Richard Attias : «l’Afrique doit se construire un nouveau leadership» (Les Afriques n°205 du 07/06/2012)

La première version panafricaine du New York Forum aura lieu dans quelques jours à Libreville. Initiateur de la rencontre, Richard Attias, répond à nos questions. Interview.

Les Afriques : Vous allez organiser le New York Forum en Afrique pour la toute première fois. Pourquoi le choix du Gabon ? Quel est le but de ce forum ?

Richard Attias : Le choix du Gabon s’est imposé pour plusieurs raisons. Tout d’abord le Président Ali Bongo avait depuis plusieurs années l’idée d’organiser un forum économique dans son pays et cette idée a rejoint mon souhait de créer une version panafricaine de mon New York Forum. Par ailleurs, après le succès de la CAN et sur la base de la stratégie de développement et d’émergence du Gabon, le pays me paraissait très légitime. Le but du Forum est en relation avec ses fondamentaux: réunir des dirigeants économiques et politiques ainsi que de jeunes entrepreneurs et des investisseurs internationaux afin de relancer tous ensemble la croissance et donner de la visibilité aux différents acteurs de la société civile. C’est un laboratoire d’idées qui doit produire et soumettre des solutions et surtout un appel à l’action.

LA : De nombreuses personnalités comme le prix Nobel Mohamed Yunus et de hautes personnalités de la finance mondiale viendront s’exprimer lors de ce forum. Quels messages particuliers souhaitez- vous qu’ils adressent aux pays africains?

RA : Un message d’optimisme et d’encouragement avant tout ! Donner le sentiment que l’Afrique à un véritable rôle à jouer sur la scène internationale et que le continent doit prendre son destin économique en mains alors que l’Europe et les Etats-Unis sont au ralenti. Pour la première fois depuis des dizaines d’années l’Afrique peut être une solution à la réémergence économique du monde et peut désormais contribuer à la croissance mondiale. Il est temps d’intégrer ce continent dans l’économie mondiale, bien au-delà de l’Afrique du Sud qui a rejoint les Brics, d’autres pays africains ont des atouts à mettre en avant. Le New York Forum Africa doit aider à exprimer cela et à faire venir des investisseurs internationaux. L’Afrique intéresse et la présence de ces personnalités en témoigne.

LA : Il sera beaucoup question d’économie et de stratégie lors de ce forum. Comment le débat entre rigueur et croissance qui fait rage en Europe peut-il être décliné dans l’environnement africain ?

RA : C’est un débat qui est au cœur de nos discussions au sein du New York Forum depuis sa création. Nous y rajoutons la confiance qui doit revenir impérativement sans être décrétée mais rétablie. La croissance est présente de fait en Afrique mais la rigueur doit être dans tous les secteurs sur le continent et notamment en termes de bonne gouvernance, de transparence, d’investissements, d’éducation. C’est ce qui appuiera et déterminera le vrai leadership. C’est le deuxième message que je souhaite faire passer : l’Afrique doit se construire un nouveau leadership.

LA : A l’instar de beaucoup de pays africains, le Gabon est riche en matières premières. Comment expliquez-vous le retard pris par les pays africains cinquante ans après l’indépendance ?

RA : Je crois que les partenariats n’ont pas toujours été au rendez-vous et que les ambitions politiques ont parfois occulté le développement économique. Par ailleurs les niveaux éducatifs n’étaient pas toujours au niveau. Il y a aujourd’hui des élites bien formées qui ont les capacités de mettre en œuvre des stratégies et des visions. C’est souvent la mise en œuvre qui a fait défaut. A nous de les aider.

LA : Vous êtes né à Fès, mais vous êtes plutôt présenté comme un citoyen du monde. Quels sont vos rapports avec l’Afrique et le monde arabe?

RA : Je suis très attaché à mes racines comme chacun le sait. J’ai conservé ma nationalité marocaine et je me sens très africain en termes de valeurs, de mentalité, de culture. Je connais bien le continent avec ses complexités, ses contradictions, ses forces et ses faiblesses. L’amitié et la famille sont des valeurs très présentes en Afrique et nous retrouvons beaucoup cela dans le monde arabe. D’où, le fait que je m’y sente bien et que j’y ai de nombreux amis fidèles depuis plus de 40 ans.

Propos recueillis par Adama Wade

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