Banques : bientôt la cour des grands (Jeune Afrique n°2680 du 20/05/2012)

Profitant de la croissance soutenue de la zone subsaharienne, les établissements africains continuent à afficher de bons résultats. Reste à améliorer leur gestion du risque pour se hisser définitivement au niveau de leurs concurrents internationaux.

« L’exercice 2011 aura été le meilleur que le groupe BGFI Bank ait jamais réalisé. » Fin février, lorsque Henri-Claude Oyima commentait en ces termes les résultats records de son groupe (un produit net bancaire – PNB – en hausse de 55%, à 195 millions d’euros), il ouvrait le bal d’une série d’annonces similaires par ses confrères subsahariens. Dans la foulée, Ecobank, dont le siège est installé à Lomé, au Togo, a ainsi publié au titre de la même année un PNB de 923,2 millions d’euros (+ 32,9 %) et un bénéfice net en hausse de 56,9% à 159,7 millions d’euros. Le groupe dirigé par Arnold Ekpe (lire interview ci-dessous), qui s’est hissé au deuxième rang des banques d’Afrique de l’Ouest grâce à un total de bilan de 13,25 milliards d’euros (+ 64%), a qualifié 2011 d’ « année de profonde transformation ».

Cette tendance à la hausse des résultats des établissements africains, qui a en réalité démarré en 2010, s’accélère et s’étend au fil des ans à l’ensemble du secteur. Afriland First Bank, deuxième groupe financier d’Afrique centrale, est ainsi devenu le leader sur son marché domestique, le Cameroun, où il a vu son PNB progresser de 36% en 2011, à 54 millions d’euros. Orabank (ex-Financial Bank) devrait annoncer prochainement des chiffres en hausse.

«Il faut toutefois relativiser ces bonnes performances, tempère Cyrille Nkontchou, le président de Liquid Africa, une plateforme financière et boursière qui opère depuis Londres et Johannesburg. La performance des banques n’est rien d’autre que le reflet de la santé des économies dans lesquelles elles évoluent. Quand on considère des marchés qui ont traversé de graves crises en 2011, comme la Côte d’Ivoire, il n’est pas certain que les établissements bancaires de ces pays aient enregistré de bons résultats l’an dernier. »

Offre élargie. La première explication de la belle année 2011 des banques du continent est donc d’ordre macroéconomique. Alors que les économies occidentales peinent à sortir de la crise, celles d’Afrique subsaharienne, maintenant le rythme de ces dernières années, ont enregistré une croissance de 5,5% en moyenne en 2011. Par ailleurs, des progrès ont été réalisés dans la gouvernance et l’amélioration du climat des affaires dans la plupart des pays de la zone. « Conséquence: le secteur privé de la région a vu ses activités progresser et les entreprises ont de plus en plus eu recours aux banques », explique Paul-Harry Aithnard, le directeur de la recherche du groupe Ecobank. À ces éléments, il faut ajouter le développement d’une classe moyenne en Afrique subsaharienne qui se bancarise et permet aux établissements d’élargir leur offre de produits: « Le crédit immobilier, qui en est encore à ses débuts, constitue un véritable relais de croissance pour les banques », indique Cyrille Nkontchou. Selon les statistiques d’Ecobank, les crédits et dépôts ont de manière générale progressé de 20% à 30% en moyenne l’année dernière.

D’ailleurs, si au Maroc, où le marché bancaire est plus développé et où les effets de la crise européenne se font durement sentir, Attijariwafa Bank et son compatriote BMCE Bank ont affiché des résultats honorables en 20II, c’est en partie grâce à leurs filiales sur le continent. Présent dans sept pays subsahariens, le premier a ainsi annoncé un bénéfice net en hausse de près de 9% sur un an, à 400 millions d’euros, tandis que le second, qui détient 55% de Bank of Africa (présent dans 13 pays), a vu son bénéfice net croître de 4%, à 76,25 millions d’euros, dont 36 % proviennent du sud du Sahara.

Outre le contexte macroéconomique favorable, d’autres facteurs, propres au secteur contribuent aux belles performances des banques africaines. Il s’agit d’abord des réformes initiées dans plusieurs pays et qui ont permis à nombre d’établissements de repartir sur de bonnes bases. À ce titre, le Nigeria, où le secteur redevient rentable après avoir été débarrassé de près de 1,5 milliard d’euros d’actifs non productifs, est un bon exemple. United Bank for Africa (UBA), l’un des ténors de ce marché, qui s’est délesté d’environ 610 millions d’euros de créances douteuses l’année dernière, annonce ainsi pour le premier trimestre 2012 une hausse vertigineuse de 233% de son bénéfice net avant impôt, qui s’établit à 76 millions d’euros.

Ensuite, il faut ajouter que les principales banques subsahariennes commencent à récolter les fruits de leur stratégie d’expansion géographique. Présent dans six pays, Orabank voit ainsi ses performances dopées par ses filiales gabonaise et togolaise, dont le total de bilan a progressé respectivement de 109% (181,4 millions d’euros) et de 130% (plus de 137 millions d’euros) en 2011. Chez BGFI Bank, « la mise en place d’une maison mère [BGFI Holding Corporation, NDLR] a permis aux dirigeants d’être plus présents et d’accompagner les filiales qui étaient en souffrance », explique Henri-Claude Oyima, le patron du groupe gabonais, désormais présent dans 13 pays. Quant à Ecobank, qui détient la palme du nombre d’implantations en Afrique subsaharienne (avec une présence dans 30 pays), le nombre de ses jeunes filiales rentables augmente d’année en année. Le groupe a par exemple réalisé en 2011 ses premiers bénéfices (environ 750.000 euros) au Gabon, où il a démarré ses activités en 2009.

Créances douteuses. Si la conjoncture économique favorable conjuguée aux diverses réformes engagées permet aux banques africaines de franchir un nouveau cap dans leur développement, peuvent-elles pour autant rivaliser avec les groupes internationaux dont l’intérêt pour le continent ne cesse de croître (lire ci-dessous)? « Clairement oui, parce qu’elles ont une meilleure connaissance du marché et une meilleure perception du risque » estime Cyrille Nkontchou. D’après cet analyste, le repli des étrangers traditionnellement implantés sur les marchés subsahariens devrait se poursuivre avec la montée en puissance des groupes du continent. « Aujourd’hui, le nombre de banques africaines capables de financer des opérations de plus de 100 millions de dollars [77 millions d’euros] est plus important », ajoute Paul-Harry Aithnard, d’Ecobank.

Reste toutefois que les établissements subsahariens doivent innover pour élargir leur clientèle. « La plupart d’entre eux se positionnent sur le financement du commerce et des grandes entreprises. Ils doivent développer de nouvelles niches de services aux PME-PMI et aux populations non bancarisées », explique un analyste du fonds d’investissement américain Intangis. Par ailleurs, comparées à leurs consœurs internationales, les banques africaines sont encore de taille modeste. Et souvent trop nombreuses pour des marchés, certes à fort potentiel (taux de bancarisation inférieurs à 20%), mais qui demeurent assez restreints. Alors qu’on dénombre 21 établissements pour quelque 160 millions d’habitants au Nigeria, le Ghana en compte le même nombre pour une population de 25 millions d’habitants. L’augmentation du capital social minimum des banques, décidée par les autorités de régulation en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale pour provoquer une concentration et favoriser la naissance des groupes de taille plus importante et plus solides financièrement, n’a pour l’heure donné que des résultats mitigés. Ainsi, dans l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), le nombre de banques reste supérieur à la centaine, soit autant qu’avant la réforme. Autre faiblesse des banques subsahariennes, le taux de créances douteuses dans leurs actifs. S’il a reculé en 2011 pour se situer entre 5% et 10%, cette proportion est encore nettement supérieure à la moyenne mondiale, qui tourne autour de3%. Pour se hisser au niveau des groupes internationaux et être capables de financer convenablement le développement de leurs économies, les établissements africains n’auront d’autre choix que de se conformer aux normes internationales.

Stéphane Ballong

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Les groupes anglo-saxons en embuscade

Le continent est incontestablement devenu l’une des cibles privilégiées des établissements bancaires européens et américains, confrontés sur leurs marchés domestiques à la crise de la dette. Du britannique Standard Chartered, qui étend son réseau pour doubler ses revenus africains à 1,9 milliard d’euros dans les quatre à cinq prochaines années, à l’américain JP Morgan, qui négocie l’ouverture de bureaux de représentation au Kenya et au Ghana, les initiatives se multiplient pour prendre pied en zone subsaharienne. Selon les analystes, l’arrivée de ces groupes internationaux peut permettre aux banques africaines d’accéder à des financements supplémentaires pour participer aux opérations jusque-là hors de leur portée. Elles courent toutefois le risque de se faire doubler sur leur propre marché, si, au cours de la prochaine décennie, elles n’améliorent pas leur gestion du risque et n’innovent pas pour dominer l’activité banque de détail.

S.B.

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Interview d’Arnold Ekpe Directeur Général d’Ecobank : « l’Afrique est notre stratégie »

Le patron emblématique du groupe panafricain passera la main à la fin de l’année. À quelques mois du terme de son mandat, il détaille un certain nombre de pistes pour l’avenir de la société et nous livre son regard sur le développement du secteur financier du continent.

« Ça y est, maintenant, je m’habitue à recevoir des ordres. » Malgré le ciel pluvieux qui plombe Londres, Arnold Ekpe a le mot pour rire. La boutade, adressée au photographe qui lui dit où se placer, est celle d’un patron qui s’apprête à passer la main. Dans quelques mois, le Nigérian accueillera l’Ivoirien Thierry Tanoh à ses côtés avant de lui céder sa place de directeur général d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI) en fin d’année. Douze ans à la tête de la principale banque subsaharienne en termes d’implantations: de quoi se forger une vision précise de la finance africaine et de la réalité du capitalisme sur le continent.

Jeune Afrique : Depuis 1996, et à l’exception de la courte période durant laquelle vous avez dirigé le nigérian United Bank for Africa, vous êtes le numéro un d’Ecobank. Alors que vous vous apprêtez à passer la main, de quoi êtes- vous le plus fier ?

Arnold Ekpe: Avec les membres de cette institution, nous sommes fiers d’avoir bâti la première vraie banque panafricaine. Nous avons rassemblé des Africains de différentes nationalités pour construire un groupe qui couvre l’ouest, le centre, l’est et le sud du continent.

JA : Existe-t-il un véritable capitalisme africain ?

AE : Le capitalisme africain doit être analysé dans son contexte. L’Afrique est un continent relativement jeune si on se limite à la période postcoloniale. Certains marchés ont montré plus d’entrain à développer l’esprit d’entreprise, mais il faut aussi souligner le problème de l’insuffisance de capitaux – exception faite de certains pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Maroc ou l’Égypte. L’enjeu est de mobiliser ces capitaux.

JA : L’Afrique subsaharienne francophone est-elle en train de prendre du retard par rapport à la partie anglophone?

AE : Il y a plus d’hommes d’affaires de premier plan en Afrique anglophone, et les gouvernements y favorisent davantage l’entrepreneuriat. Mais tout cela est simpliste. Je crois que l’Afrique francophone finira par développer des entreprises majeures. Elle doit prendre exemple sur le Nigeria ou le Kenya.

JA : Le paysage bancaire lui aussi, a beaucoup changé depuis 1996. Quelles sont les évolutions qui vous ont le plus marqué?

AE : Il y a eu l’émergence de banques régionales et la consolidation entre les banques. La concurrence s’est également accrue, et la régulation est devenue plus stricte. Le développement du secteur a été positif.

JA : Pourtant, le taux de bancarisation reste souvent bas. Comment l’expliquez-vous ?

AE : Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule explication. Le taux de bancarisation dépend d’autres facteurs comme, par exemple, les infrastructures. Vous ne pouvez pas atteindre certaines populations avec des agences classiques. À ce titre, le mobile banking, les cartes, l’internet nous permettent d’atteindre une population plus large. Avec le mobile banking proposé par des entreprises comme MTN ou Airtel, vous verrez le taux de pénétration augmenter. Regardez le Kenya, la bancarisation y atteint 60%, en grande partie grâce au succès de M-Pesa.

JA : En Afrique, comme partout dans le monde, on reproche aux banques de ne pas suffisamment financer l’économie, notamment les petites et moyennes entreprises (PME). Diriez-vous que c’est un mauvais reproche?

AE : Être banquier n’est pas un métier populaire. Si nous ne demandons pas de garanties et que nous ne sommes pas payés, on nous dira que nous sommes de mauvais banquiers. Si nous demandons des garanties et que nous protégeons ainsi la banque, on nous dira que nous ne prêtons pas assez. Les banquiers doivent faire davantage, mais les gouvernements doivent aussi leur fournir de véritables garantes. Si quelqu’un ne nous paie pas, nous devrions pouvoir mener rapidement des actions et ne pas avoir à attendre cinq ou six mois. Il manque un travail entre les banques et les gouvernements pour favoriser les prêts aux PME en partageant les risques. Certains pays le font, comme le Nigeria ou le Ghana.

JA : Comment voyez-vous l’avenir d’Ecobank ?

AE : Je ne serai pas là, et mon successeur définira la stratégie de la banque. Mais j’espère que la philosophie qui a mené à la création d’un groupe concentré sur l’Afrique, qui a une belle histoire de croissance et tente de tirer parti du futur du continent, subsistera. Certaines banques, notamment internationales, affirment qu’elles ont une stratégie africaine, mais quand elles ont un problème dans un pays elles se retirent. Nous n’avons pas de stratégie africaine; l’Afrique est notre stratégie. Peu importe qu’un pays connaisse des problèmes, nous ne nous retirons pas.

JA : Au sein du groupe qui est le garant de cette philosophie?

AE : Les réalisations d’Ecobank sont le fruit d’un travail d’équipe. En 2006, nous avions 200 agences et un total de bilan de 3,5 milliards de dollars [2,7 milliards d’euros d’alors, NDLR]. Aujourd’hui, nous avons un total de bilan de près de 18 milliards de dollars [13,4milliards d’euros] et 1700 agences. La philosophie d’Ecobank est portée par tous ceux qui ont participé à cette aventure.

JA : Et les actionnaires?

AE : Ils représentent l’esprit d’Ecobank. Les fondateurs voulaient construire une banque panafricaine. Nous disons aux actionnaires: en achetant Ecobank, vous misez sur l’avenir de l’Afrique. Si vous ne voulez pas de cela, achetez des actions d’une autre banque.

JA : Le Nigeria, votre principal marché, a beaucoup pesé ces dernières années sur votre rentabilité. Quelle analyse faites-vous de la crise bancaire qu’a connue ce pays?

AE : Il y a quatre ans, nous gagnions 40% de notre argent au Nigeria. Le pays a traversé une crise systémique, mais je crois que nous arrivons à son terme. Le Nigeria en sortira avec une industrie bancaire plus solide. Il restera un marché important pour nous, mais pas un marché dominant. D’autres, comme l’Angola, prendront une place importante.

Sur les causes de cette crise, il faut rappeler que l’activité bancaire est cyclique. Lorsque les cycles sont mauvais, selon ce qu’il se passe, les conséquences peuvent être plus ou moins lourdes. Regardez la crise des subprimes: au Nigeria, les banques se sont retrouvées avec beaucoup de fonds propres, qu’elles ont dû investir. Malheureusement, cela a été fait dans le marché boursier qui s’est ensuite effondré de 90%, ou dans le secteur pétrole et gaz à un moment où le baril était à 140 dollars.

JA : La communauté financière considère Ecobank comme une banque saine et bien gérée. Mais sa rentabilité est inférieure à celle de ses concurrentes. Pourquoi?

AE : Nous avons dû financer la croissance du groupe. Lorsque vous vous développez dans des dizaines de pays, vous ne pouvez pas être aussi rentable que ceux qui ne bougent pas. Mais attendez les cinq prochaines années et vous verrez.

JA : Où se trouvent selon vous, les principaux réservoirs de rentabilité pour votre groupe tant en termes de régions que de métiers?

AE : La banque est une activité à la fois simple et compliquée. La notion d’échelle est fondamentale, et nous avons voulu bâtir un groupe de taille importante. Nous sommes aujourd’hui le numéro deux en zone Middle Africa [Afrique subsaharienne hors Afrique du Sud] derrière First Bank of Nigeria, mais celle-ci n’est présente qu’au Nigeria, à Londres et en RD Congo. Nous avons désormais le plus grand réseau d’agences, mais la plupart d’entre elles sont encore récentes: 40% ont moins de trois ans. Nous en tirerons beaucoup d’argent dans quelques années. Pour les entreprises, nous pouvons être une fenêtre vers l’Afrique. Nous disons aux multinationales: pourquoi avoir des relations avec une trentaine de banques alors qu’Ecobank est présent dans trente pays ?

JA : Il manque quelques pays importants sur la carte des implantations d’Ecobank: l’Éthiopie, le Soudan du Sud ou l’Angola. Sont-ils dans votre viseur?

AE : En Angola, nous avons un bureau de représentation et nous avons fait la demande pour obtenir une licence bancaire. Nous ouvrons ce trimestre en Guinée Equatoriale. Au Mozambique, nous sommes en attente, car nous préférons y acheter une banque plutôt que de commencer de zéro. Nous regardons Madagascar, qui n’est pas une priorité. L’Éthiopie n’accepte pas les institutions étrangères. Et nous devrions obtenir notre licence au Soudan du Sud cette année.

JA : vous êtes un ardent défenseur de l’indépendance capitalistique d’Ecobank. Pourquoi ?

AE : Je crois honnêtement qu’Ecobank est une institution qui peut amener des changements en Afrique, ce qu’elle ne pourra pas faire si elle n’est pas indépendante de tout groupe d’actionnaires, de tout gouvernement ou de tout intérêt particulier. Nous sommes basés au Togo, mais nous ne sommes pas une banque togolaise.

JA : Vous êtes lié avec Nedbank, qui pourra acquérir environ 20% de votre capital. Pourquoi un groupe sud-africain, et pourquoi celui-là ?

AE : Nous avons une alliance avec Nedbank depuis plus de trois ans. Les investisseurs les plus importants en Afrique, hors secteur pétrolier, sont sud-africains. D’où la nécessité de cette alliance commerciale et géographique. Nous avons désormais une alliance en termes de détention croisée. Nedbank pourra avoir 20% de notre capital et Ecobank aura la possibilité d’acquérir également une part de son capital.

JA : À quelle hauteur?

AE : Le pourcentage n’est pas fixé. Cela dépendra de nos moyens.

JA : Cela pourrait-il amener à une fusion ?

AE : Une fusion? Non. Pourquoi? C’est un partenariat. Nous ne savons pas gérer une banque sud-africaine. Ils ne savent pas gérer une banque en zone Middle Africa. Notre partenariat capitalistique croisé nous permet de renforcer notre alliance. Comme dans un mariage.

JA : Vous accueillerez dans quelques mois Thierry Tanoh à vos côtés pour un passage de témoin. Pourquoi partir aujourd’hui?

AE : J’aurai 59 ans cette année et j’ai l’impression qu’il est temps pour moi de partir et de faire des choses que je n’ai pas eu le temps de faire. Il n’y a jamais de bon moment pour s’en aller. Si je reste encore un an, il y aura une raison de rester encore un an de plus.

JA : Votre départ n’est donc pas une décision du conseil d’administration ?

AE : Non, au contraire, le conseil d’administration souhaitait que je reste en raison de tous les changements qui ont lieu dans la vie du groupe.

JA : Pourquoi avoir recruté un dirigeant en dehors du groupe ?

AE : Nous avons organisé un processus très transparent, avec une société internationale de recrutement. Nous avons eu environ trente candidats, internes comme externes. La préférence va traditionnellement à un profil interne, mais il faut utiliser des critères de compétence afin de faire le meilleur choix.

JA : L’alternance entre francophones et anglophones a-t-elle joué?

AE : Non, la diversité compte au niveau des membres non exécutifs du conseil d’administration, qui regroupe neuf nationalités. Pour le directeur général, seul compte le mérite.

JA : À titre personnel, où serez-vous en 2013?

AE : Je ne cherche pas un nouveau poste de dirigeant: je pars à la retraite, je ne démissionne pas. Je voyagerai plus, passerai plus de temps avec ma famille. Je ne veux rien créer de plus. Ce que j’avais à créer, je l’ai fait avec Ecobank et je m’estime comblé professionnellement. |e regarderai d’autres choses: par exemple, réfléchir à l’industrie des services financiers, à son rôle dans le développement. Il y a des activités financières à regarder de près, comme le capital-investissement. Aujourd’hui, il faut amener davantage d’acteurs africains dans le capital-investissement africain.

Propos recueillis à Londres par Frédéric Maury

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