Kenya Un méga-port pour acheminer le pétrole du Sud-Soudan (Les Afriques n°198 du 19/04/2012)

Le futur Port de Lamu au Kenya est au centre des enjeux stratégiques entre Nairobi, Addis-Abeba, Juba, Khartoum et Pékin. Pour cause, l’ouvrage va révolutionner la logistique portuaire en Afrique de l’Est.

L’investissement est de 18 milliards d’euros. Lancé il y a quelques semaines, le projet titanesque d’un nouveau port en eaux profondes sur l’Océan Indien positionne le Kenya en tant que voie de substitution des exportations pétrolières du Sud Soudan. En divergences avec Khartoum sur les droits de passage, Juba compte utiliser ce futur port pour exporter son pétrole. Le chantier comportera 32 quais, desservis par une autoroute, un chemin de fer et un oléoduc pour relier le port à l’Ethiopie et au Sud-Soudan. Seul hic, la position géographique du projet, à quelques encablures de l’île de Lamu classé patrimoine de l’Unesco. Le président kenyan Mwai Kibaki, qui n’est pas connu pour une sensibilité écologique, n’entend cure, obnubilé par les milliers d’emplois qui seront créés dans cette région pauvre. Son voisin éthiopien, Meles Zenawi n’en pense pas moins, dans sa volonté de diversification et de recherche stratégique d’une moindre dépendance par rapport au port de Djibouti. Salva Kiir du Sud-Soudan, qui essaie de contenir les velléités de son voisin nordique par la diplomatie et l’armée voit dans ce projet un gage d’indépendance économique. Seul Omar El Béchir en est irrité. Khartoum est très attentif à ce mégaprojet qui compte sur l’appui de la Banque Africaine de Développement et de la Chine. Pékin aurait fait des pieds et des mains pour se positionner, marquant ainsi un choix tactique dans la guerre stratégique entre Khartoum et Juba. Ce positionnement de l’empire du Milieu a surpris les pays occidentaux, attachés à l’idée, moins onéreuse, de l’extension du mythique port de Mombassa qui traite un volume annuel inférieur à 800.000 conteneurs EVP. Bête noire des opérateurs économiques, le port de Mombassa souffre d’infrastructures connexes plutôt maigres. Il faut 20 jours pour transporter un conteneur de Mombassa à Nairobi par route, presque autant que pour acheminer un conteneur entre Singapore et Mombassa. D’où tout l’intérêt du gouvernement Kenyan à investir dans ce mégaprojet à qui il ne reste plus qu’un bon business plan.

Tarek Halem, le Caire

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :