Etats-Unis-Afrique : good morning Africa (Jeune Afrique n°2683 du 10/06/2012)

Face à la concurrence chinoise et devant la croissance prometteuse de continent, Washington semble prêt à s’investir

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La nouvelle frontière africaine

De grands espoirs en petits progrès, la politique américaine sur le continent n’a guère évolué sous le premier mandat de Barack Obama. Mais les changements intervenus après les révolutions arabes et les perspectives de croissance dans la plupart des pays incitent Washington à réviser ses objectifs.

Les Africains espéraient chez lui un tropisme naturel, il a assuré le service minimum. En trois ans et demi de présidence, Barack Obama, fils d’un Kényan et d’une Américaine, ne s’est rendu que deux fois sur le continent: au Caire en juin 2009 pour une ode au monde arabe; et à Accra, un mois plus tard, pour vanter démocratie et bonne gouvernance. Et puis plus rien, hormis la réception ponctuelle de quelques chefs d’État en quête de photos-souvenir à la Maison Blanche et de leaders de la société civile pour les 50 ans des indépendances africaines. Les États-Unis se désintéresseraient-ils de l’Afrique ? Non, bien sûr. Le continent n’est certes pas au cœur des priorités de leur politique étrangère, mais il constitue une zone d’intérêt croissant où Hillary Clinton, la secrétaire d’État, a effectué plusieurs tournées. À Washington, les dossiers africains sont suivis par le département d’État (à savoir Johnnie Carson, secrétaire d’État adjoint du bureau des Affaires africaines, Jeffrey Feltman, son homologue pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, et Susan Rice, l’ambassadrice à l’ONU), le Conseil National de Sécurité, le Pentagone et la CIA.

Surprise par le Printemps arabe, la Maison Blanche a fini par épouser sa cause en favorisant les changements de régime en Égypte et en Libye. Elle a investi 500 millions de dollars (386 millions d’euros) pour appuyer les transitions en 2011. Depuis longtemps, contrairement aux Français, les Américains discutent avec les partis islamistes. Washington s’inquiète toutefois de la prolifération des armes dans la région sahélo-saharienne depuis la chute de Kaddafi. Comme son prédécesseur George W. Bush, Obama cherche à réduire l’influence des djihadistes. Si la lutte contre les Shebab enregistre des progrès en Somalie, le Sahel est un nouveau sanctuaire pour les terroristes. La recrudescence des attaques de la secte Boko Haram au Nigeria est une autre inquiétude. Le géant ouest-africain assure 8 à 9% des besoins pétroliers américains, soit l’équivalent des importations provenant d’Arabie saoudite. Washington redoute la constitution d’un arc de cercle terroriste allant de l’Atlantique au Pacifique.

Construction. Alors que les troupes américaines ne sont pas les bienvenues, la Maison Blanche assure une contribution multiforme (assistance en matériel, formation des troupes, renseignement actions ciblées contre des islamistes) pour aider les gouvernements et les organisations régionales. Ce soutien s’articule autour du Partenariat transsaharien contre le terrorisme et sa version militaire, l’opération Liberté durable dans le Trans-Sahara menée par le Commandement américain pour l’Afrique (Africom), basé à Stuttgart.

Presque 20% des approvisionnements pétroliers américains proviennent d’Afrique, où les majors texanes sont très implantées (Algérie, Libye, Nigeria, Angola, Guinée équatoriale…). Une part qui n’a cessé de progresser depuis dix ans et qui a dopé les importations des États-Unis, pour atteindre 74,2 milliards de dollars en 2011. Les exportations vers le continent, quant à elles, sont passées de 7 milliards de dollars en 2001 à 21 milliards de dollars en 2011. « L’Afrique est un marché en pleine expansion », rappelle Johnnie Carson, qui a emmené en février 2012 les grands groupes (Anadarko Petroleum Corporation, Chevron, General Electric, Caterpillar…) en prospection dans quatre pays (Mozambique, Nigeria, Tanzanie, Ghana). « Dans les dix à quinze prochaines années, le continent va connaître un essor de la construction d’infrastructures – énergie, routes, ports, chemins de fer. C’est important pour nos entreprises d’y participer », précise Nils Tcheyan, directeur Afrique de General Electric.

Poule reste, la doctrine américaine n’a pas évolué depuis Bill Clinton. « Nous prévoyons de continuer à privilégier le financement des programmes qui renforcent la démocratie, la bonne gouvernance et la primauté du droit, et de promouvoir la participation des femmes et de la société civile », a expliqué Johnnie Carson devant la Commission des affaires étrangères du Sénat, le 18 avril dernier. Régulièrement, Washington adresse bons et mauvais points. Le président américain a reçu le 29 juillet 2011 ses homologues Boni Yayi (Bénin), Mahamadou Issoufou (Niger), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) et Alpha Condé (Guinée). « Tous ces dirigeants ont été élus lors d’élections libres et justes », a-t-il justifié. Cette année l’administration américaine a appelé le président Wade à respecter les institutions et le verdict des urnes. Carson a déploré que la présidentielle camerounaise ait été entachée d’irrégularités. Une façon de justifier l’aide américaine à l’émergence de sociétés civiles dynamiques, seuls véritables contre-pouvoirs de régimes jugés autocratiques. Onze présidents règnent en Afrique depuis plus de quinze ans. C’est visiblement trop pour Washington, qui préconise la limitation de la durée des mandats.

Pascal Airault

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La force des grands programmes

Grâce à des mesures de soutien très ciblées, l’Agoa et le Millennium Challenge Corporation doivent servir les échanges entre les États-Unis et le continent. La nécessité étant de renforcer le fragile secteur productif africain.

En Afrique, l’aide américaine au développement a considérablement augmenté. Entre 2006 et 2009, elle est passée de 2,1 milliards à 8,2 milliards de dollars (de 1,6 milliard à 5,7 milliards d’euros). Toutefois, crise financière mondiale oblige, elle a enregistré un tassement en 2010, à 8,1 milliards de dollars, et une nette baisse en 2011, à 6,9 milliards de dollars. Cette situation complique la réalisation des grands objectifs américains sur le continent, à savoir la lutte contre les épidémies (paludisme et virus du sida), qui représente environ 50% de l’aide globale américaine, le combat contre le changement climatique et les efforts pour la sécurité alimentaire liés à la nouvelle initiative de l’administration Obama, Feed the Future.

Un domaine stratégique a néanmoins été épargné par les coupes budgétaires, celui de la coopération économique et de l’aide au développement du secteur privé africain. Découlant du principe « le commerce plutôt que l’aide », cette politique a connu une évolution remarquable ces dix dernières années.

Premier pas, le lancement en 2000 de I’African Growth and Opportunity Act (Agoa, loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique). Pierre angulaire des relations économiques entre les Etats-Unis et le continent, il supprime les droits de douane surplus de 6400 produits en provenance de pays africains éligibles, c’est- à- dire adhérant aux règles de bonne gouvernance.

Quarante pays subsahariens en bénéficient aujourd’hui, l’administration Obama ayant rétabli le Niger, la Guinée et la Côte d’Ivoire en octobre 2011, l’Agoa est un succès relatif. Point positif, le volume global des échanges entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne est passé de 27 milliards de dollars en 2001 à 95 milliards en 2011 (91 milliards pour les pays de l’Agoa).

Reste que les produits pétroliers représentaient en 2011 plus de 90% des 74,2 milliards de dollars d’importations africaines aux États-Unis, proportion à peu près constante sur la décennie. Quant au 21 milliards de dollars d’exportations américaines vers l’Afrique (machines-outils, véhicules…), ils se concentrent sur quatre marchés: l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana et l’Angola. De fait, l’Agoa n’a pas freiné l’essor de la Chine, qui est devenue, en 2008, le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Bisbilles. De l’avis de tous les acteurs concernés, l’urgence aujourd’hui est de renforcer le secteur productif africain, afin de diversifier les exportations du continent aux États-Unis. Ce sera notamment l’objet du 11è forum Agoa, qui se tient les 14 et 15 juin à Washington. Avec un dossier urgent en suspens: la disposition sur l’ouverture du marché américain aux fabricants de vêtements africains utilisant des matières premières en provenance d’autres pays. Expirant le 30 septembre 2012, la prorogation par le Congrès de cette disposition, est loin d’être acquise, en raison de bisbilles entre républicains et démocrates.

Selon les estimations, 300.000 emplois seraient menacés en Afrique. D’après l’African Coalition for Trade, qui représente les exportateurs de neuf pays Agoa, les fabricants de textile africains auraient déjà perdu 35% de leurs commandes au profit de concurrents asiatiques. Mais une autre menace plane, celle de l’extension du principe de l’Agoa – qui expire en 2015 – à l’ensemble des pays les moins développés, y compris asiatiques, très compétitifs sur le marché du textile.

Également essentiel dans la politique de coopération économique entre les États-Unis et l’Afrique, le Millennium Challenge Corporation (MCC) existe depuis 2004. Cette agence est dotée d’un budget annuel de près de 1 milliard de dollars. Elle a pour mission de réduire la pauvreté dans le monde par la promotion de la croissance économique. À cette fin, le MCC met des sommes importantes à la disposition de pays triés sur le volet, pour une période de cinq années, en fonction de dix-sept indicateurs qui vont du niveau de liberté à la bonne gouvernance politique et économique, en passant par l’ampleur de la corruption. Le MCC a récemment suspendu ses opérations avec le Mali et le Malawi.

Efficacité. Autre particularité, les États doivent présenter leurs propres projets d’investissement, rigoureusement évalués par le MCC. Aujourd’hui, onze nations subsahariennes bénéficient de ces programmes (dits compacts) qui servent en général au renforcement de leurs infrastructures (aéroport de Bamako, port de Cotonou…). À titre d’exemple, le Ghana reçoit 547 millions de dollars sur cinq ans, dont une partie servira à la rénovation de son réseau autoroutier.

Selon Todd Moss, du Center for Global Development, think-tank basé à Washington, la création du MCC a « profondément rénové les débats sur l’efficacité de l’aide au développement. C’est devenu un modèle ». Mais « on ne coopère qu’avec les pays qui ont les meilleurs indicateurs », ajoute-t-il. S’appuyant sur l’approche du MCC – sélectivité, transparence, appropriation nationale – l’administration Obama a récemment lancé le Partnership for Growth, une initiative qui accroît la coopération économique avec quatre pays, dont deux africains: les habituels bons élèves que sont le Ghana et la Tanzanie.

Jean-Eric Boulin, à New York

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Mieux vaut tard que jamais

La première puissance mondiale commence enfin à s’intéresser au potentiel économique local. Des fonds d’investissement sont lancés, mais la chine a déjà une bonne longueur d’avance.

Les investisseurs internationaux ont les yeux braqués sur le continent. Et pour cause, neuf des quinze pays ayant enregistré le plus fort taux de croissance ces cinq dernières années sont africains. Le total des investissements directs étrangers en Afrique est passé de 11 milliards de dollars (8,8 milliards d’euros) en 2000 à 55 milliards de dollars en 2010, et serait en léger recul à 54,4 milliards de dollars en 2011. Les investissements américains occupent la première place avec près de 20 milliards de dollars en 2008.

Dans ce contexte, les fonds d’investissement américains s’intéressent de plus en plus au continent. Le géant américain du capital-investissement Carlyle a ainsi annoncé en 2011 la levée d’un premier fonds consacré à l’Afrique, d’une valeur d’environ 500 millions de dollars. D’autres acteurs majeurs, comme les groupes Blackstone et Warburg Pincus, sont aussi présents à travers des sociétés d’extraction de pétrole offshore, comme au Cameroun (via la Kosmos Energy). Mais face à la Chine, les États-Unis reculent. Ils seraient passés du premier au troisième rang des investisseurs en Afrique du Sud s’alarme Stephen Hayes, du Corporate Council on Africa, qui œuvre au renforcement des relations économiques entre la première puissance mondiale et le continent. Un coup de pouce a été donné, en2007, avec le lancement de fonds spécialisés sur l’Afrique gérés par l’Overseas private Investment Corporation (Opic), l’agence américaine de promotion des investissements, qui vise à garantir ceux-ci tout en renforçant les marchés financiers en Afrique. Selon Richard A. Akwei, qui dirige l’un d’entre eux, l’Africa Catalyst Fund, « les Américains prennent conscience seulement maintenant des possibilités d’investissement en Afrique ».

J-E. B.

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L’Amérique la conquête des territoires francophones

Quand je suis arrivé au Corporate Council on Africa en tant que numéro deux, des responsables d’entreprises américaines m’avaient laissé entendre que ce serait une perte de temps que de vouloir faire des affaires avec l’Afrique francophone. « Les Français font tout pour mettre les sociétés américaines à distance, me disait-on. Les plaintes étaient nombreuses. Elles portaient sur la corruption, le contrôle exercé par les Français sur des ministres importants et, bien entendu, sur la barrière linguistique. « Je ne parle pas français », ajoutait-on.

Dans le même temps, le président Chirac considérait les Américains comme des  « pleurnichards » ou, du moins, c’est ce que nous pensions. Comme il l’avait dit en français, nous n’en étions pas vraiment sûrs.

Il y avait probablement un fond de vérité dans ce que rapportaient les entreprises. Dès qu’il s’agissait d’un pays francophone, nous trouvions tout un tas de raisons pour ne pas nous lancer. La présence des Français était synonyme de corruption. L’Afrique était déjà un défi conséquent sans compter les français.

Néanmoins, quelques Américains ont réussi dans les affaires en Afrique francophone. Nous ne les avons jamais pris en exemple, mais plutôt considérés comme des exceptions, voire comme des corrompus. Et puis, il y avait toujours cette satanée langue française à apprendre.

Alors nous avons laissé cette partie du continent aux Français. Du moins, c’est ce que nous avons cru. Très vite, il est arrivé des choses étranges. L’Afrique francophone a vu apparaître des acteurs non français. Chinois, arabes, indiens, israéliens et de bien d’autres nationalités encore… Je me suis dit alors que le président Chirac en savait plus sur nous que nous ne le pensions: nous étions bien des pleurnichards quand il s’agissait de commercer avec l’Afrique francophone.

La question de l’or noir a alors fait son apparition. Et avec elle les compagnies pétrolières américaines. Lorsque l’Afrique de l’Ouest, en grande partie francophone, s’est retrouvée sur le devant de la scène, les seigneurs du pétrole ont débarqué. Tout à coup, il a semblé possible de parler affaires avec l’Afrique francophone. Dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication, Oracle se fait une place. Une fois que l’Amérique découvre un marché, la barrière linguistique n’est plus tout à fait un obstacle.

Mais la langue a encore un impact sur les affaires, aussi cherchons-nous des locuteurs francophones pour nous représenter. Des Américains apprennent même le français. Autres défis: comprendre les systèmes juridiques locaux, les différentes cultures… et bâtir des relations avant de conclure un marché.

Les temps changent. Les pionniers américains en Afrique francophone ont travaillé dur pour y parvenir. Un peu lents à la détente pour comprendre l’Afrique francophone, ils commencent à y entrer de la bonne manière. Tardivement, c’est vrai. Néanmoins, le marché se développe à mesure que les infrastructures s’améliorent. Nous devrions être reconnaissants vis-à-vis des Chinois et des autres acteurs qui les ont construites.

Toutefois, il reste du pain sur la planche. Pour que les grandes entreprises américaines, en dehors du secteur pétrolier, s’engagent davantage, il est indispensable de mettre en œuvre une régionalisation et une harmonisation des systèmes. Une fois cela fait, l’Afrique de l’Ouest sera un marché bien plus intéressant. L’Afrique a encore beaucoup à faire, mais nous commençons à comprendre que nous avons nous-mêmes créé des obstacles, dont certains sont directement liés à nos craintes, notre méconnaissance et notre arrogance. Une fois que nous aurons vraiment surmonté nos peurs, nous serons en mesure de nous imposer. Nous avons beaucoup à entreprendre dans notre propre pays si nous voulons vraiment nous investir sur le continent. Mais je suis sûr que les Américains seront là plus vite qu’on ne le pense.

Stephen Hayes, Président du Corporate Council on Africa

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Les Américains passent à l’attaque

Pétrole, télécoms, énergie, infrastructures… Les entreprises d’outre-Atlantique, jusque-là assez timides, font désormais preuve de pragmatisme et sont présentes sur tous les fronts.

Du 6 au 17 février, une petite dizaine d’entreprises américaines ont sillonné le continent africain dans le cadre d’une mission commerciale lancée conjointement par le département d’État et le Corporate Council on Africa (CCA), une organisation privée qui regroupe plus de 160 sociétés et dont l’objectif est de développer les relations entre les investisseurs américains et les secteurs publics et privés du continent.

Avec une réussite certaine, puisque, à l’issue de cette visite organisée autour des besoins énergétiques du Mozambique, de la Tanzanie, du Nigeria et du Ghana, Symbion Power est devenu partenaire de l’un des plus importants fournisseurs nigérians d’électricité et que General Electric en a profité pour signer, avec les autorités du même pays, un contrat de 10 milliards de dollars (8 milliards d’euros) pour la construction d’ici à2020 d’une centrale de 10.000 MW. « Nous sommes fiers de contribuer à apporter la lumière à l’Afrique », s’est enthousiasmé depuis Lagos Paul Hinks, le patron de Symbion, devant les responsables américains de la mission, aux anges. « Les entreprises américaines doivent prendre conscience des opportunités qui existent aujourd’hui en Afrique », résume Jim Wilson, présent sur place en tant que responsable des échanges commerciaux au Bureau des affaires africaines du département d’État. « Avant qu’il ne soit trop tard », ajoute Robert Perry, vice-président du CCA. Titillés par l’expansion commerciale de la Chine, au moment même où le continent présente des perspectives de croissance économique à faire pâlir le monde développé, les États-Unis semblent redécouvrir l’Afrique. Pascal Agboyibor, avocat pour le cabinet Orrick, qui accompagne de nombreuses sociétés américaines sur le continent, date ce regain d’intérêt au sommet du G20 de Gleneagles en 2005, « lorsqu’a été prise la décision de débloquer des moyens massifs pour équiper l’Afrique en projets de développement ambitieux. Tout le monde a alors compris qu’il fallait en être ».

Climat favorable. Selon un pragmatisme très anglo-saxon, les échanges commerciaux avec l’Afrique ont progressé de 35% depuis 2006, pendant que doublait la part des investissements directs étrangers (IDE) provenant des États-Unis sur le continent. En dehors des hydrocarbures, les capitaux américains se répartissent essentiellement dans quatre autres filières: l’agriculture, les infrastructures, la production d’électricité et les télécoms. Autant de secteurs où n les besoins sont énormes et sur lesquels les compagnies américaines se doivent d’être présentes », a insisté Johnnie Carson, le secrétaire d’État adjoint chargé des Affaires africaines au département d’État, en rentrant de mission. Et si possible dans un maximum de pays de la zone. Si l’Afrique anglophone, à commencer par l’Afrique du Sud ou le Nigeria, et les producteurs de pétrole, Angola en tête, constituent toujours le cœur de cible, plusieurs pays francophones, comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, sont aujourd’hui dans le radar des compagnies américaines. À condition de mettre en place un climat favorable aux affaires. « Le cadre réglementaire est crucial pour les Américains », confirme Pascal Agboyibor. Comme le rappelle un membre du CCA, « nos compagnies vont en Afrique pour avoir un retour sur leurs investissements, pas pour faire de l’aide au développement ».

Olivier Caslin

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Houston Attitude

Quatrième ville des États-Unis par sa taille, Houston est le plus important partenaire commercial américain de l’Afrique. Selon le Greater Houston Partnership Research Department, les échanges ont augmenté de plus de 12% en onze ans, et s’élèvent à 28,2 milliards de dollars (21,7 milliards d’euros). Ils représentent 22,4 % de l’ensemble du commerce entre le pays et le continent. Le secteur énergétique est le plus important (22 milliards de dollars), suivi par le secteur agricole (1,8 milliard de dollars). Grâce à son pétrole, le Nigeria est le premier partenaire de Houston, avec 13 milliards de dollars d’échanges en 2011 (45,7% des échanges entre la ville et l’Afrique). Suivent l’Algérie, l’Angola, l’Égypte, l’Afrique du Sud, la Guinée équatoriale, le Congo-Brazzaville, le Maroc, le Ghana et la Libye. Symbolisant l’importance du continent à Houston, un sommet Texas-Afrique bisannuel y a été créé en 2010. Il rassemble près d’un millier de participants. Prochain rendez-vous les 27 et 28 septembre 2012.

Aziza Albou Traoré

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Electricité : de l’énergie à revendre

Du Cameroun à la côte d’lvoire, les projets de centrales ne manquent pas. Ce qui témoigne de la vitalité du secteur.

« AES go home ! » Débarquée au Cameroun en 2001 pour reprendre la société nationale d’électricité (Sonel), tout juste privatisée, la compagnie énergétique américaine était encore loin de faire l’unanimité un an plus tard, comme le montrait cette inscription lue à l’époque sur les murs de Douala.

Aujourd’hui, le contexte semble s’être assagi. Oubliés les débuts difficiles marqués par des délestages récurrents et des augmentations du prix du kilowattheure, AES Corporation a su inverser la tendance en lançant les investissements nécessaires  pour réhabiliter des installations existantes (qui en avaient bien besoin) et  s’installer durablement dans le paysage  énergétique camerounais en répondant  au mieux à la demande du marché. Au point de faire du Cameroun la vitrine de son savoir-faire en Afrique, pour partir à la conquête de nouveaux marchés sur l’ensemble du continent. Celui-ci ne représente encore que 3% des capacités gérées dans le monde par la compagnie installée en Virginie, mais sa part devrait vite progresser, dans la foulée de la future centrale thermique de 216 MW qui doit démarrer cette année, toujours au Cameroun. Créé en 2005, ContourGlobal a fait de l’Afrique sa « zone de développement privilégiée » dès l’origine, selon Daniel Miossec, directeur de projets, à commencer par celui de la centrale de 100 MW mise en service en 2010 au Togo.

Tropisme. Depuis, le développeur et exploitant américain a confirmé son « tropisme africain » en signant l’an passé avec le Rwanda le projet KivuWatt. Récompensé en février dernier par le prix de l’accord énergétique de l’année 2011 en Afrique (décerné par Euromoney), il porte sur la réalisation d’une usine d’extraction et de production de gaz méthane et d’une centrale électrique de 25 MW attendue pour début 2013 et dont la capacité devrait ensuite quadrupler. ContourGlobal est également présent au Nigeria et souhaite continuer à diversifier son portefeuille sur le continent. La compagnie serait notamment en pole position pour la construction d’une centrale de 330 MV en Côte d’Ivoire.

O.C.

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Infrastructures en mode action

Pour les sociétés de BTP, l’attentisme n’est plus de mise. Elles n’hésitent plus à démarcher les gouvernements locaux et s’impliquent en amont.

Longtemps cantonnées à la réalisation d’équipements liés aux grands projets d’hydrocarbures ou miniers à travers le continent, les entreprises américaines de BTP cherchent ces dernières années à varier les plaisirs. C’est le cas de la première d’entre elles, Bechtel, présente sur le continent depuis 1958. Le géant californien construit toujours des pipelines en Algérie ou des usines de liquéfaction de gaz en Angola et en Guinée équatoriale, mais, depuis 2010, il aide également le Gabon dans la définition et la mise en place du plan directeur pour les nouvelles infrastructures voulu par le président, Ali Bongo Ondimba. Bechtel a même pris la direction de l’Agence nationale des grands travaux (ANGT), chargée de coordonner les nombreux projets (routes, ports, aéroports, logements) censés voir le jour d’ici à 2016 pour 18 milliards d’euros. Cinquième compagnie américaine par son chiffre d’affaires en 2011 selon Forbes, elle ne compte pas en rester là et vise de nouveaux marchés en Afrique. Son président Europe, Afrique et Moyen- Orient, David Welch, s’est rendu en Tunisie début mars pour rencontrer ses responsables politiques et leur signifier la volonté de l’entreprise de se positionner sur le marché tunisien des infrastructures. D’autres sociétés américaines s’intéressent de très près au secteur. General Electric a signé début 2012 un contrat pour la construction d’une usine de montage de locomotives destinée à la Nigerian Railway Corporation (NRC), pendant qu’Acrow Bridges, qui multipliait depuis 2009 les contrats en Angola, lance le chantier d’un pont métallique en Afrique du Sud. Comme un symbole de la consolidation des relations entre partenaires africains et américains

O.C.

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Informatique : Silicon Valley bis

Face à l’appétit des Subsahariens pour les nouvelles technologies, les IBM et autres Google s’implantent durablement dans le paysage.

Oracle, Hewlett-Packard (HP), IBM, Microsoft, sans oublier Google. En quelques années, le continent est devenu un nouvel eldorado pour les grandes entreprises californiennes de l’informatique. Lorsque Larry Ellison, patron de l’éditeur de logiciels et fabricant de serveurs Oracle, déclare la guerre à IBM et consorts depuis son bureau de Redwood, même l’Afrique se transforme en champ de bataille. Bien qu’ils ne comptent que pour moins de 5% de leur chiffre d’affaires mondial, les pays subsahariens affichent de vraies promesses pour ces champions de l’informatique. Dans leur viseur: multinationales, groupes régionaux, administrations et particuliers en quête de solutions technologiques. Depuis 2006, IBM a ainsi investi plus de 300 millions de dollars (242 millions d’euros) pour renforcer sa présence sur le continent.

Offensive. Autre illustration de l’intérêt des géants de la Silicon Valley pour l’Afrique, la succession des annonces d’ouvertures de bureaux de représentation: au Kenya en 2009 pour Oracle, au Nigeria en 2010 pour Microsoft, au Sénégal et en Tanzanie en 2011 pour IBM et dans dix pays entre septembre et décembre derniers pour HP. Arrivé en 2007 au Kenya et désormais présent dans six états, Google, leader mondial de la Net-économie, tient une place à part dans cette offensive américaine en jouant à fond la carte de la pédagogie auprès des développeurs informatiques, des communautés étudiantes, des start-up et des gouvernements. L’objectif est de favoriser l’usage de la Toile avec un raisonnement simple: plus l’utilisation du réseau mondial sera répandue, plus sa part du gâteau sera grande.

Julien Clémençot

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Cummins met le turbo

Le fabricant de moteurs diesels installé à Johannesburg depuis 1946 entend se diversifier dans les secteurs agricole et maritime, mais surtout dans ceux du pétrole et du gaz.

Premier fabricant et fournisseur au monde de moteurs diesels pour engins industriels et de groupes électrogènes, Cummins porte ces dernières années une attention très soutenue au marché africain. Lassée de voir la concurrence chinoise monopoliser les contrats, la compagnie basée dans l’Indiana entend saisir les opportunités qui ne manquent pas de se présenter sur le continent, dans la foulée des nombreux projets miniers et  des chantiers d’infrastructures  en cours ou à venir. « Nous  voulons atteindre 1 milliard de dollars [804 millions d’euros, NDLR] de chiffre d’affaires par an d’ici à 2017 », a dernièrement déclaré à la presse américaine  Tom Linebarger, le président de  l’entreprise. L’Afrique ne pèse pour l’instant que 2,5% des 18 milliards de dollars du chiffre d’affaires réalisé en 2011 dans les 190 pays où Cummins est Présent, « mais avec l’un des taux de croissance les plus rapides enregistrés aujourd’hui par [ses] différentes filiales à travers le monde », constate Tom Linebarger. Établi sur le continent depuis le début des années 1940, Cummins est aujourd’hui directement implanté au Maroc, au Ghana, au Zimbabwe, en Zambie, au Botswana et en Afrique du Sud, où se trouve le siège africain de la société depuis 1946.Il dispose également de joint-venture avec des partenaires locaux au Nigeria et en Angola, ainsi que d’un réseau de distributeurs dans plusieurs autres pays, qui lui permettent notamment de fournir des moteurs et des pièces de rechange aux véhicules indiens et chinois en tout genre qui sillonnent le continent. Passée à l’offensive, la compagnie entend diversifier ses activités dans les secteurs agricole et maritime, ainsi que dans le pétrole, et, surtout, le gaz, « de plus en plus utilisé comme source d’énergie sur le continent », témoigne la direction depuis Johannesburg. Prête à investir 15 millions de dollars par an dans de nouvelles implantations, elle compte également étendre rapidement son réseau en Afrique de l’Ouest, notamment en direction du Sénégal ou du Cameroun, et vient d’inaugurer son bureau régional à Casablanca, pour chapeauter l’ensemble d’un marché nord-africain qualifié de « très prometteur » par ses responsables. Comme un retour aux sources pour la société, débarquée sur le continent dans les bagages du général Patton, alors chef des troupes américaines stationnées en Afrique du Nord.

Olivier Caslin

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