Private Equity : 3 milliards de dollars investis en Afrique en 2011… ce n’est qu’un début (Les Afriques n°189 du 09/02/2012)

L’Afrique a accueilli 3 milliards de dollars d’investissements de fonds de private enquity en 2011. Un record qui sera plusieurs fois battu dans les dix prochaines années selon un sondage réalisé auprès des institutionnels gérant entre 250 millions et 10 milliards de dollars.

C’est l’Afrique du Sud et le Nigeria qui ont attiré le plus d’investissements de fonds de private equity en 2011 selon la banque d’affaires Preqin. En effet, le premier a reçu 1,86 milliards d’investissements, contre 1 milliard pour le second. Si la prépondérance du capital investissement est une donnée structurelle dans le financement des entreprises en Afrique du Sud, elle revêt un caractère exceptionnel au Nigeria en ce qui concerne l’année 2011. Durant cet exercice, un consortium conduit par African Capital Alliances y a investi 700 millions de dollars dans Union Bank. Pour Said Nazem Al Kudsi, CEO du fonds Invest AD (Abou Dhabi) cité par Business Day (organe économique sud-africain), l’attrait du continent s’explique par l’amélioration de la bonne gouvernance, une dépendance moindre par rapport aux industries extractives et l’émergence de la classe moyenne. «Ces économies périphériques seront rapidement les BRICS du futur», a-t-il ajouté. Un récent sondage réalisé par AD Invest auprès de 158 investisseurs institutionnels confirme les bonnes dispositions du monde du capital investissement pour l’Afrique.

En effet, 51% des sondés sont d’avis que le continent sera la zone la plus attractive pour le capital développement dans les dix prochaines années. Tous les investisseurs sondés ont de ce fait manifesté leurs intentions d’avoir ou d’augmenter leur exposition par rapport à l’Afrique d’ici 2016. La qualité des sondés renseigne sur la profondeur de la tendance «rush » sur l’Afrique.

Ainsi, il s’agit des fonds de pension (dont américain, étonnant quand on sait que ces derniers évitaient soigneusement le continent africain), des fonds souverains (ceux des pays du Golfe viendraient d’autant plus vite en Afrique que des dispositions sont mises en place pour la finance islamique, et des fonds de private equity. Autre caractéristique commune aux sondés, ils gèrent tous des fonds variant de 250 millions à 10 milliards de dollars. Si cet élan vers l’Afrique ne fait que se confirmer depuis 2007, il convient de le rappeler, les fonds ont encore leur lorgnette vissée sur les matières premières. Les commodités constituent en effet la source de motivation pour 43% des institutionnels interrogés. Viennent ensuite les projets d’infrastructures (38%).

Parmi les freins à l’activité, la corruption (41% des sondés) constitue le premier motif de report ou de rejet d’investissement en Afrique, en bonne compagnie avec la faiblesse des institutions (40%). L’autre écueil non négligeable constitue la faible liquidité du marché des capitaux (36%). Important quand on sait que les investissements du capital investissement dépassent rarement la moyenne des cinq années et que toute stratégie bien ficelée concerne l’entrée (l’investissement) et la sortie (désinvestissement). Parmi les grands acteurs du capital investissement en Afrique, citons African Capital Alliance, Emerging Capital Partners, Actis, Vectis, Ethos, Travant. En Afrique du Sud, les fonds qui ont le plus levé de capitaux sur la dernière décade sont par ordre et selon Business Day, Pamodzi Investment, Ethos Private Equity, Kingdom Zephyr, Absa Capital Private Equity et Brait Private Equity. Pionnier dans l’industrie du capital investissement en Afrique, les sud-africains investissent surtout dans les services. C’est le cas d’Ethos Capital qui a pris courant février 2012 une participation de 72% dans Kevro, distributeur exclusif de la marque de vêtements Barron et de plusieurs marques internationales dans le même domaine.

Autrefois exposée sur l’Asie, les britanniques marquent aussi leur intérêt pour le continent. Ainsi, la branche capital investissement de la Standard Chartered Bank, qui a acquis dernièrement 14,8% du capital (négocié à 74 millions de dollars) de Export Trading Group dispose d’une exposition de 400 millions de dollars sur le continent avec de fortes ambitions de prises de participation en Afrique francophone.

Monitoring du risque politique et due diligence. Si l’eldorado africain s’impose notamment par une grandeur mathématique froide, le TRI (Taux de rendement interne), lequel tourne en moyenne au-dessus de 25% en Afrique quand elle est seulement de 5% dans les pays d’Europe et de 15% en Asie, il n’en demeure pas moins que le continent est handicapé par son risque politique élevé. D’où le produit de couverture lancé par l’institution gouvernementale américaine, Overseas Private Investment Company (OPIC) et sensé couvrir les risques politiques encourus par les fonds de private equity en Afrique et dans les autres régions émergentes. Cependant, le monitoring du risque en Afrique ne devrait pas concerner seulement la préservation de l’investissement mais aussi la traçabilité des activités de l’investisseur. La vénérable institution britannique CDC (Commonwealth Development Corporation), fondée en 1948, qui intervient en fonds des fonds, l’a appris à ses dépens à la mi-janvier quand un navire de la société Sierra Fishing Company, détenu à 40% par le fonds britannique ManoCap suite à un investissement de 1,74 millions de dollars, a été arraisonné pour pêche illégale en Sierra Leone. Or le fonds ManoCap avait bénéficié d’un financement de 5 millions de dollars de la part de CDC. L’affaire a provoqué de l’embarras auprès des dirigeants de CDC qui savent que la pêche illégale coûte 1 milliard de dollars par an aux pays ouest africains.

Adama Wade, Casablanca

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :