L’éléphant indien et la stratégie silencieuse de la conquête de l’Afrique (Les Afriques n°196 du 05/04/2012)

Les médias s’alarment ou s’extasient régulièrement du moindre pas du président chinois Hu Jintao en Afrique. Quid donc de l’éléphant indien, qui avance sur le continent plutôt bien, les yeux ouverts, un bâillon à la bouche?

Les affaires n’aiment pas le bruit. Cette sagesse brahmanique inspire sans doute la stratégie indienne de l’Afrique qu’il convient de revisiter à l’heure où les BRICS tiennent sommet. Le commerce bilatéral entre les deux parties va atteindre bientôt 100 milliards de dollars, rappelle Craig Polkinghorne, directeur du Departement Global and Structured Trade and Commodity Finance à Standard Bank. Un montant qui avoisine le poids du commerce bilatéral sino-africain estimé à 115 milliards en 2010, année record. Le commerce entre l’Afrique et l’Inde a plus que doublé entre 2007 et 2011, passant de 25 milliards à 53,5 milliards.

«L’émergence continue de l’Afrique comme pôle de croissance et la croissance économique rapide et soutenue enregistrée par l’Inde offrent aux deux des opportunités d’étendre encore plus leurs relations commerciales,» a ajouté Mr Polkinghorne. L’appétit indien profite aux banquiers africains. Les courtiers internationaux en matières premières font de plus en plus recours aux banques africaines pour financer les opérations commerciales à un moment où la crise de l’euro et la crise des liquidités éloignent les banques internationales du financement du négoce africain.

Les centres d’intérêt d’un bon végétarien. A noter que contrairement à la Chine, l’Inde élargit son intérêt continental en dehors du pétrole & gaz et métaux, pour convoiter le secteur des services et le potentiel africain en grains. Etant le plus grand végétarien du monde, l’Inde est le plus grand producteur, consommateur et importateur mondial de grains en provenance de l’Afrique de l’Est, notamment de la Tanzanie, du Malawi et du Kenya. Des banquiers soutiennent que l’exportation des matières premières africaines vers l’Inde se ferait à de meilleures conditions logistiques, compte tenu de la proximité culturelle et géographique. La forte croissance démographique du sous-continent asiatique devrait pousser l’Inde à augmenter ses importations agricoles de l’Afrique.

John Kaninda, Johannesburg

———————————————–

«Le commerce Inde-Afrique mobilise aujourd’hui 40 milliards de dollars»

Expert facilitateur du partenariat Inde-Afrique, Pape Ndiamé Sène explique dans cet entretien exclusif accordé à Les Afriques l’impact du partenariat économique Inde-Afrique à la lumière du récent sommet organisé à New-Delhi par la confédération des industries indiennes.

Les Afriques : Quels sont les enseignements majeurs pour l’Afrique du précédent sommet de la confédération des industries indiennes, tenu à New Delhi du 18 au 20 Mars 2012.

Pape Ndiamé Sène : Je dois préciser que depuis 2005 la Confédération des industries indiennes (CII) organise un conclave à New Delhi avec la collaboration d’Exim-Bank of India, le ministère des affaires étrangères et celui du commerce, de l’industrie et des textiles. Plus de quarante pays africains ont pris part à ce conclave. Ils étaient représentés par les autorités de leurs Etats respectifs au plus haut niveau avec celles du secteur privé. Du côté indien, 360 sociétés ont marqué l’évènement de leur présence. Hormis la République Centrafricaine représentée par son Premier ministre le Professeur Faustin Archange Touadera, on notait aussi la présence du Vice-président du Zimbabwe avec plusieurs ministres africains.

LA : Pouvez-vous nous faire l’évaluation du partenariat économique Inde-Afrique ?

PNS : Cette année, l’accent a été mis, sur le financement du secteur privé (par le biais du partenariat privé indien et Africain ou privé/public). La coopération avec l’Afrique a été revisitée. Rappelons que le Gouvernement indien avait mis en place déjà en 2005 un programme d’aide aux pays africains appelé Team 9 (8 pays africains + l’Inde) avec une ligne de crédit de 500 millions de dollars pour financer des projets, puis une autre ligne de crédit avait suivi, logée à la BIDC à Lomé pour les pays de la Cedeao (financement de leurs projets dans des secteurs divers : énergie, infrastructure, logements sociaux, santé, agriculture etc.) avec un taux concessionnel. Les financements bilatéraux totalisent à ce jour 4 milliards de dollars américains répartis dans 48 pays africains. Le partenariat Afrique Inde a reçu une forte impulsion en 2011 lors du 2ème sommet Afrique-Inde qui s’est tenu à Addis Abeba. C’est au cours de ce sommet que l’honorable Premier ministre indien Manmohan Singh avait annoncé la mise en place de 5 milliards de dollars américains d’aide aux nations africaines. Par ailleurs, le commerce bilatéral entre l’Inde et l’Afrique a augmenté de 1 milliard de dollars américains en 2001 à 40 milliards de dollars à ce jour. La C.I.I. (Confédération des industries indiennes) reconnue comme une institution proactive, pilote cette synergie entre Afrique et Inde. Une mention spéciale a été décernée à l’équipe de Kausl Hendra Sinah et à son adjointe Mme Devaki.

LA : Le volume financier du commerce Inde Afrique est donc passé de 1milliard de dollars américains en 2001 à 40 milliards de dollars aujourd’hui. Qu’est ce qui explique ce grand bond en avant ?

PNS : Cette progression significative de nos relations avec l’Inde dans le secteur du commerce et des crédits s’explique par la volonté politique du gouvernement qui est sous-tendue par la philosophie des grands visionnaires de ce pays : Mohandus Karamchand Gandhi, Nehru : l’homme de Bandoeng et Rabidranath Tagore, qui disait : «the best way to corporate between people is by heart and spirit» pour dire : «La meilleure forme de coopération entre les peuples et celle basée sur l’esprit et le coeur». Toute cette philosophie est relayée aujourd’hui par une équipe gouvernementale politiquement engagée pour le développement du partenariat avec l’Afrique. Nous pouvons citer : Armand Sharma ministre de l’industrie, du commerce et des textiles et le nouveau joint-secretary (WA) : Ravi Bangar du ministère des affaires étrangères. Pour sa part, le Premier ministre Faustin Archange Touadérade de la République Centrafricaine avait signé au cours de ce conclave de New Delhi, l’accord de deux lignes de crédit de 60 millions de dollars américains (40 pour l’énergie et 20 pour le clinker).Une ligne de crédit de 29 millions de dollars américains avait été accordée, il y a 2 ans, pour la réalisation d’une cimenterie.

Propos recueillis par Mohamed Ndiaye

———————————————–

Afrique-Inde, 90 milliards de $ d’échanges à l’horizon 2015

Anand Sharma, ministre indien du commerce et de l’industrie, prévoit que le commerce entre l’Inde et l’Afrique passera de 62 milliards $ en 2011 à 90 milliards $ en 2015. Très optimiste, le ministre indien s’est ainsi exprimé à la réunion annuelle des ministres du commerce d’Afrique et d’Inde, du 17 au 20 mars, qui a vu la participation de 600 délégués africains et 500 entreprises africaines. Plus de 250 projets totalisants 30 milliards $ d’investissements ont été au menu des entretiens. Ainsi le Conseil d’affaires Inde-Afrique (India-Africa Business Council), coprésidé par Aliko Dangote, PDG de Dangote Group (Nigeria) et Sunil Bharti Mittal, président du groupe Bharti Airtel, créé pour renforcer la coopération entre l’Inde et l’Afrique dans les secteurs de la banque, de l’agriculture, de l’industrie, des produits pharmaceutiques, des mines, des nouvelles technologies, du chemin de fer, … n’a pas chômé.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :