PME, osez l’Afrique ! (Entreprises Rhône-Alpes n°1507 – nov./Déc. 2011)

Avec des taux de croissance à faire rougir la zone euro, le continent africain commence à être regardé d’un autre oeil. Les Chinois, et plus globalement les pays émergents, l’ont compris. Avec des matières premières encore inexploitées et l’apparition d’une classe moyenne ayant envie de consommer, l’Afrique peut constituer un relais de croissance intéressant pour les PME rhônalpines. A condition de s’y intéresser.

En 2010, la région Rhône-Alpes a réalisé 6,7% de ses exportations sur le continent africain. En enlevant les pays de l’Afrique du Nord, ce pourcentage tombe à 2,9%. Soit un peu plus que les exportations vers l’Océanie (2,2%), et le Proche et le Moyen-Orient (2,6%). Et l’Afrique du

Sud, avec une progression de 31,8 % en 2010, tronque un peu les chiffres. Autant dire que le reste de l’Afrique attire encore peu les entreprises rhônalpines. Et pourtant! Avec un taux de croissance moyen de 5 % en 2010, le continent africain offre de belles opportunités. Les grands groupes, eux, l’ont déjà compris. Reste maintenant aux PME à s’y intéresser. Mais, de l’avis de plusieurs acteurs sur le terrain, « l’Afrique fait peur ».

La question de l’eau et de l’énergie. « L’Afrique est un vaste terrain vierge qui a besoin de tout », affirme Abdoulaye Kanté, directeur de l’ADEA France (Agence de Développement des Entreprises en Afrique). L’ADEA organise chaque année à Lyon le forum Eurafric autour de l’eau et l’énergie. La onzième édition, centrée sur le solaire et qui vient de se terminer, a accueilli plus de dix délégations officielles (Congo, Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Tchad, Guinée, Gabon,…).

Et pour les courtiser, plusieurs entreprises, grandes et petites, étaient présentes : Soitec, Saint-Gobain, mais aussi Tenesol, Diffuselec, etc. « Le cercle des entreprises présentes au forum s’élargit d’année en année. Nous accueillons habituellement des PME qui font de la sous-traitance dans les secteurs de l’eau et l’énergie et, de plus en plus, dans les énergies renouvelables. L’objectif principal du forum est de favoriser le transfert de technologie entre des PME européennes et des entreprises

du secteur privé africain », explique Abdoulaye Kanté qui insiste sur l’urgence de la situation : « L’Europe est le premier bailleur de fonds des pays africains mais le problème, c’est qu’elle ne s’intéresse pas à l’accompagnement de ses propres entreprises dans ces pays. Du coup, les

BRICS prennent position. Si vous regardez la liste des nouvelles constructions ou des projets dans le domaine de l’hydroélectricité en Afrique, vous verrez qu’à 90 %, ce sont des entreprises chinoises qui les réalisent. Dommage : les PME européennes, notamment celles liées à la maintenance des installations eau / énergie, ont une carte à jouer. »

Un avis partagé par Philippe Duquesnois. Il y a trois ans, il a ouvert le bureau d’Erai (Entreprises Rhône-Alpes International) au Burkina Faso, à Bobo Dioulasso, à 350 kilomètres de Ouagadougou, dans le cadre d’une coopération décentralisée avec la Région Rhône-Alpes. Depuis la région des Hauts Bassins, il rayonne sur toute l’Afrique de l’Ouest, une région qui se développe relativement bien. « On voit apparaître à Ouagadougou une classe moyenne avec des consommateurs demandeurs de services », analyse Philippe Duquesnois, en contact avec plusieurs entreprises rhônalpines de secteurs d’activités divers : « services, cosmétiques, textile, chaussures, mais aussi ingénierie ». Ainsi, le lyonnais Clasquin pourrait ouvrir une agence logistique et y créer une usine de fabrication de chaussures. Une autre PME cherche, elle, à mettre en place une filière d’huile de souchet, une huile végétale rare, pour la cosmétique.

La manne des appels d’offres. Après une mission de la CGPME Rhône-Alpes en septembre dernier, Philippe Duquesnois accueillera six entreprises rhônalpines du 12 au 15 décembre. « Aéroport international de Ouagadougou-Donsin, barrage de Samendéni, hôpitaux, Ouaga 2000, etc. De grands projets sont en cours et à venir au Burkina Faso. La ville va s’équiper. Il y a des opportunités intéressantes pour les bureaux d’études et les architectes », souligne Philippe Duquesnois qui reconnaît que « l’Afrique fait peur aux PME ». « Il faut trouver des gens sérieux, se faire accompagner et ensuite, il y a de bonnes affaires qui se font ». Et les choses pourraient aller en s’améliorant.

Dans son classement 2012 « Doing Business », la Banque Mondiale relève que la quantité de réformes engagées par les pays en développement est de plus en plus importante. En Afrique subsaharienne, un nombre record de 36 économies sur 46 ont amélioré leurs réglementations des affaires cette année. Et parmi les douze économies qui ont le plus amélioré la facilité de faire des affaires, on trouve le Maroc, la Sierra Leone, le Burundi, etc. Au niveau du classement général, Maurice est le premier pays du continent africain à la 23e place… devant la France, 29e. Maurice est suivi de l’Afrique du Sud (35e), du Rwanda (45e) et de la Tunisie (46e).

Corinne Delisle

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Interview de Marc Schneider : « L’Afrique de l’Est est très prometteuse »

Famine, guerres,… L’image qui colle à la peau de l’Afrique de l’Est reste, pour beaucoup d’entrepreneurs français, un frein. Marc Schneider, fondateur de Novafrica Developments (Villeurbanne), entend leur démontrer le contraire.

Entreprises Rhône-Alpes : Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à l’Afrique de l’Est ?

Marc Schneider : Je travaillais pour une entreprise française de négoce de matières plastiques déjà présente en Afrique de l’Ouest et qui souhaitait se développer sur l’Afrique de l’Est. Pendant huit ans, j’ai pris en charge le développement de cette région que je ne connaissais pas. Car nous, Français, nous ne nous intéressons qu’à l’Afrique de l’Ouest.

ERA : Qu’avez-vous découvert ?

MS : Une zone extrêmement prometteuse! Car même si l’Afrique de l’Est est la région la moins riche du continent, c’est elle qui, en revanche, a le mieux résisté à la crise ! La zone enregistre une croissance annuelle de 5 %. L’Afrique de l’Est a beaucoup de ressources : sa production agricole (thé, café, etc.), ses ressources minières, son tourisme. Mais les échanges avec la France restent assez marginaux. Cela prouve le peu d’intérêt que cette zone suscite ! En 2009, le Medef avait emmené une délégation de chefs d’entreprises au Kenya… Depuis, il n’a pas réussi à renouveler l’opération

ERA : Pourquoi ce désintérêt ?

MS : C’est un territoire qui fait peur ! Nous avons tous en tête des images de désolation. Et il y a aussi la peur de ne pas être payé, commune à l’ensemble de l’Afrique. Mais il y a des outils (par exemple une couverture Coface) pour cela et je n’ai jamais eu de problème de paiement. D’autres pays s’y intéressent : les BRICS sont déjà là, avec, en tête, les Chinois. Et l’image de pays surendettés n’a plus sa place : la dette publique des pays d’Afrique subsaharienne est passée de 60 % du PIB en 2003 à 29 % en 2009 selon le FMI. Du jamais vu alors qu’en Europe et aux Etat-Unis, ce chiffre est supérieur à 80 %. De plus, l’inflation est maîtrisée.

ERA : Quels pays sont les plus intéressants ?

MS : La zone de libre-échange EAC (East African Community), composée du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, est particulièrement prometteuse. Depuis la mise en place de cette zone représentant 133 millions d’habitants, les échanges à l’intérieur des pays membres ont bondi de 40%, portés notamment par les biens manufacturés. Il est même question, en 2012, d’une monnaie unique, et, en 2015, d’une intégration politique sous le modèle de la zone euro. Si le Kenya reste le pays le plus développé de cette zone grâce au tourisme, la Tanzanie, avec ses ressources minières et sa grande stabilité politique, et qui accueille aussi le siège de l’EAC, est le pays le plus prometteur de la zone. Les grandes entreprises françaises, que ce soit Areva ou Orange, l’ont déjà compris. Reste maintenant aux PME à s’y intéresser.

ERA : Quels sont les débouchés possibles pour les PME en Afrique de l’Est ?

MS : Il y a une économie très diversifiée, avec notamment une industrie forte en matière de transformation du plastique, de fabrication de peinture, de bougies, etc. En Ethiopie par exemple, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec 80 millions d’habitants, il y a de la place pour des architectes et urbanistes : la croissance est tirée par le bâtiment.

Propos recueillis par Corinne Delisle

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