Accaparement des terres en Afrique : une bombe à fragmentation multiple (Les Afriques n°201 du 10/05/2012)

Avant la crise alimentaire de 2008, l’expansion annuelle des terres agricoles dans le monde était de 4 millions d’hectares par an. A la fin 2009, la demande d’acquisition était de 45 millions d’hectares de terres agricoles. L’institut pour la Citoyenneté, les Consommateurs et le Développement (Cicodev) tire la sonnette d’alarme.

Par accaparement des terres, l’on entend une législation foncière faible, incomplète ou méconnue. C’est aussi l’acquisition favorisée par la faible capacité des institutions de gouvernance locale ou encore un processus d’acquisition forcée qui passe la mauvaise information, l’acquisition du bail emphytéotique à des conditions de cession non transparentes et non équitables. L’extraordinaire ruée vers les terres africaines a été accélérée par la crise alimentaire de 2008, le développement des agro-carburants, la pression de certaines institutions internationales sur les Etats, la compétition des pays en développement pour attirer les investisseurs. Mais aussi par l’étendue des terres «non utilisées» dans le Sud et la disponibilité de la main d’œuvre. Avant la crise de 2008, l’expansion annuelle des terres agricoles dans le monde se faisait au rythme de 4 millions d’hectares. A la fin 2009, la demande d’acquisition des terres agricoles dépassait 45 millions d’hectares. Pourquoi une telle accélération ? Deux objectifs motivent les acteurs. Il y a la sécurité alimentaire, préoccupation de la Chine, de l’Inde, du Japon, de la Malaisie, de la Corée du Sud et du Japon. L’Egypte et la Libye d’avant la révolution partageaient les mêmes motivations. Idem pour le Bahreïn, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

Les cibles. L’autre objectif, partagé par les acteurs de la finance, consiste à voir ces terres comme des placements rentables. C’est le cas des sociétés d’investissements, des fonds de pension qui gèrent les retraites des salariés ainsi que des fonds de capital investissement à la recherche de rotation rapide de leurs capitaux. Bien évidemment, les hedge fund ont pris position sur le filon. Les pays cibles vont de l’Amérique Latine (Cuba, Mexique, Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) à l’Europe (Géorgie, Russie, Ukraine, Turquie), en passant par l’Asie (Pakistan, Inde, Philippines, Irak, Thaïlande, Birmanie, Laos), l’Océanie (Australie) et l’Afrique. Dans notre continent, 17 pays sont particulièrement ciblés. Il s’agit de l’Egypte, du Cameroun, du Mozambique, de la Tanzanie, de l’Ouganda, de la RDC, du Zimbabwe, de la Somalie, du Maroc, du Liberia, du Sénégal, de la Sierra Leone, de l’Ethiopie, de l’Erythrée, du Mali et du Soudan, liste non exhaustive à cause de l’opacité qui entoure ce type d’investissements.

Sur les 45 millions de terres agricoles objets de demande d’acquisition en 2009, environ 70% sont en Afrique. Déjà, 21% de cette demande sont déjà opérationnels. La majorité des investissements est orientée vers l’exportation. Or, l’Afrique ne peut se contenter d’être une mère porteuse pour les autres continents. Le continent doit être une mère nourricière d’abord pour ses enfants. Pour freiner ces logiques anti-développement, il est indispensable de créer une vaste alliance entre les organisations de producteurs, de consommateurs, des organisations de droits de l’homme, des partis politiques et des médias.

Amadou C. Kanouté, Directeur exécutif de CICODEV Africa

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