Infrastructures : que la lumière soit! (Jeune Afrique n°2662 du 15/01/2012)

Les besoins sont énormes, mais des solutions existent. Partout sur le continent, les réalisations se concrétisent. Florilège.

Est-il nécessaire de rappeler les besoins criants du continent en matière d’énergie, et en particulier d’électricité ? Non que les choses n’avancent pas, même lentement, mais la demande galope plus vite que l’offre. Les routes se construisent – des autoroutes, même ! -, les malls poussent comme des champignons : jamais l’Afrique n’a accueilli autant d’investissements… Et pourtant, la tâche reste immense. Sa capacité installée de 114 gigawatts équivaut à celle de l’Allemagne. Différence de taille: la première compte t milliard d’habitants, quand la seconde en abrite 82 millions… L’Afrique du Sud et l’Égypte représentent à elles seules 65% de ce total.

Alors que le continent devrait dépenser annuellement 40 milliards de dollars (31 milliards d’euros) pour le secteur, seuls 11,6 milliards de dollars y sont consacrés. Les délestages sont monnaie courante et l’électricité reste un objectif très lointain pour les ruraux: 12% d’entre eux seulement peuvent s’éclairer par simple pression d’un interrupteur. Que dire en outre des entreprises qui doivent ajouter à leurs charges de fonctionnement de coûteux moyens de production? De quoi par exemple grever l’économie sénégalaise de quelque 100 milliards de F CFA (152 millions d’euros) par an. Le Sénégal a même frôlé le cataclysme social en juin dernier  tant la population était fatiguée d’être privée d’un service qu’elle paie pourtant une fortune. Le plan Takkal, lancé en février dernier par le ministre de l’Énergie, Karim Wade, et qui mobilise près de 1 milliard d’euros, est déjà vigoureusement contesté, car jugé coûteux et de trop court terme.

Il y a cependant des raisons d’espérer. Le Maghreb mise ainsi sur les énergies renouvelables. Le Maroc et l’Algérie viennent ainsi d’intégrer l’ambitieux plan Desertec. Objectif : produire de l’électricité via l’énergie solaire, en exporter une partie en Europe, tout en s’approvisionnant au passage. Si les énergies renouvelables sont souvent décriées, ce modèle de développement énergétique est défendu par nombre d’institutions, dont la Banque Africaine de Développement (BAD). L’argument repose sur un principe simple : les pays qui ne possèdent pas d’hydrocarbures (Sénégal, Maroc, Côte d’Ivoire, Guinée, etc.) ont tout intérêt à décorréler leur économie du cours du brent (aujourd’hui au-dessus de 100 dollars). Pour les autres, l’utilisation efficace de leurs ressources (notamment du gaz issu des champs de pétrole) doit enfin devenir une réalité.

Michael Pauron

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Maghreb : Desertec, un géant venu d’Europe

Lancé par les allemands, le projet Desertec prévoit l’installation de grandes centrales solaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, dont une partie de la production répondrait à 15% des besoins énergétiques de l’Europe d’ici à 2050. Le coût du projet est estimé à 400 milliards d’euros. La centrale à concentration de Ouarzazate, qui verra le jour cette année au Maroc, est la première concrétisation de ce projet démesuré.

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Neuf des plus grands chantiers africains

1. Algérie : centrale hybride à Hassi R’mel

La centrale solaire-gaz de Hassi R’mel – un investissement de 350 millions d’euros – est la deuxième du genre au monde. Mise en service le 13 juillet, construite par New Energy Algeria et l’espagnol Abener, elle a une capacité de 120 MW à partir de gaz et de 30 MW à partir d’énergie solaire. Elle s’intègre dans le Plan solaire de 2000 MW de l’Algérie.

2. Maroc : un pas de plus sous le soleil

Avec l’octroi, fin novembre 2011, d’un prêt de 297 millions de dollars (219 millions d’euros) par la Banque mondiale, le royaume fait un pas de plus dans son Plan solaire initié en 2009 (2000 MW en 2020). D’une superficie de 3040 ha et d’une capacité finale de 500 MW la centrale à concentration de Ouarzazate devrait voir posée sa première pierre durant ce trimestre.

3. Burkina Faso : le plus grand parc solaire d’Afrique de l’Ouest

Le Burkina Faso est entré dans l’Histoire avec le lancement du plus grand parc solaire d’Afrique de l’Ouest. D’un coût estimé à 90 millions de dollars (70,7 millions d’euros), le projet a reçu fin novembre le soutien de l’Union Européenne pour un montant de 35 millions de dollars, Le parc de Zagtouli comptera 96.000 panneaux photovoltaïques sur 35 ha.

4. Côte d’Ivoire : peut-être la fin des délestages

La centrale thermique d’Azito connaîtra d’ici à 2013 un renforcement de sa capacité de 150 MW (contrat attribué au coréen Hyundai allié à l’américain General Electric) et atteindra au total 450 MW grâce à trois turbines à gaz. L’investissement, de 308 millions d’euros, sera assuré par la Société Financière Internationale (SFI, Banque Mondiale) d’une part et par les partenaires d’Azito Énergie, l’entreprise qui opère l’usine, d’autre part. Azito lll devrait permettre d’alimenter aussi le Burkina Faso et le Mali.

5. Nigeria : pleine puissance

Le gouvernement nigérian s’est engagé à investir 1,5 milliard de nairas (7 millions d’euros) pour réparer l’unité 6 de la centrale thermique d’Egbin, dans la banlieue de Lagos. Malgré son potentiel de 1200 MW, cette usine n’atteint actuellement que 1000 MW.

6. Tchad : dans les temps

Première pierre posée en mars 2011, équipements reçus en juillet, démarrage des essais en janvier 2012… La centrale thermique de 60 MW (à laquelle s’ajoutent une boucle de 90 kV à N’Djamena et des réseaux de distribution) a été livrée dans les délais. D’un coût de 145 millions d’euros, l’usine sera « renforcée au fur et à mesure de l’extension de la ville », a indiqué le directeur général de la Société nationale d’électricité, Abakar Moussa.

7. Éthiopie : partage des eaux

La dispute entre l’Égypte et t’Éthiopie pour le partage des eaux du Nil bleu n’a pas freiné Addis-Abeba: le barrage du Millénaire, l’un des dix plus importants au monde, sera édifié. D’une puissance de 5250 MW et d’un coût de 3,35 milliards d’euros, long de 5 km et haut de 50 m, il a vu sa construction démarrer en avril 2011, La production devrait débuter en 2014.

8. Kenya : Nairobi mise sur la géothermie

Déjà premier producteur d’énergie géothermique d’Afrique avec 210 MW, le Kenya, avec un potentiel de 7000 MW, compte atteindre quelque 5000 MW d’ici à 2030. Nairobi et la Geothermal Development Company (publique) estiment que 20 milliards de dollars (15,7 milliards d’euros) sont nécessaires.

9. RD Congo : Inga attend son troisième barrage

lnga lll, troisième barrage – au potentiel de 5000 MW – du projet Grand lnga, sera l’un des plus larges édifices hydroélectriques d’Afrique. Son financement, estimé entre 8 et 10 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros), n’est pas bouclé, mais un protocole d’accord a été signé en novembre 2011 avec l’Afrique du Sud et la société Eskom. Le pays veut débuter les travaux en 2014.

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