L’impressionnante montée des BRIC dans le commerce avec l’Afrique (Les Afriques n°175 du 20/10/2011)

Une évolution record qui cache des déséquilibres profonds. Si l’Afrique profite de l’appétit des pays émergents, elle n’arrive pas à orienter les investissements de ces pays en dehors des industries extractives.

Les échanges entre l’Afrique et les BRIC, qui représentaient à peine 8 milliards de dollars en 1990 et 16 milliards en 2000, ont dépassé les 166 milliards en 2008, selon une étude de la Standard Bank. Le poids du Brésil, de la Chine, de l’Inde et de la Russie dans le commerce africain atteint 20%, contre 4,5% dans les années 80. Ce dynamisme, en cours depuis le début des années 2000, a contribué au doublement de la part africaine dans le commerce mondial, passée de 1,7 à 3% entre 2001 et 2008.

La répartition de ces échanges avec l’Afrique est inégale, sept pays présentant un niveau de commerce avec les BRIC correspondant à au moins 30% de leur PIB. De leur côté, les échanges bilatéraux entre la Chine et les pays africains représentent 70% des transactions globales avec les BRIC. L’empire du Milieu est désormais le second partenaire commercial de l’Afrique, juste derrière les USA, mais devant la France, l’Italie et le Japon. Certains vont jusqu’à classer la Chine devant les USA. Ainsi, selon la revue périodique Eclairage du Crédit Agricole, la Chine dépasse les Etats-Unis, alors qu’en 2000 la part de l’Oncle Sam dans les échanges avec l’Afrique était trois fois supérieure à la part chinoise.

L’empire du Milieu a vu son commerce avec l’Afrique quadrupler chaque année depuis 1992, passant de 3,4 à 106 milliards de dollars. Aujourd’hui, un dixième des exportations africaines prend la direction de la Chine. Le premier partenaire commercial de Pékin est l’Angola, avec 44% des importations chinoises du continent, suivi de l’Afrique du Sud (16%), du Soudan (12%) et de la République Démocratique du Congo (7%). Ces quatre pays constituent 80% des importations chinoises en Afrique. En 2008, la Chine a importé du pétrole africain pour une valeur de 38,8 milliards de dollars, en progression de 50%. Les exportations de pétrole représentent 83,9% des exportations globales du continent africain vers la Chine. En plus du pétrole, la Chine importe généralement du fer, du manganèse, du cuivre, du chrome, du cobalt, du platinium et des matières premières en général. Dans l’autre sens, l’Afrique importe de Chine des équipements électriques, des réacteurs nucléaires, des chaudières et des véhicules. L’Inde reproduit le modèle chinois à quelques différences près. Le Brésil présente aussi une concentration similaire, avec les produits énergétiques qui représentent plus de 91% de ses exportations africaines.

L’Afrique enfermée dans son rôle. Malgré le dynamisme de ces échanges, l’on reste dans le même schéma qu’entre l’Afrique et les pays développés, avec un rôle dédié au continent de fournisseur de matières premières et de produits de base et d’importateur de produits manufacturiers qui ne permet pas de développer une industrie locale.

Selon les experts du Crédit Agricole, il sera difficile à l’Afrique, dans ces conditions, de sortir de son rôle. Il faut dire que les investissements à caractère industriel sont freinés par le morcellement du continent, avec des populations réduites et seulement deux pays (Afrique du Sud et Nigeria) dépassant les 100 milliards de dollars de PIB.

Contrairement à l’Asie du Sud-Est, qui avait décollé il y a quelques décennies grâce à des investissements étrangers dans l’industrie, contribuant à la création des emplois et au développement des services, l’Afrique reste largement en proie à des investissements orientés vers les industries extractives.

Les liens entre l’Afrique et les BRIC dépassent les échanges commerciaux et englobent désormais les investissements. Depuis 2000, les flux de capitaux privés à destination de l’Afrique ont progressé à un rythme de 22% pour atteindre un record historique de 72 milliards en 2008 et contribuer à un relèvement de la part de l’Afrique dans les flux mondiaux d’IDE passée de 0,7% en 2000 à quelque 5,3% en 2009.

Les pays émergents ont fourni 20% du total des flux IDE en Afrique entre 2000 et 2008. En termes de stocks, Singapour est le premier investisseur émergent en Afrique, avec un total de 9,8 milliards de dollars, suivi par la Chine (7,8), Hong Kong (5,3 milliards), la Malaisie (3,7 milliards) et l’Inde (2,7 milliards). Mais ces chiffres du Crédit Agricole sous-estiment les investissements chinois.

La Banque mondiale, citée par Eclairage, note que les investissements en provenance des pays émergents sont plus résilients en période de crise que ceux des pays développés. Reste que les montants investis par les émergents vont en général dans le même sens : sécuriser les approvisionnements en ressources naturelles et énergétiques. La course est orientée vers l’extraction des métaux et du pétrole. Si la Chine reste la plus active, l’Inde et le Brésil ne sont pas en reste.

Parallèlement aux échanges commerciaux et aux IDE, le volume de l’aide des BRIC envers l’Afrique a augmenté, passant de 15,5 milliards en 2000 à 47,6 milliards en 2009. Les partenaires traditionnels de l’Afrique (les pays CAD) ont vu le montant de leur APD en faveur du continent évoluer de 119,8 milliards en 2009 à 128,7 milliards en 2010. L’aide des pays émergents augmente plus rapidement que celle des pays développés. Là aussi, le montant de l’aide publique au développement des pays émergents pourrait avoir été sous-estimé, compte tenu de la définition contestée du CAD qui inclut les remises de dettes. Par exemple, l’aide chinoise (82% de l’aide totale des émergents) serait estimée en 2007 dans une fourchette allant de 19 milliards à 25 milliards de dollars, n’étant dépassée que par l’Amérique.

« L’OPA » de la Banque de Chine sur les PME-PMI africaines. Les huit mesures annoncées en novembre 2009 par Wen Jiabao, Premier ministre de la Chine, durant la quatrième conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine, forment la stratégie chinoise pour l’Afrique. Certains think-tanks y voient la matérialisation d’une OPA rampante. Pourtant, dans le détail, ces mesures ne manquent pas d’attrait. L’une de ces mesures est la mise en place d’une ligne d’un milliard de dollars pour aider les PME-PMI africaines. Gérée par la Banque de développement de Chine, « la plus grande banque d’investissement à l’étranger de la Chine », selon la formule même de Hu Jintao, cette ligne de crédit est souple d’utilisation. A cet effet, la banque chinoise a ouvert un bureau de représentation au Caire et déjà souscrit des conventions de prêt et des mémorandums avec Equity Bank du Kenya et Standard Bank d’Afrique du Sud.

La première phase du prêt court entre 2010 et 2012. A la fin 2010, des contrats d’un montant de 162 millions de dollars ont déjà été attribués. Un pipeline de projets est en cours concernant 23 pays africains (dont le Kenya, l’Angola, le Maroc, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana et le Mozambique), totalisant 400 millions de dollars.

Ces projets devront, de source chinoise, créer 1186 emplois directs et plus de 50.000 emplois indirects. Les prêts accordés ciblent les services, les infrastructures, l’électricité, l’installation hydraulique pour l’agriculture, les matériaux de construction, etc. Le prêt spécial peut être libellé soit sous forme de crédit d’investissement immobilier avec une durée de cinq ans au maximum, soit sous forme de cash-flow avec une durée de moins de trois ans. La monnaie du prêt sera décidée par consensus entre le dollar, l’euro ou le RMB. Quant aux taux d’intérêt sur les prêts, ils peuvent être fixes ou flottants.

A noter qu’il y a deux modèles d’opérations : le prêt direct et le prêt indirect. Pour ce dernier, cela se passe via une institution crédible du pays emprunteur. La Banque de développement de Chine accorde un quota de crédit à cette institution plus proche des PME locales. Les prêts sont alloués après l’évaluation de ces institutions avec un minimum de 2 millions de dollars pour chaque prêt indirect. Quant au prêt direct, avec un minimum de 1 million de dollars, il met en relation l’emprunteur ou ses actionnaires majoritaires avec la banque chinoise. Un projet de faisabilité est exigé.

A.W.

Sources : Eclairage, Crédit Agricole, septembre 2011, Standard Bank, Ambassade Chine, Nouakchott.

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