Pourquoi les francophones sont à la traine (Jeune Afrique n°2659-60 du 25/12/2011)

Manque d’infrastructures, culture d’entreprise moins développée, carences de la gouvernance… Dans un dossier de huit pages, Jeune Afrique explique pourquoi les États subsahariens adeptes de la langue de Molière sont souvent distancés par leurs voisins anglophones.

Sans aucun doute l’Afrique subsaharienne francophone perd du terrain sur sa sœur anglophone, même en excluant l’Afrique du Sud. Sur les terres – plutôt dans l’ouest du continent – où fleurit la langue de Molière, c’est la langueur qui domine; de Dakar à Yaoundé et Kinshasa, on rêve d’émigration. Sur les terres – plutôt dans l’Est – où règne celle de Shakespeare, l’activité est trépidante; d’Accra à Lagos et Nairobi, on fourmille de projets et on règle ses factures d’un clic ou par téléphone. Pour mesurer ce décalage, laissons de côté la corruption et les conflits ethniques, des fléaux aussi répandus dans l’une de ces deux Afrique que dans l’autre. Oublions l’exception d’un Zimbabwe longtemps à la dérive où les folies économiques d’un pouvoir autocratique avaient déchaîné une inflation de 200.000.000 %. Et tournons-nous vers les chiffres globaux. Ils sont implacables.

Les pays francophones pèsent 19 % du produit intérieur brut moyen de l’Afrique subsaharienne, quand les anglophones en représentent 47% (hors Afrique du Sud). Les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à dominante francophone, croissent à la cadence de 3,4% en moyenne par an depuis dix ans, et ceux de la Communauté d’Afrique de I’Est (EAC), à dominante anglophone, à 5,4%.

Selon le classement du rapport « Doing Business » de la Banque mondiale, qui mesure la qualité de l’environnement des affaires, les Africains anglophones sont plus favorisés que leurs frères franco- phones : il leur est plus facile de créer des entreprises de dédouaner leurs importations et d’obtenir le  paiement de leurs créances. Les communications téléphoniques coûtent au Bénin quatre cents fois plus cher qu’au Ghana.

En ce qui concerne le développement humain, sept des dix pays les plus mal classés (sur 187) par le programme des Nations unies pour le développement(Pnud) sont des États africains francophones et l’on retrouve trois d’entre eux aux trois dernières places: le Burundi, le Niger et la RD Congo.

Irrémédiable ? Le développement dépend d’une foule de facteurs; le non-développement aussi. Cinq experts de l’Afrique ont accepté de séparer l’important de l’accessoire, de distinguer les freins  institutionnels des pesanteurs culturelles et d’analyser les mauvaises habitudes à la lumière des questions monétaires, ou géo- politiques afin de répondre à ces lancinantes questions: d’où vient ce handicap? Est-il irrémédiable?

Pour Jean-Michel Severino, gérant du fonds Investisseur et Partenaire pour le développement’ consacré aux PME africaines, et ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD), ce sont les conflits qui ont plombé l’Afrique francophone. « Deux de ses grands pays la RD Congo et la Côte d’Ivoire, ont connu au cours de la dernière décennie des troubles majeurs qui ont affecté le développement de toute la zone alors que celle-ci avait connu depuis les indépendances une progression comparable à celle des pays anglophones. »

Le franc CFA lui semble aussi avoir été un fardeau, bien qu’il ait mieux contenu l’inflation que les monnaies non alignées sur l’euro. « Durant la dernière décennie, le franc CFA a été fort, souligne l’ancien directeur général de I’AFD, et on peut imaginer que les pays aux monnaies flottantes se sont mieux adaptés que ceux utilisant cette monnaie commune. Mais s’il a défavorisé les exportations, ce n’est pas tant le niveau du franc CFA que son régime qui est en cause, car celui-ci induit une évolution monétaire déconnectée de la conjoncture africaine. Il faudra que les responsables africains réfléchissent sereinement aux bons mécanismes à lui substituer, mais qui ne devront ni mettre fin à l’union monétaire régionale ni couper totalement les liens entre l’euro et le franc CFA. »

Dernière explication, pour Jean-Michel Severino : les infrastructures, plus déficientes en terre francophone. « Je suis frappé de voir que dans le domaine de l’énergie, de l’eau ou des transports les politiques ont été plus conservatrices en matière de tarifs, explique-t-il. Cela a généré un déficit en infrastructures – aveuglant dans le cas du Cameroun ou du Sénégal – qui a un impact fort sur le développement. »

Thierry Tanoh, vice-président pour l’Afrique subsaharienne de la Société financière internationale (SFI, du groupe Banque mondiale), le rejoint sur ce point: les infrastructures sont, avec la taille des marchés, les deux grandes faiblesses des pays francophones. Des carences qu’il illustre par des anecdotes: « La patronne d’une entreprise agro-alimentaire du Niger se désespère, raconte-t-il, parce qu’elle a atteint son plein développement sur son marché national limité et qu’il lui est impossible d’exporter les produits qu’elle serait en mesure de fournir en raison des obstacles réglementaires et des coûts de transport. » Autre exemple, ce transporteur de cacao, habitant lui aussi un pays francophone, lui aussi désespéré:  « Normalement un camion s’amortit sur trois ans, rappelle Thierry Tanoh. En raison du très mauvais état des routes dans son pays, son matériel est hors d’usage en un an. Il y a de quoi décourager les investisseurs qui visent évidemment le moindre risque. »

Travailler ensemble. Les pays francophones sont trop petits et trop peu peuplés. Si l’on exclut la RD Congo il faut reconnaître que les grands pays africains sont anglophones ou  lusophones, poursuit-il. L’intégration des marchés est donc la seule solution pour compenser ce handicap. Or si les organisations intégratrices sont nombreuses dans la zone francophone, en réalité ce sont les anglophones, avec la SADC [Communauté de développement de l’Afrique australe, NDLR] et I’EAC, qui sont les plus actifs pour regrouper leurs forces, alors qu’ils n’ont pas la même monnaie ! »

Pour Anthony Bouthelier président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), si les entreprises hexagonales mettent le cap sur les pays anglophones, comme Lafarge ou L’Oréal, c’est aussi parce que « la régionalisation des marchés fonctionne plutôt mieux que dans l’ouest du continent ». « Le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, le Mozambique donnent l’impression de vouloir travailler ensemble », ajoute-t-il. Mais pour lui, la psychologie collective compte aussi: « Les pays de culture anglo-saxonne sont plus orientés vers les affaires et l’esprit d’entreprise; leurs habitants ont moins envie de devenir fonctionnaires que les Africains de culture française. »

C’est aussi ce que relève Serge Michailof, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, et ancien de la Banque mondiale et de I’AFD. Assurément, dit-il, « la formation des élites dans les pays anglophones, en particulier des élites administratives, y est pour quelque chose, puisqu’on y inculque la conviction que le business privé est essentiel pour le processus de développement. La formation dispensée par des enseignants très gauchisants en France ne va pas du tout dans le même sens… »

Serge Michailof ajoute que « le franc CFA surévalué a joué un rôle très négatif, mais c’est surtout son caractère déresponsabilisant qui a été nuisible, car il est piloté par l’ancienne puissance coloniale ».

Shanta Devarajan, économiste en chef pour l’Afrique à la Banque mondiale, est plus nuancé. Il estime que l’écart entre ces deux blocs linguistiques est « moins fort qu’on ne le dit » et que les pays anglophones ont connu eux aussi des années difficiles. Parmi les causes de la langueur francophone, il pointe d’abord le fait que les pays de l’Ouest « disposent d’importantes ressources naturelles, richesse qui est corrélée avec leur fragilité née de la multiplication des conflits, plus graves qu’en Afrique de l’Est ». Mais ces conflits ne concernent pas que les pays francophones: la Sierra Leone et le Liberia, notamment, ont été ravagés par les combats.

Système opaque. Shanta Devarajan incrimine surtout le mode de financement des États. « Dans les pays de l’Ouest africain où la rente générée par les produits de base minéraliers et énergétiques est omniprésente, l’argent ne passe pas par les citoyens, mais va directement des sociétés minières et pétrolières vers les gouvernements, explique-t-il. Ce processus procure bien des occasions de « capture » de cette rente dans un système très opaque. Il n’implique pas les populations qui ne paient pas d’impôts, faute de revenus, et qui sont donc peu soucieuses du bon emploi des deniers publics. » L’argent serait moins facile en terre anglophone, ce qui expliquerait non seulement une moindre gravité des conflits, mais aussi un contrôle réel des gouvernants, deux facteurs d’efficacité macroéconomique.

Enfin, Shanta Devarajan souligne que les francophones sont plus souvent enclavés que les anglophones et qu’il leur en coûte donc plus pour commercer en raison des insuffisances criantes des infrastructures. « Le port de Lomé ne fonctionne pas correctement et ce sont les pays de l’hinterland qu’il dessert qui en paient le prix fort, dit-il. Les pays les plus dynamiques en Afrique sont des pays côtiers. »

Si l’on résume ces analyses, on découvre sans surprise que les causes du retard de l’Afrique francophone sont connues de longue date et que leurs remèdes figurent dans les refrains serinés par les organismes multilatéraux pour accélérer le développement d’un continent longtemps laissé à l’écart.

Évidemment, le franc CFA est un problème. Certes, il sert de ciment aux francophones, mais on constate – comme dans le cas de l’euro – qu’une monnaie sans gouvernance ni vision commune peut se révéler un handicap, surtout quand elle est pilotée depuis Paris.

L’exemple des pays d’Afrique de l’Est, vastes et peuplés, démontre que les investissements et la richesse se dirigent là où les consommateurs sont nombreux. Pour l’Afrique de l’Ouest, cela implique d’aller au-delà de la simple suppression des frontières et de déboucher sur une intégration des politiques budgétaires, tâche héroïque que l’Europe elle-même a beaucoup de mal à mener à bien. C’est pourquoi l’on écoutera le commissaire européen Michel Barnier, qui a appelé, le 15 décembre à Genève, « le continent immense qu’est l’Afrique à organiser et à mutualiser ses marchés pour qu’ils deviennent des marchés communs ». Un conseil de connaisseur.

On ne s’étonnera pas que la quête de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption se retrouvent en tête des remèdes que l’Afrique francophone a intérêt à appliquer pour éviter que ses matières premières ne se changent en malédictions économiques et politiques. La rente doit être d’appropriation publique et contrôlée par les citoyens.

Tentations de l’assistanat. On ne rappellera jamais assez que les insuffisances des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et énergétiques étranglent la croissance, en Afrique francophone plus qu’ailleurs. C’est vers elle que doivent se diriger en priorité les 31 milliards de dollars (près de 24 milliards d’euros) supplémentaires dont aurait besoin chaque année l’Afrique subsaharienne, selon une étude de la Banque Mondiale, pour mette ses infrastructures au niveau de ses besoins.

Reste l’éducation. C’est elle qui peut promouvoir l’esprit d’entreprise et chasser les tentations de l’assistanat. C’est elle qui donnera aux classes moyennes en cours d’émergence à Dakar, Lomé ou Brazzaville l’envie de créer de la vraie richesse – et non de subir la misère – et les outils pour le faire.

Les Africains francophones n’ont pas encore perdu, à condition que leurs gouvernants, leurs banques, leurs enseignants et leurs élites jouent le jeu de l’ouverture et de la modernité. Banal, donc faisable.

Alain Faujas

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Gouvernance : chacun ses points forts

Sur le terrain des affaires, les pays proches des Anglo-saxons ont une nette avance. Dans le domaine politique, la lutte est plus serrée.

En matière de corruption, les pays anglophones ne se distinguent guère des francophones: le dernier classement de I’ONG Transparency International loge la majorité des Subsahariens à la même mauvaise enseigne. Parmi les États montrés du doigt, on trouve des adeptes de la langue de Molière (Burundi, RD Congo Tchad, Guinée) comme de celle de Shakespeare (Soudan, Zimbabwe) ou de Cervantès (Guinée équatoriale). Et parmi tes quelques bons élèves, un anglophone, le Botswana (32é  sur 182), mais aussi un lusophone, le Cap-Vert(41è) et un adepte du multilinguisme comme le Rwanda (49è).

Quand il s’agit de gouvernance économique, en revanche, les différences apparaissent nettement. Cinq des six dernières places du classement « Doing Business » 2012, établi par la Banque mondiale, sont occupées par des pays francophones: le Tchad, la République centrafricaine, le Congo, la Guinée et la RD Congo. Ses détracteurs dénoncent l’inspiration libérale anglo-saxonne du classement ; reste qu’il prend en compte des critères peu contestables, la facilité à créer une entreprise et les pratiques concurrentielles.

Mais si des pays comme le Rwanda ou le Liberia proches des Anglo-Saxons, ont choisi la voie de l’ouverture économique, les francophones se distinguent par leur participation à des démarches mettant en avant le rôle de coordinateur de l’État. Ainsi, parmi les 21 pays africains suivant les démarches de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE, qui vise la publication par les autorités et les entreprises des revenus tirés du sous-sol), 14 sont francophones.

Et sur le plan démocratique, les différences s’observent plutôt à l’échelle régionale que linguistique. Avec la vague d’alternance en Afrique de l’Ouest, la longévité moyenne des chefs d’État de la région est tombée à 6 ans… contre 11,5 ans en Afrique de l’Est et 14,5 ans en Afrique Centrale. La langue ne fait rien à l’Affaire.

Christophe Bec

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Bourse : le fossé

Les places financières de la zone franc peinent à exister face à leurs concurrentes régionales. La faute à des blocages culturels, mais aussi à un manque de volonté politique.

Nairobi Lagos, Gaborone (Botswana), ou encore Accra: en zone subsaharienne (hors Afrique du Sud), les Bourses des pays anglophones comptent plus de sociétés cotées, affichent de plus fortes capitalisations et attirent plus d’investisseurs étrangers que les places francophones, bien plus étroites et peu animées. À la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM, basée à Abidjan), qui regroupe pourtant les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest- africaine (UEMOA), les introductions sont rares et les volumes échangés bien maigres. La situation n’est guère plus brillante au Douala Stock Exchange et encore moins à la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC, basée à Libreville), sauvée de justesse de la fermeture cette année grâce à une recapitalisation de 3 milliards de F CFA (4,6 millions d’euros).

Si ces problèmes de visibilité ne sont pas l’apanage des Bourses francophones, comme les experts le reconnaissent, c’est en revanche pour elles qu’ils se posent avec le plus d’acuité. Lorsqu’à la BRVM la valeur des transactions atteint à peine le million de dollars par jour (environ 765.000 euros), elle approche 5 millions de dollars à Nairobi. Et tandis qu’on compte 80 transactions par jour à Abidjan, on en recense 150 à Accra et près de 3000 à Nairobi.

D’après Cyrille Nkontchou, le fondateur de la plateforme financière et boursière Liquid Africa, consacrée aux marchés africains, la première raison de ce décalage est « d’ordre culturel ». Il n’est pas dans la mentalité des chefs d’entreprise et des épargnants des pays francophones de se rendre sur les places financières pour se financer ou y investir. De fait, quand 217 sociétés sont cotées à Lagos et 55 à Nairobi, on n’en dénombre que 39 à Abidjan (en majorité des filiales de groupes étrangers), 3 à Douala et… aucune à Libreville (seul le marché obligataire y est développé).

Mais au-delà de l’aspect culturel, « il manque une réelle volonté politique »  en Afrique francophone, affirme un économiste de la Banque Africaine de Développement (BAD). « La Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan, ajoute-t-il, a été créée en misant sur les privatisations dans la sous-région. Et il n’y a pas eu de réelle stratégie pour inciter les entreprises à y recourir. »

Les PME oubliées. « La BRVM est la seule Bourse en Afrique qui ne dispose pas de compartiment destiné aux PME », souligne Samuel Maréchal, PDG de Maréchal & Associés Finance, un cabinet qui a piloté l’introduction de Pétro Ivoire (Côte d’Ivoire) et de Money Express (Sénégal) sur la place parisienne, en septembre et en octobre. Annoncé depuis 2008, le projet de création d’un marché moins réglementé destiné aux PME-PMI peine à se concrétiser face aux hésitations du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), régulateur de la BRVM.

Pour ne rien arranger, ce dernier tente d’instaurer une nouvelle règle obligeant les sociétés à se faire noter par une agence avant toute entrée en Bourse. Objectif : rassurer les investisseurs. « Si une telle règle peut se justifier pour les émissions obligataires des États, elle découragera les entreprises et provoquera même la sortie de celles qui sont déjà cotées, redoute-t-on à la direction de la BRVM. Pendant ce temps, au Ghana, les autorités ont signé un accord avec Fidelity Capital Partners, un fonds de capital-risque qui gère un portefeuille de près de 32 millions de dollars en Afrique de l’Ouest, pour promouvoir les PME et leur future cotation.

Stéphane Ballong

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Entreprises : toutes à la conquête du continent

De moins en moins timides, les sociétés francophones élaborent des stratégies internationales. Mais elles partent avec du retard. Profitant de leurs marchés plus vastes, les nigérianes et les kényanes dominent.

Que les géants de l’économie sud-africaine ou ceux situés dans le nord du continent soient exclus n’y  change rien. La bagarre au sommet entre les champions francophones, anglophones et même lusophones oppose toujours les acteurs des mêmes secteurs. L’angolais Sonangol, le nigérian Oando, la Société ivoirienne de raffinage (SIR), le kényan KenolKobil ou encore les camerounais Société nationale des hydrocarbures et Sonara le démontrent : les groupes pétroliers dominent de la tête et des épaules le classement des premières entreprises africaines. La présence aux avant-postes de miniers, comme le zambien Konkola Copper Mines ou le gabonais Comilog, confirme la suprématie des industries extractives.

Et ce sont toujours des mêmes activités que viennent les outsiders: télécoms – MTN Nigeria, Sonatel (Sénégal), Safaricom (Kenya) -, matériaux de construction – Dangote Cement (le nigérian est le numéro un africain), Bamburi Cement (Kenya) -, agroalimentaire – Flour Mills of Nigeria, Sifca (Côte d’Ivoire) et transport aérien – Kenya Airways, Ethiopian Airlines.

Ces champions font partie des 500 plus grandes entreprises du continent (voir le hors-série de Jeune Afrique « Les 500 Premières entreprises africaines »). Mis à part Sonangol (qui se classe deuxième derrière l’algérien Sonatrach, avec un chiffre d’affaires de 16,8 milliards d’euros), ils ont affiché en 2010 un chiffre d’affaires (CA) compris entre près de 570 millions d’euros pour Sifca et 3,8 milliards d’euros  pour NTM Nigeria.

Consommation. L’écart de revenus entre Sifca et MTN Nigeria reflète la large domination des grands groupes anglophones. À commencer par ceux venus du Nigeria et du Kenya, les deux principaux marchés. Les entreprises nigérianes peuvent miser sur le dynamisme de la plus grande économie d’Afrique de l’Ouest avec près de 160 millions d’habitants. Au troisième trimestre 2010, le commerce de gros et de détail a ainsi ajouté 2 points de croissance au PIB (7,4% pour le trimestre, contre 8,4% pour l’ensemble de l’année 2010).

Avec trois principales sociétés, cotées à Lagos, dans le raffinage et la distribution de sucre (Dangote Sugar), la fabrication de farine et de pâtes (Dangote Flour Mills) et le ciment (Dangote Cement), Aliko Dangote, première fortune d’Afrique, a ainsi basé sa réussite sur des produits de consommation courante – et subventionnés – dont les ventes ont été boostées par la hausse du pouvoir d’achat. Selon le National Bureau of Statistics, le revenu par habitant a doublé entre 2004 et 2010.

Pionnier. À une échelle moindre, le Kenya (environ 40 millions d’habitants) domine l’Afrique de l’Est. Malgré une inflation à deux chiffres, les entreprises du pays bénéficient de son retour à la croissance depuis 2010. Le tourisme, les services financiers, les télécommunications et l’immobilier sont les secteurs les plus dynamiques.

La poussée de la consommation bénéficie au leader national des télécoms, Safaricom, qui s’est taillé une réputation internationale de pionnier dans le transfert d’argent à partir d’un mobile (avec son service M-Pesa). Si le groupe, détenu à 40% par le britannique Vodafone, subit la guerre des prix lancée par son concurrent indien Bharti Airtel, il se développe en misant sur les services à valeur ajoutée (échanges de données, SMS, services financiers), qui représentent 31,7% de son CA pour le semestre clos au 30 septembre, contre 25,2% sur la même période en 2010.

Parmi les 50 premiers groupes de la sous-région, on compte 27 kényans, avec KenolKobil, Safaricom et Kenya Airways sur le podium. Mais ceux-ci ne se cantonnent pas dans leurs frontières. KenolKobil se place chez les nouveaux producteurs de pétrole voisins: après l’Ouganda et le Rwanda, il s’implantera bientôt au Soudan du Sud. Omniprésente dans le ciel africain, Kenya Airways possède un relais dans la sous-région avec la compagnie tanzanienne Precision-Air dont le CA a été multiplié par 1,5 entre 2008 et 2010 (56,6 millions d’euros). Moins connus, le brasseur East African Breweries ou les supermarchés Nakumatt se sont implantés dans presque tous les pays d’Afrique de l’Est.

Morcelé. Dans l’Ouest, les entreprises francophones sont confrontées à un paysage plus morcelé. Pas de grands marchés comme le Nigéria ou le Kenya, mais de petits Etats. C’est l’un des principaux freins au développement des entreprises, qui les pousse à sortir de leurs bases.

Fort d’une part de marché de 61 % au Sénégal, l’opérateur historique Sonatel s’est imposé comme un acteur majeur des télécoms en Afrique de l’Ouest. Numéro un au Mali, avec 69% de parts de marché, la filiale de France Télécom (42,3% du capital) est également présente en Guinée et en Guinée-Bissau. Le Niger pourrait être une nouvelle destination. Une stratégie d’internationalisation qui n’entame pas les résultats du groupe Sonatel, avec un chiffre d’affaires record en 2010 (913 millions d’euros) et une marge opérationnelle (Ebitda) de 54%.

Volonté identique pour le premier groupe privé ivoirien, qui réalise encore85 % de son activité dans son pays. Après la crise, Sifca reprend son offensive en Afrique de I’Ouest, notamment dans l’hévéa et l’huile de palme. En2011, le groupe devrait atteindre une production de 88.000 t de sucre, 260.000 t d’huile de palme et  140.000 t de caoutchouc sec. Pour diversifier ses approvisionnements, il n’hésite pas poser des jalons en terre anglophone, au Ghana, au Liberia et au Nigeria. Sa filiale libérienne, qui a plus que triplé la surface de ses plantations d’hévéa, s’est engagée à construire une usine de caoutchouc et à investir 25 millions d’euros sur les dix prochaines années. Étapes suivantes: la Guinée et le Sénégal. Mais il en faudra plus pour concurrencer les géants anglophones.

Jean-Michel Meyer

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