Vif intérêt britannique pour le Mozambique (Les Afriques n°197 du 12/04/2012)

La Grande Bretagne s’intéresse de plus en plus au Mozambique. Ces dernières semaines, des dossiers sur ce pays sont régulièrement présentés dans la presse britannique, pour inciter les investisseurs à s’y positionner.

Les tigres asiatiques à la traîne. «Les lions africains sont entrain de dépasser les tigres asiatiques à présent». Il n’est pas rare d’entendre cette remarque dans certains milieux financiers londoniens et ailleurs. Et pour preuve, il y a les exemples de l’Angola, du Maroc, du Kenya, de l’Ethiopie, et du Mozambique dans une certaine mesure. On pourrait d’ailleurs allonger cette liste. A peine sortie, d’un conflit armé, la Cote d’Ivoire flirte avec un taux de croissance de 5 à 8% cette année. Au Mozambique, l’an dernier, le taux de croissance annuelle était de 7,1% avec une pointe de 8,1% vers la fin de l’année. Et pour cause, on estime qu’au cours de la prochaine décennie, le Mozambique deviendra le plus grand exportateur de charbon dans le monde. A cela s’ajoute la découverte récente de deux champs massifs de gaz en offshore, qui pourrait générer plus de 250 milliards de dollars de bénéfice pour le pays dans les prochaines années.

Des portugais immigrés au Mozambique. Du coup avec la crise économique et financière européenne qui a affaibli les pays comme le Portugal ancienne puissance coloniale du Mozambique, ce sont des portugais qui viennent chercher du travail dans ce pays africain, et non l’inverse. Le consul Général du Portugal à Maputo estime que 20.000 de ses compatriotes se sont enregistrés dans ces services. Mais ce chiffre serait sous–estimé car beaucoup d’autres ne se signalent pas aux services consulaires. L’an dernier seulement 1000 nouveaux immigrés portugais sont arrivés dans le pays. Ces immigrés sont présent dans tous les secteurs: Restauration, bars, réparation automobile, équipement mécanique, mais aussi les banques, l’alimentaire et même l’agriculture. La présence portugaise est si forte que l’on craint parfois le développement d’un sentiment anti-portugais dans le pays, comme c’est parfois le cas en Europe contre les immigrés africains.

Le décollage africain. Il ne fait pas de doute que l’Afrique continue d’attirer encore plus non plus seulement des investisseurs, mais aussi des immigres européens, asiatiques et autres américains. En effet, six des dix plus importantes croissances économiques dans le monde, au cours de la dernière décennie sont africaines. Et selon des statistiques de la Banque Mondiale, l’Afrique serait à la veille d’un décollage économique tout comme la Chine il y a trente ans, ou comme l’Inde, il y a vingt ans. Et donc «Plusieurs lions africains sont entrain de dépasser les tigres asiatiques». Toutes les grandes compagnies britanniques sont déjà présentes au Mozambique ou lorgnent sur les opportunités de faire des affaires, même si beaucoup se plaignent encore de la lourdeur administrative et voire de la corruption. Des compagnies comme Cove Energy listé à la bourse de Londres, la multinationale Shell, BP, tous concourent sur le terrain contre les autres grands groupes internationaux pour se positionner sur ce marché. Les quantités de charbon, et de gaz sont si importantes que cela devrait permettre de changer totalement la destinée du Mozambique, un pays sorti de guerre il y a moins de vingt ans. Une guerre civile qui a fait un million de morts et qui a duré quinze ans. Et là où il y a du gaz, il y a généralement du pétrole. Et l’on s’attend à d’autres découvertes énergétiques encore dans le pays.

Le boom économique. Tout cela fait qu’il y a un véritable boom de l’immobilier dans le secteur de la construction. Ainsi les centres commerciaux poussent comme «des champignons», les hôtels également. Le trafic routier connait maintenant des embouteillages importants, et les meilleurs restaurants affichent souvent complets. Et régulièrement signale le journal britannique le Guardian, des délégations d’hommes d’affaires débarquent d’Australie, du Brésil, de l’Inde, de la Norvège, de la Turquie, de la Chine et bien entendu de la Grande Bretagne. Il y a même l’exemple de cette compagnie britannique Regenatec, très spécialisée dans le domaine de l’utilisation de l’énergie verte, de biocarburant dans les voitures qui s’est installée au Mozambique, et qui de là pourrait développer ses activités à travers toute l’Afrique australe.

Mais les 23 millions de mozambicains espèrent également profiter de la croissance économique de leur pays. Car l’indice de développement humain du PNUD place toujours le pays au bas de l’échelle. Il faut vite réduire cette pauvreté en investissant massivement dans l’éducation, la santé, mais aussi les infrastructures, et surtout répartir équitablement la richesse nationale. Faire de telle sorte que la majeure partie de la population puisse profiter des fruits du développement national. Et que cela ne profite pas uniquement à la classe politique ou à l’élite bourgeoise, car les statistiques montrent que la classe moyenne s’accroit au fil des ans. Il faudrait aussi investir fortement dans l’agriculture pour tirer des millions de paysans de la pauvreté. Mais tout cela ne pourra se faire qu’à coup de bonne gouvernance pour ce pays qui pourrait devenir un pays émergents et l’un des lions africains dans les années à venir.

Dave Barraud

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