Soudan vs Sud-Soudan : la guerre du pétrole aura lieu (Les Afriques n°197 du 12/04/2012)

Les ressortissants sud-soudanais avaient jusqu’au 8 avril pour quitter le territoire soudanais. Une décision qui illustre le fossé séparant qui sépare les deux voisins.

Il y a 9 mois le Sud-Soudan accédait à l’indépendance. Depuis, les deux pays se querellent sur des frontières mal tracées et le partage des ressources pétrolières situées au Sud avec des voies d’évacuation au Nord. De temps en temps, les deux armées en viennent aux mains. L’aviation soudanaise bombarde régulièrement des positions de son nouveau voisin, lequel réplique avec une artillerie apparemment bien équipée. Ces échanges mortels n’empêchent pas les deux voisins de se retrouver régulièrement à la table de négociations. Khartoum, qui exige 30% des recettes engendrées par le pétrole transitant sur son territoire, a mis un tour de vis supplémentaire en demandant aux 500.000 sud-soudanais vivants sur son sol de quitter avant le 8 avril. Cette décision lourde tombe suite à l’adoption d’une série de mesures contraignantes, prohibant, entre autres, la double nationalité et le retour de la Charia, comme source et lettre de la constitution. Au-delà du 8 avril, les ressortissants sud-soudanais toujours présents sur le territoire soudanais perdront leur citoyenneté du fait de l’interdiction de la double nationalité dans le pays, afin de préserver les intérêts nationaux et permettre un renouveau du Soudan.

S’ils veulent rester au Soudan, les sud soudanais devront retourner dans leur pays d’origine, renouveler leur certificat de nationalité et, au passage, acquérir un titre de résidence valable pour le Soudan. Plus facile à dire qu’à faire. L’environnement sécuritaire le long de la frontière fait rassembler tout passage à une expédition périlleuse. La reprise des combats de la semaine dernière n’était pas pour faciliter la tâche aux voyageurs. L’hypothèse d’actions déstabilisatrices émanant des faucons des deux bords n’est pas à écarter. Des membres de la classe politique et économique soudanaise, ultra-dépendants des revenus du pétrole et de l’agriculture, seraient soupçonnés de créer une instabilité sécuritaire, ethnique et démographique dans les régions fertiles et pétrolifères du nord du Sud-Soudan en armant de nouveaux «seigneurs de guerre», hostiles à l’ethnie minoritaire de Saliva Kir, afin de s’accaparer ces zones et revenus.

En outre, cette action de déstabilisation permet également de limiter le retour des Sud-Soudanais qui s’accapareraient des terres dans le nord de la nouvelle République, réduisant ainsi les possibilités de développement économique pour les prospects soudanais. Toutefois, ces manœuvres apparaissent contre-productives pour les deux Etats puisque les compagnies pétrolières étrangères, également principaux bailleurs de fonds, en sont les victimes collatérales, ce qui pose dès lors la question de la véritable responsabilité des régimes en place dans les derniers évènements, et plus spécifiquement de la place d’Omar el-Béchir. En effet, alors que les questions relatives à la délimitation des frontières, aux réfugiés, à la nationalité ou encore aux revenus pétroliers demeurent des obstacles aux négociations de paix officielles, des forces centrifuges tenteraient de s’ingérer unilatéralement dans ces problématiques afin de profiter des retombées économiques inhérentes aux zones de guerre (départ des internationaux notamment), et de l’immobilisme des relations bilatérales.

Tarek Hale, Le Caire (Source GEOS)

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