« L’Afrique doit saisir l’opportunité de la crise financière occidentale » (Les Afriques n°174 du 13/10/2011)

Après Simat en 2007, le cabinet Maréchal & Associés Finance va ouvrir, à nouveau, les portes du NYSE Euronext de Paris à deux entreprises à capitaux 100% africains : l’Ivoirienne Pétro Ivoire et la première Sénégalaise Money Express. Echanges avec Samuel Maréchal, président de Maréchal & Associés Finance.

Les Afriques : Après Simat en 2007, votre société s’apprête à inscrire à la cote de NYSE Euronext, dans quelques jours seulement, deux nouvelles entreprises africaines. Le timing ne charrie-t-il pas des risques ?

Samuel Maréchal : Bien au contraire, c’est au moment où la crise occidentale est la plus intense et que les investisseurs ne savent plus où trouver leurs plus-values futures que les entreprises offrant des croissances exceptionnelles doivent se présenter à eux. Depuis des années, j’affirme que l’Afrique est le poumon de l’économie mondialisée. Les grands groupes occidentaux ne s’y sont pas trompés, une grande partie de leurs marges nettes provient de leur présence sur les marchés africains. Pourquoi cela n’irait-il pas dans le sens inverse, ou du moins à double sens ! Les fonds internationaux financeraient le développement des sociétés africaines et auraient en retour une partie des plus-values.

En Occident, les marchés financiers représentent un passage obligatoire pour recueillir des fonds importants afin de financer son développement. La bourse permet de toucher le plus grand nombre, de démontrer sa bonne gouvernance, de rassurer ses partenaires et de prospecter plus compétitivement vers de nouveaux clients. La bourse permet de rentrer dans la cour des grands, c’est un outil à multiples facettes.

LA : Pétro Ivoire et Money Express étant respectivement de droits ivoirien et sénégalais, pourquoi donc ne pas les coter sur la Bourse régionale de valeurs mobilières (BRVM) de l’Uemoa ?

SM : Nous y sommes par principe favorables. Et j’espère, d’ailleurs, que nous arriverons à une double cotation entre le NYSE Euronext et la BRVM. Mais comme je le précisais tantôt, la crise économique occidentale représente une opportunité historique pour l’Afrique. C’est maintenant qu’il faut se présenter sur les marchés financiers occidentaux. Et pour ne rien vous cacher, le traitement des dossiers d’admission est aujourd’hui plus court sur le NYSE Euronext que partout ailleurs. Le monde est devenu tout petit. La concurrence internationale y est féroce et, le temps c’est de l’argent ! Si besoin, je me tiens à la disposition des autorités de tutelle de l’Uemoa, des ministres concernés, des dirigeants du CREMPF pour participer aux études facilitant l’inscription sur la BRVM des entreprises à fort potentiel.

LA : Ainsi, dans le contexte actuel de perte de confiance en Occident, les titres africains pourraient être des valeurs refuges intéressantes sur les marchés occidentaux ?

SM : Les Occidentaux ne connaissent pas encore la dynamique qu’offre l’Afrique. Les taux de croissance y sont très supérieurs à ceux des pays occidentaux. La méconnaissance des entrepreneurs africains, la caricature de l’Afrique par certains et la chasse gardée par d’autres doivent être combattues. Stéphane Eholié de la Simat, Sébastien Kadio-Morokro de Pétro Ivoire et Meïssa Ngom de Money Express sont des représentants de l’Afrique qui entreprennent, qui appliquent les règles de gouvernance et qui offrent des perspectives exceptionnelles de rentabilité et de plus-values sur un socle solide.

LA : Alors…

SM : Alors si nous prenons l’emprunt obligataire de 5 millions d’euros proposé par Pétro Ivoire SA, cette opération est extrêmement rentable et rare aujourd’hui sur le marché européen. Pétro Ivoire est la première entreprise ivoirienne de distribution de produits pétroliers et de gaz. La qualité de ses dirigeants, son savoir-faire et son mode de gestion et de gouvernance aux normes internationales lui permettent d’avoir obtenu de l’agence Bloomfield la notation de BBB+ sur le long terme et A3 sur le court terme. Le placement de l’emprunt obligataire est très prometteur du fait de sa rémunération de 5,50% annuelle, avec une prime de non-conservation de 25%, soit un taux actuariel sur huit ans de 8,286%.

En ce qui concerne la société Money Express, premier réseau panafricain indépendant pour le transfert d’argent et opérateur incontournable présent dans plus de 50 pays, dont 24 en Afrique, l’opération est à double détente. Elle conforte ainsi son image à l’international au moment de l’obtention des accréditations auprès des autorités européennes, et elle offre 25% de son capital pour associer les fonds à sa conquête de marché.

LA : Et donc ?

SM : Je dirais donc que le challenger africain prend sa place dans le monde. Les faiblesses économiques de l’Europe et des Etats-Unis, le protectionnisme de l’Inde et de la Chine, le coût élevé de pénétration du marché brésilien mettent en exergue les atouts du continent africain. L’Afrique connaît sa plus longue période de croissance depuis 25 ans. Le taux de retour sur investissement y est court et les taux de croissance potentiellement exceptionnels. Les entrepreneurs africains apportent ainsi la démonstration des opportunités offertes par ce marché.

LA : Cette tendance pourra-t-elle s’inscrire dans la durée ? Peut-on, dans la même logique, supposer que les places financières africaines pourraient être des destinations de choix pour les investisseurs ?

SM : Je le pense, et notre cabinet apportera sa petite pierre à l’édifice. Mais au-delà, où est la croissance pour l’Occident ? La révolution de l’économie verte qui devait être celle du retour de la croissance n’a point abouti pour le moment. La Chine et l’Inde sont des pays très protectionnistes, l’Amérique du Sud est excessivement chère et l’Afrique est riche de ses hommes, de ses cultures et de sa terre. L’Afrique va voir sa population doubler dans les trente prochaines années pour devenir le continent le plus peuplé du monde. Nous voyons émerger une classe moyenne bien formée, à fort potentiel de consommation. Plus les bourses africaines accueilleront des entreprises en grand nombre, plus des investisseurs internationaux s’y intéresseront. En effet, ils ont besoin de nombreuses opportunités d’investissements et de sérieuses liquidités. A ce jour, plusieurs fonds d’Afrique du Sud, d’Australie et anglo-saxons sont présents sur les valeurs cotées à la BRVM, grâce au travail des SGI et des différentes institutions concernées. Ils pourraient être beaucoup plus nombreux.

LA : Dans le domaine de spécialité qui est le vôtre, quels impacts pensez-vous que la crise en cours en Occident peut avoir en Afrique ?

SM : Je dirais deux mauvais et deux bons. Le premier impact négatif, c’est la diminution prévisible des aides internationales au développement pour le continent. Le second, c’est l’arrivée des PME et des groupes internationaux qui, si elle n’est pas encadrée et si la concurrence locale n’y est pas établie, vont être les seuls à en profiter.

En termes d’impact positif, le premier, c’est que l’Afrique va faire l’objet, en Occident, d’une campagne favorisant les investissements des particuliers sur le même modèle connu au bénéfice de la Chine au milieu des années 2000. Le second étant la création de partenariats entre les sociétés africaines et occidentales.

Dans le cadre de l’accompagnement en Afrique des groupes internationaux, notre cabinet favorise la constitution de joint-ventures, la transmission de savoir-faire et la création d’unités de production au niveau local sous le principe gagnant-gagnant.

L’Afrique est au carrefour d’un choix économique majeur, elle peut bénéficier de l’argent des fonds internationaux qui cherchent des plus-values si les sociétés africaines se présentent sur les marchés financiers. 

Interview réalisée par Louis S. Amédé, Abidjan

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