le Tchad est encore frappé par la pauvreté qui touche 55% de la population (surtout en milieu rural). Le commerce du pays est orienté vers l’Inde et la Chine.

Le Soudan après l’indépendance du Soudan du Sud. Depuis le 9 juillet, le Sud Soudan est indépendant. Aussi Khartoum se retrouve dans une nouvelle configuration et une problématique de délimitation des frontières, de partage des actifs et des ressources pétrolières avec son voisin du sud. Après une croissance de 5% en 2010, le pays devrait poursuivre sur le même trend en 2011 et 2012. En raison des craintes de conflits avec le sud et d’une probable diminution de la manne pétrolière, la livre soudanaise a diminué de 16% par rapport au dollar. Parmi les zones d’inquiétudes, on note une faible réserve en devises étrangères. Les principaux partenaires émergents du Soudan sont la Chine, la Malaisie et l’Inde.

La Zambie suspendue aux tiges de maïs. On observe en Zambie une croissance de 6,4% en 2009, puis de 6,6% en 2010 soutenue par l’agriculture, les mines, le tourisme, la construction et la fabrication. En 2011 et 2012, les prévisions tablent sur une croissance de 6,5 et 6,7%. L’agriculture, moteur de l’économie zambienne, devrait toutefois fléchir après des pics de croissance en 2009 et 2010. En 2010, le pays a enregistré une récolte record de 2,8 millions de tonnes. Par ailleurs, le premier producteur mondial de cuivre a profité pleinement de la reprise des cours mondiaux. L’originalité de la Zambie par rapport à d’autres économies africaines est sans conteste le niveau de développement de l’industrie manufacturière, qui représente 10% du PIB. La création des zones économiques spéciales (Multi-Facility Economic Zones) a joué un rôle de catalyseur. La Zambie devrait aussi tirer profit du secteur touristique, avec une croissance estimée à 25% en 2010.

Ethiopie, en bonne voie pour les OMD. Avec une croissance moyenne de 10% sur les cinq dernières années, l’Ethiopie est en bonne voie pour atteindre la plupart des Objectifs du millénaire d’ici 2015. Le taux de pauvreté y a chuté, passant de 39 à 32% entre 2005 et 2009. Le plan quinquennal de croissance, lancé en 2011, mise sur l’agriculture, appelée à devenir le principal moteur de la croissance éthiopienne. Sur la durée de ce plan, le secteur primaire devrait enregistrer une croissance de 8% contre 20 et 11% pour l’industrie et les services. La dépréciation rapide du birr éthiopien en 2010 (suite à une dévaluation de 20%), pose le problème de l’inflation. Malgré d’importantes réformes, le secteur privé se heurte toujours à un environnement d’affaires « médiocre » selon le rapport PEA et à un système judiciaire peu efficace.

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« Il se passe des choses en Afrique… »

Economiste au Bureau Afrique du Centre de développement de l’OCDE, Jean-Philippe Stijns est l’auteur principal du chapitre concernant les perspectives économiques en Afriques 2011 (PEA) qui porte sur « L’Afrique et ses nouveaux partenaires ». Entretien.

Les Afriques : Au regard du dernier rapport PEA, quelles sont les économies africaines les plus en forme en 2011 ?

Jean-Philippe Stijns : On parle du Ghana avec une croissance de 12%, de l’Ethiopie (10%), de la RDC, du Zimbabwe, du Mozambique, de l’Angola et du Liberia…

LA : Comment voyez-vous les tendances des grands ensembles africains en 2012 ?

JPS : Il y a quelque chose de particulier à signaler. Les changements politiques en Afrique du Nord auront des conséquences majeures pour toute l’Afrique. La contribution de la région dans la croissance du continent, qui était habituellement du tiers, devrait être nulle en 2011. On peut s’attendre néanmoins à un rebond en 2012. Dans un scénario optimiste, on peut prévoir une croissance de plus de 5% en 2012 pour ces régions-là contre 0,7% en 2011. Ceci est bien évidemment conditionné par le retour de la stabilité, une bonne politique et une conjoncture internationale favorable.

LA : L’Afrique subsaharienne, et la zone CFA notamment, seront-elles indemnes par rapport à la crise des dettes publiques en Europe ?

JPS : L’Uemoa (Union économique monétaire ouest-africaine) et son président sont en train d’exprimer certaines craintes. Ce type de soucis peut prendre plusieurs formes. Déjà, il faut remarquer que la structure des échanges entre l’Afrique et le reste du monde a évolué. Durant ces dix dernières années, les partenaires émergents de l’Afrique ont vu leurs parts passer de 23 à 39% dans les échanges entre l’Afrique et le reste du monde. La part des partenaires traditionnels (Europe, USA) reste toutefois importante (61%). Evidemment, si la conjoncture européenne devait se ralentir, et si le monde devait tomber dans une nouvelle récession, cela ne sera pas sans conséquences sur l’Afrique. L’autre zone de soucis pourrait être à la transmission mécanique de la crise. Cela pourrait être d’ordre financier, compte tenu de la présence de banques de la zone euro dans cette région de l’Afrique.

LA : La croissance actuelle de l’Afrique n’est-elle pas à relativiser compte tenu de la dépendance forte vis-à-vis des matières premières et de la faible industrialisation du continent ?

JPS : Il faut être réaliste. C’est vrai qu’une partie de la croissance de l’Afrique est liée aux matières premières. Ceci dit, d’une part il faut se réjouir que le continent bénéficie de cette envolée de matières premières (ce n’est pas automatique). Pour donner un contre-exemple l’Afrique du Sud, qui abrite une grande partie des ressources minières africaines, n’a pas profité de ce boom en l’absence d’une politique efficace. Le verre est à moitié plein. En plus, il faut dire qu’il se passe des choses en Afrique. La naissance d’une classe moyenne et l’avènement d’un secteur manufacturier (le volume des exportations de produits manufacturés en Afrique a doublé en dix ans) sont autant de signaux positifs. On a de bonnes raisons de croire que l’Afrique est en train de gravir les échelons.

LA : 54 pays, 54 frontières en Afrique. N’est-ce pas un handicap ?

JPS : Il y a des expériences intéressantes en Afrique australe et en Afrique de l’Est. Si ces pays arrivaient à concrétiser ce rapprochement en matière d’infrastructures, le bénéfice commercial et économique serait énorme pour l’Afrique.

MBF

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Le continent n’est plus en position de hors-jeu économique, mais…

La tendance au déclin qui se donnait à lire, au cours des années 1980 et 1990, dans la faible productivité du travail et du capital sur le continent est un bien vieux souvenir. Les années 2000 pour l’Afrique sont caractérisées par une réelle inversion de cette tendance.

Les années passent, l’Afrique connaît au plan économique des fortunes diverses, mais sur le front de la massification de sa compétitivité, la prescription demeure quasiment la même pour le continent.  «Les économies africaines peuvent devenir nettement plus compétitives si les gouvernements du continent et leurs partenaires internationaux améliorent l’accès au financement, ne cèdent pas à la tentation ambiante d’ériger des protections autours des économies nationales, modernisent les infrastructures, améliorent les systèmes de soins, de santé et d’éducation et renforcent les institutions…» Pour autant, il ne faut pas s’y méprendre, le statut du continent a bien évolué depuis les années 80-90 où, à l’aune de la notion de compétitivité, il était quasiment jugé « en position de hors-jeu économique ». Les années 2000 sont caractérisées pour l’Afrique par une réelle inversion de tendance.

Un air de renouveau économique. Entre 2001 et 2010 le continent a affiché un taux de croissance annuel moyen de 5,2%. Alors que, dans les économies avancées, la croissance n’en finit pas de marquer le pas depuis la bourrasque financière, puis économique, de 2008, l’Afrique, elle, a quasiment retrouvé son niveau d’avant cette crise. Longtemps le vilain petit canard de la croissance économique mondiale, l’Afrique en est aujourd’hui, avec l’Asie et l’Amérique latine, un des principaux catalyseurs. Le continent a pris de nouvelles couleurs. Et cela s’en ressent jusque dans son attractivité en matière d’investissements non-générateurs d’endettement.

Entre 2000 et 2010, les flux des investissements étrangers directs (IED) en direction du continent ont triplé. Grande victoire donc du continent, au cours de la décennie 2000- 2010, il ne peut plus, comme cela a été souvent le cas, jusqu’à la mi-1990, être « mis entre parenthèses, oublié dans les scénarios globaux parce qu’économiquement hors-jeu », comme le déplorait Alioune Sall, alors coordonnateur régional du programme Futurs africains.

« Globalement prometteuses ». La récente décennie a donc des saveurs de renouveau économique pour le continent dont les perspectives économiques sont largement estimées « globalement prometteuses ». Petit bémol toutefois, le fait que cette bonne santé économique procède pour beaucoup de la conjonction de circonstances exogènes (cours et demande de matières premières en hausse, allègement du stock de dettes) plutôt que de reposer sur des fondements internes solides, rend prégnante la questionde sa durabilité à long terme.

Ainsi donc en dépit de ses belles performances des dix dernières années, l’Afrique a encore fort à faire pour asseoir les bases de la croissance actuelle. Que le continent n’ait pu placé que dix pays, -dans l’ordre : la Tunisie, l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, le Rwanda, le Maroc, le Botswana, la Namibie, l’Algérie, l’Egypte et la Gambie-, dans le top des 100 premières économies mondiales en terme de compétitivité globale en 2011-2012, en dit long sur le fait que « de nombreux obstacles à la compétitivité persistent dans la majorité des pays africains ».

Le défi pour l’Afrique reste donc, aujourd’hui encore, « d’asseoir un environnement économique favorable au renforcement de ses capacités productives et sa productivité globale qui lui garantirait les bases de solides performances économiques à venir ». Pas étonnant donc que les prescriptions pour le continent en matière de compétitivité demeure quasi-identiques année après année.

Louis S. Amédé, Abidjan

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Banque d’investissement de la diaspora, le chaînon manquant

L’apport croissant des migrants africains dans le développement de leur continent nécessite la mise en place d’un cadre réglementaire régissant le transfert d’argent, au moment où la Banque mondiale rapporte que l’appui de la diaspora à leur pays dépasse l’aide publique au développement.

La participation de la diaspora africaine dans le développement des communautés locales est importante. Aussi bien au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne, l’appui apporté chaque année par la population immigrée se chiffre en milliards de francs CFA. Des montants qui connaissent une évolution exponentielle depuis l’apparition, il y a deux décennies, dans la plupart des pays africains des sociétés de transfert d’argent (STA). Selon la Banque mondiale, les montants annuels issus de la diaspora africaine sont estimés entre 30 et 40 milliards de dollars. Rien que pour les pays d’Afrique subsaharienne, ces flux sont passés de 3 milliards de dollars en 1995 à 19 milliards de dollars en 2007, soit de 9% à 24% de leur PIB, ou entre 80% et 750% de l’aide publique au développement desdits pays. Ce qui fait des migrants « les premiers bailleurs de fonds dans bon nombre des pays africains », constate la Banque mondiale.

Intégration économique et financière. Dans une approche visant une meilleure canalisation des transferts de fonds des migrants africains, experts et analystes financiers préconisent la mise en place d’un cadre réglementaire visant, non pas seulement une harmonisation des procédures comme la BEAC est en train de le faire pour les pays de la Cemac, mais davantage, une démarche devant déboucher sur la création d’une institution bancaire pour réguler cette activité.

Un point de vue notamment défendu par le banquier sénégalais Sanou Mbaye, ancien fonctionnaire de la Banque africaine de développement (BAD), mais également auteur du livre L’Afrique au secours de l’Afrique, favorable à la création de la Banque d’investissement de la diaspora (BID) de la Zone franc CFA.

D’après ce banquier, « il existe dans la Zone franc un réel besoin de création d’une institution de financement à moyen et long termes pour canaliser les transferts de fonds des migrants, favoriser la bancarisation de tous les segments de la population et augmenter les taux d’épargne afin de satisfaire les besoins de la diaspora, des foyers et des Etats ».

La naissance d’une telle banque et dont l’actionnariat pourrait être ouvert aux institutions financières, bancaires et intergouvernementales favoriserait la mobilisation des ressources et contribuerait au financement des projets d’investissements porteurs à des taux d’intérêts avantageux.

Tenant compte du fait que les banques commerciales perçoivent des commissions élevées au regard du niveau de vie des populations subsahariennes, ceci accroît leur répugnance à ouvrir des comptes bancaires et d’y recourir à des prêts. Une situation à l’origine de la surliquidité bancaire observée actuellement, ce qui suppose que la mise en place de la Banque d’investissement de la diaspora (BID) de la Zone franc permettrait une bonne régulation de cette activité. Pour cela, trois conditionnalités s’avèrent nécessaires : primo, la mise en place d’un vaste réseau de représentations, de collecte et de paiement en France, en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique pour capter les flux des migrants ; secundo, proposer des produits et services performants à moindre coût adaptés aux travailleurs émigrés ; tertio, financer, à des conditions favorables, des projets contribuant à la réalisation des objectifs de groupements régionaux qui ont vocation à mettre en place des politiques d’intégration économique.

Encourager la réforme bancaire. L’existence d’un tel cadre légal devrait, entre autres, favoriser la sécurisation et la rapidité des opérations ainsi que la lutte contre le monopole, puisqu’actuellement, certaines sociétés de transfert d’argent se trouvant en situation de monopole ou de duopole vont jusqu’à prélever 20% des sommes envoyées. Au regard de l’importance de la contribution de la diaspora dans le développement du continent africain, la mise en place d’un cadre réglementaire, en l’occurrence une Banque d’investissement pour réguler cette activité, s’avère donc nécessaire.

Achille Mbog Pibasso, Douala

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Grille d’appréciation

La plupart des pays africains qui, vers la deuxième moitié des années 1990, s’étaient lancés, de gré ou de force, dans des études nationales de prospective à long terme, avec l’appui du Pnud, avaient « identifié la compétitivité comme une donnée stratégique clé », se souvient un ancien haut cadre de l’administration ivoirienne. Mais alors ? « Mais alors s’il est vrai que la croissance de nos économies demeure aujourd’hui encore très vulnérable aux caprices des marchés mondiaux, la part de la compétitivité pure de ces économies dans cette croissance ne cesse de croître. Pas encore suffisamment certes, mais en constante évolution tout de même », souhaite qu’on ne perde pas de vue Félix Amafé, économiste camerounais.

Ainsi, donc à son rythme, le continent travaillerait à une amélioration de ses performances commerciales, de la sophistication de ses exportations et à la diversification de ses productions ainsi que de ses partenaires. Des indicateurs critiques dans l’appréciation de la compétitivité, entendue comme « l’ensemble des institutions, des politiques et des facteurs influant sur le niveau de productivité d’un pays ».

La grille d’appréciation des économies intègre donc à la fois : des facteurs relatifs à l’environnement d’affaires général (institutions, infrastructure, politiques publiques) ; des facteurs internes aux entreprises (capacité managériale, coûts) et des facteurs sociaux (santé, éducation, emploi). Au total des facteurs en relation avec la productivité. Et pour cause, le niveau de productivité d’une économie définit le niveau durable de prospérité auquel un pays peut aspirer. Décryptage : des économies plus compétitives tendent à produire des niveaux de revenu élevés pour leurs citoyens. Toute chose qui stimule la productivité dont les niveaux déterminent les taux de retour sur investissement qui, eux-mêmes, constituent les moteurs essentiels des taux de croissance.

Conclusion : une économie plus compétitive a davantage de chances de progresser plus rapidement à moyen et long termes. D’où tout l’intérêt de l’Afrique, qui, « au cours de la décennie écoulée, a enregistré la croissance la plus rapide des cinquante dernières années » selon le président de la BAD, Donald Kaberuka, de consolider sa compétitivité.

L.S.A

28 septembre 2011

Interview de Y. de Talhouët, Directeur Général de HP Europe, Moyen Orient et Afrique : « Hewlett-Packard va ouvrir dix nouveaux bureaux en Afrique » (Jeune Afrique n°2646 du 25/09/2011)

Le groupe américain veut se retirer de la fabrication d’ordinateurs. Pour mieux se concentrer sur les infrastructures, les services et les logiciels. Des marchés très prometteurs sur le continent.

Depuis septembre, le premier producteur mondial d’ordinateurs vit une mutation profonde : il se sépare de son activité de fabrication de PC pour se concentrer sur les services et l’édition de logiciels. Une révolution stratégique qui s’accompagne, en Afrique, par l’ouverture en cascade de dix nouvelles implantations. La raison ? « Sur les dix économies les plus dynamiques au monde, on s’aperçoit que sept sont en Afrique », explique le patron de Hewlett-Packard (HP) en charge de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique.

Jeune Afrique : En septembre, HP a annoncé sa volonté de se séparer de son activité de fabrication de PC. Pour quelle raison?

Yves de Talhouët : En 2010, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 126 milliards de dollars [96 milliards d’euros, NDLR]. Concernant la décision de nous séparer de la division PC, le conseil d’administration estime que, si cette activité est autonome, elle sera plus réactive et pourra croître avec plus de dynamisme. L’idée est de créer une entité à part, sans la céder à un autre fabricant. Restera au sein de HP un ensemble de produits et de services qui représente tout de même plus de 80 milliards de dollars de revenus, incluant le matériel d’impression, les équipements destinés aux entreprises [réseaux, serveurs…], les services [maintenance…] et la partie logiciels, en forte augmentation.

JA : Quelle place occupe l’Afrique dans votre stratégie de développement?

YT : Nous avons au sein de HP une organisation spécifique qui observe les soixante économies les plus dynamiques au monde et s’assure que nous prenons les mesures adéquates pour profiter des bons relais de croissance. Si on se focalise sur les dix premiers pays, on s’aperçoit que sept sont en Afrique. Et on constate non seulement que le continent possède les de croissance les plus importants, mais en plus que, sur les cinq à dix ans qui viennent, les besoins sont énormes. C’est la raison pour laquelle nous annonçons l’ouverture de dix nouveaux bureaux en plus des sept déjà existants. Ainsi, nous estimons que nous couvrirons 80% du potentiel de croissance du continent.

JA : Le choix de s’implanter dans ou tel pays répond donc à une analyse macroéconomique?

YT : Pour décider de l’ouverture d’un bureau, nous regardons la taille du marché, sa croissance, son potentiel et la manière dont il est couvert par les implantations existantes. L’ambition de HP est d’accompagner la croissance du marché de la technologie en Afrique, qui devrait être de 8% tous les ans pendant les trois prochaines années. Dans les dix pays dans lesquels HP ouvre un bureau, la croissance annuelle du marché de la technologie est de 10%. Par ailleurs, nous avons l’avantage d’avoir une offre concentrée sur les infrastructures et les services de base, et qui est particulièrement adaptée aux besoins des pays africains.

JA : Les États font donc partie de vos principaux clients?

YT : Effectivement, nous entretenons un dialogue soutenu avec les acteurs publics, qui gèrent des budgets informatiques importants et ont besoin d’être plus efficaces en matière de collecte des impôts, de fonctionnement des systèmes de santé… Les industries locales sont également au coeur de nos préoccupations. Mais une partie importante de notre chiffre d’affaire passe par des partenaires revendeurs ou intégrateurs [de solutions et de matériels HP]. Sans oublier les multinationales, que nos équipes suivent sur l’ensemble de leurs implantations dans le monde. C’est le cas du secteur pétrolier avec Total, BP, Shell, mais aussi avec les compagnies qui leur vendent des services, comme Schlumberger ou Technip. Nous accompagnons également un certain nombre de banques marocaines et françaises dans leur développement continental, sans
oublier les grosses sociétés américaines, comme Coca-Cola ou Caterpillar.

JA : Quelle sera la part d’Africains dans vos équipes?

YT : Notre idée est de recruter dès le départ des collaborateurs africains. Dans nos bureaux les plus anciens, comme le Maroc et la Tunisie, les équipes sont composées de locaux à plus de 95 %. Par ailleurs, dans les nouveaux pays comme le Ghana, le Sénégal ou le Congo-Brazzaville, nous contactons les universités pour participer de manière active à l’élaboration des cursus en informatique. À terme, l’objectif est de faire en sorte que nous, mais aussi l’ensemble du secteur informatique, puissions trouver des ingénieurs répondant aux besoins du marché. Cela passe par la mise à disposition de matériel et de compétences, mais aussi par l’engagement de recruter parmi les diplômés de ces formations. C’est l’illustration de notre volonté d’être présent sur ces marchés de manière pérenne.

JA : Avez-vous une stratégie d’innovation propre à l’Afrique?

YT : Tout à fait, plus au travers de l’élaboration d’applications sur mesure que via la fabrication de matériels spécifiques. Par exemple au Sénégal, en créant une plateforme de gestion des cours à distance, ou au Ghana et en Ouganda, en mettant à disposition de la population, via le téléphone mobile, un service pour vérifier la provenance des médicaments.

JA : Comment considérez-vous l’effervescence autour du Cloud Computing?

YT : C’est un domaine très intéressant. Le Cloud Computing [qui consiste à délocaliser via internet des traitements informatiques habituellement situés sur des serveurs locaux], c’est la possibilité pour les clients d’accéder à plus de puissance informatique sans avoir besoin d’acheter leurs propres ordinateurs.

Si on fait un parallèle avec l’électricité, cela revient à construire une centrale. Vous n’en construisez pas une par entreprise. On peut imaginer une centrale informatique par pays ou par groupe de pays, qui serait mise à disposition des entreprises, voire des administrations. Il y a des initiatives sur lesquelles nous discutons avec les gouvernements et les institutions parapubliques. Dans le domaine du cloud Computing, nous travaillons avec beaucoup d’opérateurs télécoms qui veulent eux-mêmes proposer ce type de services à leurs clients.

Propos recueillis par Julien Clémençot

28 septembre 2011

Afrique Sub-saharienne : une croissance de champion (Jeune Afrique n°2646 du 25/09/2011)

Selon les dernières prévisions du FMI, les pays au sud du Sahara seront les élèves les plus dynamiques de l’économie mondiale pour les deux ans à venir, dans un contexte global plutôt sombre. En revanche, la région Afrique du Nord-Moyen-Orient connaîtra un ralentissement.

Ce n’est pas souvent que l’Afrique figure dans le peloton de tête de l’économie planétaire. C’est pourquoi les « Perspectives économiques mondiales » du Fonds monétaire international (FMI), publiées mardi 20 septembre à Washington, tombent à pic pour rappeler que le continent ne se réduit pas à la Corne de l’Afrique et à la famine qui y sévit. Les statistiques du FMI font apparaître que l’Afrique subsaharienne devrait être la star des deux prochaines années, la seule région du monde où la croissance progressera entre 2011 (5,2%) et 2012 (5,8%), car même les colosses chinois (de 9,5% à 9%) et indien (de 7,8% à 7,5%) réduiront la voilure.

En 2011, le contraste est saisissant entre le champion d’Afrique subsaharienne, le Ghana (13,5%), et le cancre, sa voisine la Côte d’Ivoire (-5,8%), qui pâtira encore des ravages de la guerre civile. En 2012, la croissance de l’Angola (10,8%) sera significative, car basée sur une forte reprise pétrolière. À la traîne, outre le tout petit Swaziland (0,6%) empêtré dans une gestion hasardeuse, on relève le Zimbabwe (3,1%) toujours convalescent, le Gabon (3,3%), les Comores (3,5%) et l’économie la plus importante de la région, l’Afrique du Sud (3,6%), plombée par son chômage et la cherté de sa monnaie, le rand.

Seul point noir : l’inflation. Le FMI distingue trois groupes de pays. Celui des pays à bas revenus (6% en moyenne) renoue avec « ses taux de croissance d’avant la crise », lit-on dans le rapport, par exemple parce que les combats ont cessé en Côte d’Ivoire (8,5% en 2012), parce que les investissements se multiplient au Kenya et parce que les mines et le pétrole tirent le Niger et la Sierra Leone de leur extrême pauvreté. Les pays à revenus moyens sont les moins vaillants (3,6% en moyenne). Plus ouverts à la mondialisation, ils en subissent les hoquets, à l’instar de l’Afrique du Sud. Pourtant, le Botswana (6,2% en 2011) et le Cap-Vert (5,6%) tirent leur épingle du jeu. Les pays pétroliers caracolent évidemment en tête, à la suite de l’Angola, du Congo (7%), du Tchad (6,9%) et du Nigeria (6,6%).

Ces positions « solides » qui lui ont permis de ne souffrir que brièvement de la crise, l’Afrique subsaharienne les doit à l’assainissement de ses comptes publics depuis dix ans et à ses exportations de matières premières, qui ont dopé sa consommation domestique. Elle a été aidée, juge Rupa Duttagupta, membre de l’équipe des études sur l’économie mondiale du FMI, « par ses politiques budgétaires accommodantes et par la réorientation de son commerce vers les marchés en développement et émergents, notamment l’Inde et la Chine ».

Le seul vrai point noir est l’inflation, qui s’y élève à plus de 8%, sous l’effet de la hausse des cours des matières premières énergétiques et alimentaires. Les pays pétroliers – en raison de leur rapide expansion monétaire – et les pays de l’Est africain – en raison de la sécheresse – sont les plus menacés par ce fléau qui déstabilise les budgets des ménages les plus pauvres.

La situation des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient est beaucoup moins enviable. Leur croissance est déclinante: 4,4 % en 2010, 4 % en 2011 et 3,6% en 2012. L’explication de ce phénomène tient aux troubles qui ont été en partie provoqués par une forte hausse des prix alimentaires et qui ont débouché sur le Printemps arabe, libérateur des peuples mais perturbateur des économies. Comme le souligne le FMI, ses prévisions sont affectées par des « incertitudes importantes et inhabituelles » du fait de la persistance de l’instabilité politique.

Les économies les plus solides se trouvent aux extrémités de la région: le Maroc (4,6% cette année), l’Arabie Saoudite (6,5%), qui a substitué son pétrole à celui de la Libye en guerre, et l’Irak en pleine reconstruction (9,6%). Sans surprise, les plus fragiles vivent ou ont vécu des bouleversements : la Syrie (- 2% cette année), le Soudan (- 0,2%), la Tunisie (0 %) et l’Egypte (1,2%). La gageure pour ces pays consiste, selon le FMI, à « construire une cohésion sociale » tout en évitant de dégrader des budgets déjà mal en point, sachant que, sans amélioration significative des marchés du travail, aucun progrès ne sera pérenne.

Le Nord à la peine. Belles ou sombres, ces perspectives sont suspendues à la santé chancelante des pays développés. En les présentant, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, a pris la précaution de rappeler que «l’économie mondiale est entrée dans une phase dangereuse». Il ne s’attendait pas au ralentissement des économies avancées, plus prononcé que prévu, avec 3,1% en 2010, 1,6% en 2011 et 1,9% en 2012. Les États-Unis et l’Europe sont presque à l’arrêt, et le Japon en récession, pour cause de séisme et de tsunami.

Personne non plus ne s’attendait à la panique qui a saisi les marchés, cet été, parce qu’ils « sont devenus plus sceptiques sur la capacité des gouvernements à stabiliser leurs dettes publiques » en Amérique, en Europe et au Japon. « Une croissance plus faible rend le rétablissement budgétaire plus difficile, et le rétablissement budgétaire peut ralentir la croissance », a déclaré Olivier Blanchard, qui redoute un cercle vicieux où la persistance du chômage et la peur du risque conduiraient les banques à ne plus prêter, les ménages à moins consommer et les entreprises à moins investir : la rechute serait assurée.

Si ce scénario catastrophe – que le FMI dit peu vraisemblable – se mettait en place, Olivier Blanchard juge que le monde en développement en serait inévitablement affecté, ses exportations étant rendues plus difficiles par le recul de la consommation des pays du Nord. L’Afrique dépendrait alors de la capacité des pays d’Asie et d’Amérique latine à maintenir leurs capacités de croissance et leurs achats envers et contre tout. Comme en 2009.

Alain Faugas, envoyé spécial à Washington

26 septembre 2011

Kagamé en VRP (Jeune Afrique n°2645 du 18/09/2011)

Pour la première visite du président rwandais, Paris et Kigali étaient bien décidés à ne pas faire de vagues. Et à parler économie.

Surtout, éviter les sujets qui fâchent. Pour sa première visite officielle en France, du 11 au 13 septembre, le chef de l’État rwandais s’est appliqué à regarder vers l’avenir. « Avec Nicolas Sarkozy, on travaille ensemble pour voir comment échapper à l’Histoire », a-t-il expliqué aux 3000 membres de la diaspora rwandaise réunis à Aubervilliers (banlieue parisienne).

Accueilli sur le tarmac par… David Douillet, secrétaire d’État en charge des Français de l’étranger, Paul Kagamé a donc choisi de ne pas se formaliser. L’absence du ministre français des Affaires étrangères, mis en cause par une commission d’enquête rwandaise sur le génocide de 1994 ? Pas grave non plus. Alain Juppé n’est pas son homologue. Et les protestations de certains députés et ex-militaires français à l’annonce de sa venue ? « II y a davantage de personnes dans nos deux pays qui sont intéressées et qui approuvent la normalisation de [nos] relations », rétorque-t-il dans les colonnes de Libération après avoir, devant la diaspora, qualifié ce type de réticences de « misérables ».

Satisfait. Le 12 septembre, à l’Institut français des relations internationales (Ifri), le président rwandais a donc vanté les bonnes performances de son économie, écartant les accusations de violations des droits de l’homme. Déjeuner à l’Elysée avec Nicolas Sarkozy, en présence notamment d’Henri de Raincourt (Coopération) et de Claude Guéant (Intérieur). Rencontre avec des entrepreneurs français conviés au Ritz. Paul Kagamé est reparti satisfait, moins dérangé par les quelques dizaines de manifestants (rwandais et congolais) qui ont protesté contre sa venue qu’interloqué par les révélations d’un Robert Bourgi. « La France ne paraît pas aller très bien », confiait, dubitatif, un ministre de sa délégation.

Anne Kappès-Grangé