Kenya : le tourisme pris en otage (Jeune Afrique n°2649 du 16/10/2011)

Des plages et des pirates… Les enlèvements perpétrés près de la frontière avec la Somalie inquiètent les chancelleries occidentales.

Lamu, ses ruelles, ses cocotiers, ses poissons multicolores…et ses pirates. En quelques semaines, l’île prisée des riches Occidentaux a subi deux attaques attribuées aux milices somaliennes  Shebab. C’est d’abord une Britannique de 56 ans, Judith Tebutt, qui a été enlevée en septembre dans le Safari Village de Kiwayu. Son mari n’a pas eu cette chance, si l’on peut dire : il a été tué par les preneurs d’otages. Plus récemment c’est la Française Marie Dedieu, âgée de 66 ans et handicapée, qui a été kidnappée dans son cottage de Manda Island. Réaction immédiate des chancelleries occidentales: « Il est formellement déconseillé de séjourner dans l’archipel de Lamu et dans sa région » lit-on sur le site du ministère français des Affaires étrangères. Avec ces précisions: « En raison des combats en cours dans le sud de la Somalie, autour de la frontière avec le Kenya, la région frontalière avec la Somalie est formellement déconseillée, jusqu’à environ 50 à 100 km à l’intérieur du territoire kényan. »

La clef sous la porte. Pour ceux qui rêvaient de croiser l’acteur Jude Law ou la princesse Caroline de Monaco en se dorant la pilule sur la côte swahilie, c’est raté. Et cela ne plaît guère au ministre kényan du Tourisme, Najib Balala, qui juge ces avertissements « regrettables ». Du point de vue économique, sa réaction est compréhensible. Se relevant à peine de la grave crise électorale qui a ensanglanté le pays fin 2007, le tourisme est désormais menacé par le chaos qui règne en Somalie. Les annulations se multiplient, et les nombreux hôtels n’ont plus qu’une solution: mettre la clef sous la porte. Ainsi, Fuzz Dyeq, copropriétaire du Manda Bay Resort près duquel Marie Dedieu a été enlevée, déclarait au Financial Times: « C’en est fini du business, complètement». Or son chiffre d’affaires s’élevait à 3,5 millions de dollars par an (2,6 millions d’euros), et il employait 90 personnes. Évidemment, des mesures de sécurité ont été prises par les autorités : surveillance aérienne par un hélicoptère, patrouilles de 24 bateaux… Pas certain que cela suffise à rassurer les 3 millions de touristes que le Kenya rêve d’attirer… ni même qu’il reçoive, comme l’an dernier, 1,6 million de visiteurs, qui lui avaient permis d’engranger quelque 900 millions de dollars. À Lamu, plus précisément à Manda, la marine kényane occupe une base depuis 1995… Mais cela n’a pas protégé la Française.

Nicolas Michel

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