Gros potentiel de croissance pour le commerce interafricain (Les Afriques n°189 du 09/02/2012)

Nombre d’observateurs oublient de souligner que le commerce entre pays africains augmente de façon très rapide, affichant des taux de croissance de 20% par an depuis 2001. L’Afrique Australe et l’Afrique de l’Ouest restent les deux locomotives du commerce interafricain.

Lorsqu’on parle de commerce africain, on a généralement tendance à se référer à son taux de croissance en forte hausse depuis 2002, au fait que sa proportion dans le commerce international double d’année en année ou à la manière dont il bénéficie des bonnes relations entre le continent et les pays du BRIC (Brésil, Inde et Chine). Cependant, et de manière fort intéressante, beaucoup oublient de souligner que le commerce entre pays africains augmente de façon fort rapide, affichant des taux de croissance de 20% par an depuis 2001.

Les exportations cumulées des pays africains, pris individuellement, vers le reste du continent ont augmenté en moyenne de 11,5% chaque année depuis 1990. Les exportations interafricaines se sont élevées à USD 40 milliards, un chiffre qu’elles ont surpassé en 2011.

A elles seules, l’Afrique australe et de l’ouest fournissent le tiers des exportations interafricaines et ce de manière constante depuis 1980. L’Afrique du Nord fournit un sixième des exportations interafricaines, également de manière constante. Par contre, l’Afrique de l’Est a vu sa part d’exportations baisser de 20% dans les années 80 à 14% récemment. Ce déclin de l’Afrique de l’Est coïncide avec un accroissement des exportations interafricaines de l’Afrique centrale, qui sont passées de 3% dans les années 80 à 10% en 2010, le taux de croissance le plus rapide de toutes les sous-régions du continent. Bien évidemment, ce sont les grosses pointures qui mènent la valse : l’Egypte en Afrique du nord, le Nigéria dans l’ouest, le Kenya dans l’est, l’Angola au centre et l’Afrique du Sud dans la sous-région méridionale. La part de l’Angola, de l’Egypte et du Nigéria dans les exportations interafricaines dans leurs sous-régions est respectivement d’au moins 38% alors qu’en Afrique australe, l’Afrique du Sud se taille la part du lion avec 80% de part d’exportations. Jusque-là, l’Afrique du Sud demeure le seul pays dont les exportations vers le reste du continent dépassent la barre des $10 milliards. La sous-région qui présente le plus grand équilibre entre les nations exportatrices est l’Afrique de l’est où les exportations du Kenya se sont chiffrées à $1,6 milliards en 2010, soit un quart des exportations de la sous-région.

Quant aux importations, près de 25% des importations totales en Afrique de l’est en 2010 sont constituées de produits africains mais ces chiffres s’élèvent à 15% pour l’Afrique de l’ouest, 12% pour l’Afrique australe et 10% pour l’Afrique centrale.

Alors que les exportations africaines vers le reste du monde sont essentiellement dominées par les hydrocarbures, il n’en va pas de même dans le commerce inter africain où les hydrocarbures ne constituent que 40% des exportations interafricaines. La majeure partie du volume des hydrocarbures produits et vendus sur le continent vont vers le Nigéria (40%), l’Algérie (15%), la Côte d’Ivoire (10%), l’Afrique du Sud (9%) et l’Egypte (5%). Il faut souligner qu’en 2010, le commerce inter africain sur les produits et appareils mécaniques, les équipements de transport, les produits chimiques et les produits alimentaires s’est chiffré à près de $4 milliards. Ce qui indique que le commerce interafricain n’est nullement dominé par les exportations d’hydrocarbures, de minerais ou d’autres matières premières, mais plutôt par les produits fabriqués localement.

De plus, le nombre de pays qui importent des biens produits en Afrique pour une valeur dépassant le milliard de dollars US ne cesse d’augmenter et surpasse à présent le nombre de pays qui exportent pour la même valeur. Ce qui signifie que l’Afrique constitue un bon marché pour les exportateurs locaux même si pour l’instant la demande pour les produits africains dépasse de loin l’offre. Un déficit que les pays Africains tentent de combler par l’importation des produits manufacturés à l’étranger, achetés avec le produit des exportations des matières premières.

Cette tendance pourrait être progressivement inversée si l’Afrique s’engage résolument sur la voie de la diversification de ses économies et de l’intégration régionale de ses marchés. Il est important que le continent s’industrialise et étende la palette de ses exportations. De plus, accroître la capacité de produire des biens manufacturés sera crucial pour accélérer l’intégration des marchés africains et booster les flux commerciaux entre pays africains et accélérer la croissance économique sur le continent.

De nombreuses estimations indiquent que l’Afrique pourrait réduire d’un tiers le gouffre économique qui la sépare des autres nations en développement, si des efforts soutenus sont consentis pour sortir certains marchés de leur isolement et s’affranchir de la dépendance des ressources naturelles.

En pratique, cependant, des obstacles majeurs à un plus grand accès aux marchés africains demeurent. D’abord, les pays africains n’ont toujours pas pu signer un accord visant à éliminer les tarifs douaniers. Ensuite, les procédures douanières ne sont toujours pas uniformisées et il serait difficile en l’état de s’assurer de l’exécution d’un accord de libre circulation des biens. S’il faut ajouter à cela un déficit en capacité, si nécessaires à la diversification de toute économie, l’on se rend bien compte qu’il faudra du temps pour remettre d’aplomb l’économie du continent.

La faiblesse des institutions africaines, l’absence d’un système et d’un réseau de transport adéquats et les coûts forts élevés de transport (près du double des prix pratiqués ailleurs dans le monde) ralentissent la croissance du commerce inter africain.

Les pays enclavés sont les plus durement touchés. Dans ces pays, les coûts de transport sont de 50% plus élevés que dans les pays côtiers. Et l’état délabré du réseau routier peut entraîner des baisses de la productivité économique pouvant aller jusqu’à 40%.

L’Afrique a besoin d’investir près de $100 milliards par an pour pouvoir remettre à neuf, entretenir et étendre ses réseaux routier, ferroviaire et portuaire ainsi que d’autres infrastructures de base afin de créer plus de connectivité et d’accéléré la diversification de ses économies, ce qui permettra la construction d’infrastructures secondaires.

Relever avec succès ces défis permettra à l’Afrique de prendre une plus grande envergure sur le plan international en ce 21ème siècle. Chaque défi constitue une superbe opportunité de changer les choses et même de légers changements pourraient bénéficier énormément au continent sur le plan économique. Le fait que tous ces défis soient liés les uns autres fera qu’en cas de changement réussi, une réaction en chaîne s’ensuivra qui permettra de soutenir la croissance économique et encourager les investissements. Une amélioration des infrastructures boostera l’intégration régionale, assainira le climat des affaires, stimulera la diversification des économies et soutiendra la croissance à travers toutes les communautés économiques du continent.

Jeremy Stevens, Économiste rattaché à l’Unité de Recherche de Standard Bank

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