2000-2010 : dix ans de croissance en Afrique (Les Afriques n°172 du 29/09/2011)

Entre 2000 et 2010, de nouveaux pays africains ont fait leurs apparitions dans le hit-parade des plus fortes croissances, des meilleurs réformateurs et des candidats à l’émergence. La Guinée équatoriale, l’Angola, le Tchad, le Soudan, la Zambie, l’Ethiopie, le Lesotho, le Cap Vert, le Nigeria, la Mauritanie, le Mali, la Sierra Leone, le Niger, le Burkina Faso, le Ghana, Sao Tomé, l’Ouganda, les Comores, le Congo et le Bénin affichent les meilleures croissances de PIB de la décennie. A noter aussi de grandes décélérations comme le Zimbabwe, autrefois grenier de l’Afrique, qui a vu son PIB régresser ou encore la Côte d’Ivoire qui ne fait plus partie du top-ten africain.

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Le top 20 des meilleurs élèves de l’Afrique

Exprimé en dollars américains, le PIB de nombreux pays africains a doublé sur la décennie 2000-2010. Le tableau suivant, réalisé exclusivement avec les statistiques de la Banque africaine de développement et de l’OCDE, permet de le dire, l’Afrique connaît un boom sans précédent, même si, en termes de PIB par habitant et d’indicateurs sociaux, le retard est encore énorme par rapport au reste du monde. La dépendance aux produits miniers et aux hydrocarbures reste encore forte, quoique diminuant. Sur cette période, des pays pétroliers comme la Guinée équatoriale, l’Angola et le Tchad affichent des croissances respectives de 819%, 560% et 421%.

Tour d’horizon. Des pays non pétroliers, tels que le Rwanda, tirent leur épingle du jeu, grâce à l’amélioration de la gouvernance et un bon leadership. L’envolée spectaculaire de l’Ethiopie s’explique par le repositionnement sur l’agriculture et la construction de grands barrages sur le Nil. La dépendance à la terre et à l’agriculture offre sans doute une meilleure stabilité que la dépendance au secteur touristique et à l’industrie des voyages et loisirs.

Dans la zone Afrique de l’Ouest, le Bénin réalise une remarquable progression (171%), sans doute grâce à un climat politique apaisé, marqué par une succession au sommet et une réélection du président Yayi Boni au terme d’un scrutin jugé transparent par la communauté internationale.

La stabilité politique permet aussi au Burkina Faso et au Ghana de s’illustrer par de fortes croissances dans cette région ouest africaine riche en contrastes.

En dépit d’une crise politique continue depuis 2002, la Côte d’Ivoire reste la locomotive de l’Uemoa avec une performance de 109%. Pourtant ce taux d’accroissement est deux fois moins important que celui du Burkina Faso, du Mali, du Niger ou de la Mauritanie.

Le Cap Vert, qui est classé désormais dans le rang de pays à économie intermédiaire, donne la preuve qu’au-delà de la stabilité politique et des élections transparentes, la bonne gouvernance est indispensable.

Comme en 2000, Sao Tomé reste la plus petite économie africaine, suivie de la Guinée Bissau.

Cas emblématique. Notons que parmi les 53 pays africains (au moment du classement), il existe un Etat sans données statistiques officielles, la Somalie. Empêtrée dans une guerre civile depuis la chute de Siad Barré en 1991, ce pays se débat toujours dans une reconstruction qui tarde à se réaliser. Quant aux traditionnels bons élèves de l’Afrique australe que sont Maurice et le Botswana, ils ont maintenu leurs trends haussiers mais à
des rythmes moins élevés que les économies qualifiées de « lions d’Afrique » par les cabinets McKinsey en 2010 et Boston Consulting group en 2009.

Parmi les économies en reconstruction post-crise, le cas du Mozambique (+163%) est emblématique d’une bonne conjugaison entre réforme de l’environnement des affaires et richesses du sous-sol.

De manière générale, l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord restent les trois pôles de croissance du continent.

Les mauvais élèves. Les Seychelles, qui alignaient une relative prospérité au début de la décennie, ont rétrogradé de 19%, s’inscrivant en
contre-tendance avec l’embellie générale que connaît le continent.

Il en est de même du Zimbabwe en proie à un bras de fer politique depuis 2002 et qui a régressé de 41% sur la décennie.

En Afrique de l’Ouest, le Liberia paie le prix de la guerre par un recul de son PIB en dix ans. Comparés à leurs voisins, la Gambie du président Yaya Djammeh et la Guinée Conakry décrochent, évoluant moins vite que les pays de la zone Uemoa.

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Les meilleures croissances de la décennie

La Guinée équatoriale, l’Angola, le Tchad, le Soudan, la Zambie, l’Ethiopie, le Lesotho, le Cap Vert, le Nigeria, la Mauritanie, le Mali, la Sierra Leone, le Niger, le Burkina Faso, le Ghana, Sao Tomé, l’Ouganda, les Comores, le Congo et le Bénin affichent les meilleures croissances de PIB de la décennie. A noter qu’à l’exception du pays présidé par Yayi Boni, du Cap Vert, du Burkina Faso et des Comores, la plupart de ces pays dépendent des industries extractives.

La Guinée équatoriale et la capacité de redistribution. Avec un PIB qui s’est accru de 819% en une décennie, c’est le pays qui a le plus profité du boom pétrolier. En 2010 cependant, le rapport « Perspectives économiques de l’Afrique » (PEA), publié par la BAD, l’OCDE et la Commission des Nations Unies pour l’Afrique, évoque un ralentissement de la croissance de ce petit pays situé au large du Gabon. L’économie guinéenne a évolué de seulement 1,2%, l’un des taux les plus faibles depuis l’exploitation de son pétrole au milieu des années 90. L’on est loin du pic de 38% réalisé en 2004.

Le boom pétrolier cache d’énormes disparités sociales avec plus de 70% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Ce qui dénote des défaillances dans la politique de redistribution des richesses pétrolières. Les experts, auteurs de l’étude, prévoient toutefois un taux de croissance de 5% en 2011 et 7,5% en 2012. Le pays a perdu son statut de candidat à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). Il est mal positionné dans le classement Doing business de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires (passant de la 161ème à la 164ème place entre 2010 et 2011).

L’Angola, en butte à la diversification. Tout comme la Guinée équatoriale, la croissance de l’Angola, l’une des plus fortes au monde depuis dix ans, est retombée à 2,4% en 2009 et 3,4% en 2010 à cause de la chute des cours et du remboursement des arriérés de la dette intérieure. Les prévisions tablent sur un rebond de 7,5% dès 2011… Problème relevé par le rapport PEA, ce pays connaît une inflation à deux chiffres, avoisinant les 15% en 2010. Si la croissance des autres secteurs hors pétrole est de 14%, depuis quatre ans, l’Angola souffre d’une économie peu diversifiée. Après 27 années de guerre civile, le pays se heurte à une importante pénurie de ressources humaines qualifiées.

Le Tchad : maîtriser les dépenses publiques. Après un tassement de 1,9% en 2009, le Tchad a enregistré un rebond de 5,9% en 2010. La tendance devrait se maintenir en 2011-2012. Toutefois se pose le défi d’une bonne gestion budgétaire avec un déficit de solde budgétaire hors pétrole estimé à plus de 28% en 2010 contre 25% en 2011. La paix relative que connaît le pays depuis deux ans et la signature de l’accord de paix avec le Soudan placent l’économie tchadienne sur de bonnes perspectives. En dépit de la croissance, le Tchad est encore frappé par la pauvreté qui touche 55% de la population (surtout en milieu rural). Le commerce du pays est orienté vers l’Inde et la Chine.

Le Soudan après l’indépendance du Soudan du Sud. Depuis le 9 juillet, le Sud Soudan est indépendant. Aussi Khartoum se retrouve dans une nouvelle configuration et une problématique de délimitation des frontières, de partage des actifs et des ressources pétrolières avec son voisin du sud. Après une croissance de 5% en 2010, le pays devrait poursuivre sur le même trend en 2011 et 2012. En raison des craintes de conflits avec le sud et d’une probable diminution de la manne pétrolière, la livre soudanaise a diminué de 16% par rapport au dollar. Parmi les zones d’inquiétudes, on note une faible réserve en devises étrangères. Les principaux partenaires émergents du Soudan sont la Chine, la Malaisie et l’Inde.

La Zambie suspendue aux tiges de maïs. On observe en Zambie une croissance de 6,4% en 2009, puis de 6,6% en 2010 soutenue par l’agriculture, les mines, le tourisme, la construction et la fabrication. En 2011 et 2012, les prévisions tablent sur une croissance de 6,5 et 6,7%. L’agriculture, moteur de l’économie zambienne, devrait toutefois fléchir après des pics de croissance en 2009 et 2010. En 2010, le pays a enregistré une récolte record de 2,8 millions de tonnes. Par ailleurs, le premier producteur mondial de cuivre a profité pleinement de la reprise des cours mondiaux. L’originalité de la Zambie par rapport à d’autres économies africaines est sans conteste le niveau de développement de l’industrie manufacturière, qui représente 10% du PIB. La création des zones économiques spéciales (Multi-Facility Economic Zones) a joué un rôle de catalyseur. La Zambie devrait aussi tirer profit du secteur touristique, avec une croissance estimée à 25% en 2010.

Ethiopie, en bonne voie pour les OMD. Avec une croissance moyenne de 10% sur les cinq dernières années, l’Ethiopie est en bonne voie pour atteindre la plupart des Objectifs du millénaire d’ici 2015. Le taux de pauvreté y a chuté, passant de 39 à 32% entre 2005 et 2009. Le plan quinquennal de croissance, lancé en 2011, mise sur l’agriculture, appelée à devenir le principal moteur de la croissance éthiopienne. Sur la durée de ce plan, le secteur primaire devrait enregistrer une croissance de 8% contre 20 et 11% pour l’industrie et les services. La dépréciation rapide du birr éthiopien en 2010 (suite à une dévaluation de 20%), pose le problème de l’inflation. Malgré d’importantes réformes, le secteur privé se heurte toujours à un environnement d’affaires « médiocre » selon le rapport PEA et à un système judiciaire peu efficace.

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« Il se passe des choses en Afrique… »

Economiste au Bureau Afrique du Centre de développement de l’OCDE, Jean-Philippe Stijns est l’auteur principal du chapitre concernant les perspectives économiques en Afriques 2011 (PEA) qui porte sur « L’Afrique et ses nouveaux partenaires ». Entretien.

Les Afriques : Au regard du dernier rapport PEA, quelles sont les économies africaines les plus en forme en 2011 ?

Jean-Philippe Stijns : On parle du Ghana avec une croissance de 12%, de l’Ethiopie (10%), de la RDC, du Zimbabwe, du Mozambique, de l’Angola et du Liberia…

LA : Comment voyez-vous les tendances des grands ensembles africains en 2012 ?

JPS : Il y a quelque chose de particulier à signaler. Les changements politiques en Afrique du Nord auront des conséquences majeures pour toute l’Afrique. La contribution de la région dans la croissance du continent, qui était habituellement du tiers, devrait être nulle en 2011. On peut s’attendre néanmoins à un rebond en 2012. Dans un scénario optimiste, on peut prévoir une croissance de plus de 5% en 2012 pour ces régions-là contre 0,7% en 2011. Ceci est bien évidemment conditionné par le retour de la stabilité, une bonne politique et une conjoncture internationale favorable.

LA : L’Afrique subsaharienne, et la zone CFA notamment, seront-elles indemnes par rapport à la crise des dettes publiques en Europe ?

JPS : L’Uemoa (Union économique monétaire ouest-africaine) et son président sont en train d’exprimer certaines craintes. Ce type de soucis peut prendre plusieurs formes. Déjà, il faut remarquer que la structure des échanges entre l’Afrique et le reste du monde a évolué. Durant ces dix dernières années, les partenaires émergents de l’Afrique ont vu leurs parts passer de 23 à 39% dans les échanges entre l’Afrique et le reste du monde. La part des partenaires traditionnels (Europe, USA) reste toutefois importante (61%). Evidemment, si la conjoncture européenne devait se ralentir, et si le monde devait tomber dans une nouvelle récession, cela ne sera pas sans conséquences sur l’Afrique. L’autre zone de soucis pourrait être à la transmission mécanique de la crise. Cela pourrait être d’ordre financier, compte tenu de la présence de banques de la zone euro dans cette région de l’Afrique.

LA : La croissance actuelle de l’Afrique n’est-elle pas à relativiser compte tenu de la dépendance forte vis-à-vis des matières premières et de la faible industrialisation du continent ?

JPS : Il faut être réaliste. C’est vrai qu’une partie de la croissance de l’Afrique est liée aux matières premières. Ceci dit, d’une part il faut se réjouir que le continent bénéficie de cette envolée de matières premières (ce n’est pas automatique). Pour donner un contre-exemple l’Afrique du Sud, qui abrite une grande partie des ressources minières africaines, n’a pas profité de ce boom en l’absence d’une politique efficace. Le verre est à moitié plein. En plus, il faut dire qu’il se passe des choses en Afrique. La naissance d’une classe moyenne et l’avènement d’un secteur manufacturier (le volume des exportations de produits manufacturés en Afrique a doublé en dix ans) sont autant de signaux positifs. On a de bonnes raisons de croire que l’Afrique est en train de gravir les échelons.

LA : 54 pays, 54 frontières en Afrique. N’est-ce pas un handicap ?

JPS : Il y a des expériences intéressantes en Afrique australe et en Afrique de l’Est. Si ces pays arrivaient à concrétiser ce rapprochement en matière d’infrastructures, le bénéfice commercial et économique serait énorme pour l’Afrique.

MBF

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Le continent n’est plus en position de hors-jeu économique, mais…

La tendance au déclin qui se donnait à lire, au cours des années 1980 et 1990, dans la faible productivité du travail et du capital sur le continent est un bien vieux souvenir. Les années 2000 pour l’Afrique sont caractérisées par une réelle inversion de cette tendance.

Les années passent, l’Afrique connaît au plan économique des fortunes diverses, mais sur le front de la massification de sa compétitivité, la prescription demeure quasiment la même pour le continent.  «Les économies africaines peuvent devenir nettement plus compétitives si les gouvernements du continent et leurs partenaires internationaux améliorent l’accès au financement, ne cèdent pas à la tentation ambiante d’ériger des protections autours des économies nationales, modernisent les infrastructures, améliorent les systèmes de soins, de santé et d’éducation et renforcent les institutions…» Pour autant, il ne faut pas s’y méprendre, le statut du continent a bien évolué depuis les années 80-90 où, à l’aune de la notion de compétitivité, il était quasiment jugé « en position de hors-jeu économique ». Les années 2000 sont caractérisées pour l’Afrique par une réelle inversion de tendance.

Un air de renouveau économique. Entre 2001 et 2010 le continent a affiché un taux de croissance annuel moyen de 5,2%. Alors que, dans les économies avancées, la croissance n’en finit pas de marquer le pas depuis la bourrasque financière, puis économique, de 2008, l’Afrique, elle, a quasiment retrouvé son niveau d’avant cette crise. Longtemps le vilain petit canard de la croissance économique mondiale, l’Afrique en est aujourd’hui, avec l’Asie et l’Amérique latine, un des principaux catalyseurs. Le continent a pris de nouvelles couleurs. Et cela s’en ressent jusque dans son attractivité en matière d’investissements non-générateurs d’endettement.

Entre 2000 et 2010, les flux des investissements étrangers directs (IED) en direction du continent ont triplé. Grande victoire donc du continent, au cours de la décennie 2000- 2010, il ne peut plus, comme cela a été souvent le cas, jusqu’à la mi-1990, être « mis entre parenthèses, oublié dans les scénarios globaux parce qu’économiquement hors-jeu », comme le déplorait Alioune Sall, alors coordonnateur régional du programme Futurs africains.

« Globalement prometteuses ». La récente décennie a donc des saveurs de renouveau économique pour le continent dont les perspectives économiques sont largement estimées « globalement prometteuses ». Petit bémol toutefois, le fait que cette bonne santé économique procède pour beaucoup de la conjonction de circonstances exogènes (cours et demande de matières premières en hausse, allègement du stock de dettes) plutôt que de reposer sur des fondements internes solides, rend prégnante la questionde sa durabilité à long terme.

Ainsi donc en dépit de ses belles performances des dix dernières années, l’Afrique a encore fort à faire pour asseoir les bases de la croissance actuelle. Que le continent n’ait pu placé que dix pays, -dans l’ordre : la Tunisie, l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, le Rwanda, le Maroc, le Botswana, la Namibie, l’Algérie, l’Egypte et la Gambie-, dans le top des 100 premières économies mondiales en terme de compétitivité globale en 2011-2012, en dit long sur le fait que « de nombreux obstacles à la compétitivité persistent dans la majorité des pays africains ».

Le défi pour l’Afrique reste donc, aujourd’hui encore, « d’asseoir un environnement économique favorable au renforcement de ses capacités productives et sa productivité globale qui lui garantirait les bases de solides performances économiques à venir ». Pas étonnant donc que les prescriptions pour le continent en matière de compétitivité demeure quasi-identiques année après année.

Louis S. Amédé, Abidjan

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Banque d’investissement de la diaspora, le chaînon manquant

L’apport croissant des migrants africains dans le développement de leur continent nécessite la mise en place d’un cadre réglementaire régissant le transfert d’argent, au moment où la Banque mondiale rapporte que l’appui de la diaspora à leur pays dépasse l’aide publique au développement.

La participation de la diaspora africaine dans le développement des communautés locales est importante. Aussi bien au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne, l’appui apporté chaque année par la population immigrée se chiffre en milliards de francs CFA. Des montants qui connaissent une évolution exponentielle depuis l’apparition, il y a deux décennies, dans la plupart des pays africains des sociétés de transfert d’argent (STA). Selon la Banque mondiale, les montants annuels issus de la diaspora africaine sont estimés entre 30 et 40 milliards de dollars. Rien que pour les pays d’Afrique subsaharienne, ces flux sont passés de 3 milliards de dollars en 1995 à 19 milliards de dollars en 2007, soit de 9% à 24% de leur PIB, ou entre 80% et 750% de l’aide publique au développement desdits pays. Ce qui fait des migrants « les premiers bailleurs de fonds dans bon nombre des pays africains », constate la Banque mondiale.

Intégration économique et financière. Dans une approche visant une meilleure canalisation des transferts de fonds des migrants africains, experts et analystes financiers préconisent la mise en place d’un cadre réglementaire visant, non pas seulement une harmonisation des procédures comme la BEAC est en train de le faire pour les pays de la Cemac, mais davantage, une démarche devant déboucher sur la création d’une institution bancaire pour réguler cette activité.

Un point de vue notamment défendu par le banquier sénégalais Sanou Mbaye, ancien fonctionnaire de la Banque africaine de développement (BAD), mais également auteur du livre L’Afrique au secours de l’Afrique, favorable à la création de la Banque d’investissement de la diaspora (BID) de la Zone franc CFA.

D’après ce banquier, « il existe dans la Zone franc un réel besoin de création d’une institution de financement à moyen et long termes pour canaliser les transferts de fonds des migrants, favoriser la bancarisation de tous les segments de la population et augmenter les taux d’épargne afin de satisfaire les besoins de la diaspora, des foyers et des Etats ».

La naissance d’une telle banque et dont l’actionnariat pourrait être ouvert aux institutions financières, bancaires et intergouvernementales favoriserait la mobilisation des ressources et contribuerait au financement des projets d’investissements porteurs à des taux d’intérêts avantageux.

Tenant compte du fait que les banques commerciales perçoivent des commissions élevées au regard du niveau de vie des populations subsahariennes, ceci accroît leur répugnance à ouvrir des comptes bancaires et d’y recourir à des prêts. Une situation à l’origine de la surliquidité bancaire observée actuellement, ce qui suppose que la mise en place de la Banque d’investissement de la diaspora (BID) de la Zone franc permettrait une bonne régulation de cette activité. Pour cela, trois conditionnalités s’avèrent nécessaires : primo, la mise en place d’un vaste réseau de représentations, de collecte et de paiement en France, en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique pour capter les flux des migrants ; secundo, proposer des produits et services performants à moindre coût adaptés aux travailleurs émigrés ; tertio, financer, à des conditions favorables, des projets contribuant à la réalisation des objectifs de groupements régionaux qui ont vocation à mettre en place des politiques d’intégration économique.

Encourager la réforme bancaire. L’existence d’un tel cadre légal devrait, entre autres, favoriser la sécurisation et la rapidité des opérations ainsi que la lutte contre le monopole, puisqu’actuellement, certaines sociétés de transfert d’argent se trouvant en situation de monopole ou de duopole vont jusqu’à prélever 20% des sommes envoyées. Au regard de l’importance de la contribution de la diaspora dans le développement du continent africain, la mise en place d’un cadre réglementaire, en l’occurrence une Banque d’investissement pour réguler cette activité, s’avère donc nécessaire.

Achille Mbog Pibasso, Douala

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Grille d’appréciation

La plupart des pays africains qui, vers la deuxième moitié des années 1990, s’étaient lancés, de gré ou de force, dans des études nationales de prospective à long terme, avec l’appui du Pnud, avaient « identifié la compétitivité comme une donnée stratégique clé », se souvient un ancien haut cadre de l’administration ivoirienne. Mais alors ? « Mais alors s’il est vrai que la croissance de nos économies demeure aujourd’hui encore très vulnérable aux caprices des marchés mondiaux, la part de la compétitivité pure de ces économies dans cette croissance ne cesse de croître. Pas encore suffisamment certes, mais en constante évolution tout de même », souhaite qu’on ne perde pas de vue Félix Amafé, économiste camerounais.

Ainsi, donc à son rythme, le continent travaillerait à une amélioration de ses performances commerciales, de la sophistication de ses exportations et à la diversification de ses productions ainsi que de ses partenaires. Des indicateurs critiques dans l’appréciation de la compétitivité, entendue comme « l’ensemble des institutions, des politiques et des facteurs influant sur le niveau de productivité d’un pays ».

La grille d’appréciation des économies intègre donc à la fois : des facteurs relatifs à l’environnement d’affaires général (institutions, infrastructure, politiques publiques) ; des facteurs internes aux entreprises (capacité managériale, coûts) et des facteurs sociaux (santé, éducation, emploi). Au total des facteurs en relation avec la productivité. Et pour cause, le niveau de productivité d’une économie définit le niveau durable de prospérité auquel un pays peut aspirer. Décryptage : des économies plus compétitives tendent à produire des niveaux de revenu élevés pour leurs citoyens. Toute chose qui stimule la productivité dont les niveaux déterminent les taux de retour sur investissement qui, eux-mêmes, constituent les moteurs essentiels des taux de croissance.

Conclusion : une économie plus compétitive a davantage de chances de progresser plus rapidement à moyen et long termes. D’où tout l’intérêt de l’Afrique, qui, « au cours de la décennie écoulée, a enregistré la croissance la plus rapide des cinquante dernières années » selon le président de la BAD, Donald Kaberuka, de consolider sa compétitivité.

L.S.A

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