IDE : un recul en trompe l’œil (Jeune Afrique n°2687 du 08/07/2012)

Les investissements directs étrangers sur le continent ont chuté en 2011. Principalement dans le Nord, après le printemps arabe, note la Cnuced, qui souligne en revanche leur forte progression au sud du Sahara.

A première vue, rien ne porte à l’optimisme. Au contraire. Avec un flux de 42,7 milliards de dollars (33,9 milliards d’euros) l’an passé, les investissements directs étrangers (IDE) sur le sol africain reculent pour la troisième année consécutive, d’après le « Rapport 2012 sur l’investissement dans le monde » de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (Cnuced).

L’Afrique n’est-elle donc pas la dernière terre d’investissements de la planète ? Les experts et consultants des cabinets les plus prestigieux se sont-ils trompés en vantant aux patrons de multinationale l’énorme potentiel du continent? Non. Car c’est la seule Afrique du Nord (- 51,1%) qui a pénalisé le continent en 2011, payant cash le prix du Printemps arabe.

L’Égypte a été frappée de plein fouet. Locomotive africaine d’ordinaire, avec une moyenne de 8 milliards de dollars d’IDE par an depuis le milieu des années 2000, le pays a enregistré en 2011 un flux négatif d’investissements de près de 483 millions de dollars (des entreprises étrangères ont rapatrié leurs capitaux).

Dans un contexte comparable, la Tunisie a mieux que résisté en maintenant son flux d’IDE à 1,1 milliard de dollars en 2011, contre 1,5 milliard en 2010. Si ce chiffre est loin du pic de 2006 (3,3 milliards de dollars d’IDE), « c’est un niveau élevé un pays de cette taille », insiste Quentin Dupriez, l’un des auteurs du rapport.

De leur cote, Alger et Rabat ont vu leurs flux d’IDE retrouver leurs niveaux d’avant la crise de 2008. Entre 2010 et 2011, les investissements directs étrangers au Maroc ont grimpé de 1,6 à 2,5 milliards de dollars, tandis qu’en Algérie ils sont passés de 2,3 à 2,6 milliards de dollars. Une prime à la stabilité politique?

Pétrolier. Une prime en tout cas bien maigre par rapport aux chiffres enregistrés au sud du Sahara. Les IDE s’y sont envolés (+25%) à 36,9 milliards de dollars l’an dernier approchant le record de 2008 (37,3milliards). « Une augmentation continue du prix des matières premières et un contexte économique favorable en Afrique subsaharienne figurent parmi les facteurs ayant contribué à ce redressement », explique le rapport.

De fait, les investissements dans les matières premières dominent (25% environ), devant les télécoms, l’énergie, l’immobilier, le commerce et l’industrie. Ce n’est donc pas un hasard si les États pétroliers sont majoritaires parmi les cinq premiers pays destinataires des IDE en 2011. De nouveaux ou futurs producteurs de pétrole (Ouganda, Kenya…), de gaz ou de charbon (Mozambique) devraient être à l’honneur dans les années à venir au regard de leur important potentiel en cours d’exploration.

Les ressources naturelles sont donc un atout non négligeable. Mais pour les pays qui n’en disposent pas, il n’y a pas de fatalité. Profitant de sa situation géographique et de son port, le Bénin attire ainsi chaque année plus de 100 millions de dollars d’IDE (118,5 millions en 2011). Tendance identique pour le Cap-Vert ou le Rwanda. Ce dernier dépasse également 100 millions de dollars d’IDE annuels depuis 2008 (sauf en 2010), alors qu’il en attirait moins de 10 millions en moyenne entre 2000 et 2005. « C’est la preuve qu’une politique de réformes et d’intégration régionale a un impact », insiste Quentin Dupriez.

Et demain? « Les perspectives africaines sont plutôt bonnes pour 2012 ainsi que pour les deux prochaines années », estime-t-il. Le continent pourrait même atteindre ou dépasser dès cette année son pic de 2008 (57,8 milliards de dollars). « Tout dépendra de la situation politique en Afrique du Nord, notamment en Égypte. Le potentiel économique du pays ne se reflète pas dans les chiffres actuels, note Dupriez. La tendance s’inversera rapidement dès que les investisseurs se sentiront rassurés. »

Jean-Michel Meyer

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