Londres : forte demande des devises africaines par les investisseurs étrangers (Les Afriques n°187 du 26/01/2012)

Les investisseurs étrangers s’intéressent de plus en plus aux monnaies africaines. Un phénomène inédit qui voit le rand, devise sud-africaine, faire l’objet de 10 milliards de dollars de transactions par jour. La livre égyptienne, le shilling kenyan et le naira nigérian ne sont pas en reste. Analyse.

Le rush sur les devises africaines concerne en premier lieu la plus forte économie du continent, l’Afrique du sud qui domine le marché des changes africains. L’intérêt pour le rand se traduit chaque jour par des transactions journalières en rands de l’ordre de dix milliards de dollars. Et selon Paul Wallace, analyse financier spécialiste des économies africaines, aucune autre devise africaine ne se rapproche de cette performance, même pas l’Egypte avec ses 200 à 400 millions de dollars de transactions journalières. Suivent ensuite le Kenya et le Nigéria avec des montants variant entre 100 et 200 millions de dollars.

Egalement parmi les devises africaines les plus recherchées, l’on retrouve aux côtés du naira nigérian, le cedi ghanéen et le Kwacha zambien. En fait, cela n’est pas une surprise, dans la mesure où il s’agit là de quelques-unes des économies les plus performantes du continent.

Il faut cependant signaler que cet intérêt pour les devises africaines provient essentiellement des compagnies impliquées dans l’investissement direct étranger sur le continent. Ces entreprises et sociétés ont été attirées par les marchés de consommateurs encore inexploités, et aussi par la vigueur et la croissance de la classe moyenne.

Pour le cas du Ghana par exemple, le taux de change du cedi est resté constant face au dollar. Les gouvernements africains ont en général libéralisés les marchés de change et de capitaux au cours de la dernière décennie. Et des pays comme le Ghana, le Kenya, le Nigéria, l’Ouganda et la Zambie, ont tous des devises librement convertibles.

Favoriser une approche prudente. Les banquiers spécialistes de l’Afrique estiment cependant qu’il ne faudrait pas libéraliser aveuglément les marchés de change et de capitaux. Dans le cas de la Tanzanie par exemple, les investisseurs s’apprêtent à se positionner sur ce pays, à cause de sa forte croissance et de la récente découverte dans le pays de gaz naturel. Les réserves sont si importantes que le pays pourrait être l’un des plus importants exportateurs de gaz dans le monde très bientôt. Mais ce pays impose plus de restrictions sur l’achat de sa devise comparé aux autres pays de la région comme le Kenya et l’Ouganda. Mais pour certains économistes, ce serait là l’approche idéale qui protégerait le pays contre un afflux rapide de capitaux qui pourraient emballer l’économie locale.

L’Angola, un coffre-fort bien à l’abri ? Mais le pays africain que les investisseurs étrangers voudraient voir s’ouvrir un peu plus est l’Angola. Son économie est propulsée par une production pétrolière de deux millions de barils par jour, ce qui en fait l’un des plus grands producteurs africains de pétrole aux côtés du Nigeria. Seulement, Luanda ne dispose toujours pas de Bourse des valeurs, à l’instar de beaucoup de pays africains. De plus, la devise nationale, le Kwanza, n’est pas librement convertible. Et malgré les promesses d’ouverture, les changements interviennent très lentement. La bourse angolaise devait être lancée en 2006, mais depuis, plus rien. L’une des raisons expliquant ce retard selon les spécialistes c’est que l’économie angolaise est fortement «dollarisée», dépendant énormément de son industrie pétrolière.

Du reste l’on s’attend à la poursuite de la croissance dans la majeure partie des pays de l’Afrique au sud du Sahara en cette année 2012. Et tout comme en 2011, les taux devraient se situer dans la fourchette de 5 à 6 % cette année. Cette croissance soutenue des économies sub-saharienne se traduira par davantage de demande sur les devises africaines, selon Paul Wallace l’un des spécialistes londoniens des économies africaines, qui prévoit que cette tendance devrait se poursuivre encore toute cette décennie…

Dave Barraud, Londres

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