Archive for août, 2012

31 août 2012

Mode : Mehdi Slimani, un pied en Ethiopie (Jeune Afrique n°2692-93 du 12/08/2012)

Ce Franco-Algérien de 37 ans est le cofondateur de Sawa, une marque de baskets fabriquées à Addis-Abeba et déjà vendues sur trois continents.

Intarissable ! Lorsqu’il s’agit de Sarva, la marque de chaussures qu’il a fondé en 2009  avec deux de ses amis, Medhi Slimani peut parler pendant des heures. En cette fin d’après-midi d’août, ce Franco-Algérien de 37 ans est d’autant Plus loquace que la rentrée Prochaine s’annonce riche pour sa jeune entreprise. D’abord, le rappeur à succès Oxmo Puccino, Français d’origine malienne, chaussera des baskets Sawa pour la sortie de son nouvel album, Roi sans carrosse, prévue le 17 septembre. Un modèle spécial, conçu pour cette occasion, sera vendu en édition limitée. Ensuite, la marque française de prêt-à-porter Cotélac a accepté de distribuer dès le mois prochain, sa nouvelle collection automne -hiver.

Kabyle. Né dans les Ardennes (nord-est de la France) de parents kabyles, Mehdi Slimani porte, avec ses partenaires, un projet audacieux : commercialiser dans le monde entier des chaussures entièrement fabriqué es en Afrique. Les baskets Sawa, déjà vendues dans de grands magasins en Europe, aux États-Unis, au Japon et à Hong Kong, proviennent en effet d’une chaîne de montage située dans une zone industrielle au cœur d’Addis-Abeba. « Toute la matière première – cuir, lacets et semelles en caoutchouc – est disponible sur place. En termes logistiques, c’est un gain de temps considérable pour la production », assure ce diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Lille (nord de la France). En plus, avec le hub d’Ethiopian Airlines et les avantages fiscaux offerts par le gouvernement éthiopien dans le cadre de sa politique industrielle, les produits finis sont facilement acheminés vers les marchés cibles. Sawa, qui emploie localement environ 250 personnes, table ainsi sur la vente de 10.000 paires de chaussures dès cette année, et à peu près le double en 2013. Pour Mehdi Slimani, il s’agit là d’une renaissance. Car l’aventure a failli tourner court en 2011, seulement deux ans après son démarrage. La société Sawa, qui tient son nom de l’une des principales ethnies de Douala, était alors basée dans la capitale économique du Cameroun. En 2009, lorsque les trois associés décident de se lancer – après un voyage de six mois en Afrique -, ils choisissent ce pays pour, se souvient le Franco-Algérien, « l’énergie et le dynamisme de sa population ».

L’idée est alors de produire des chaussures avec des matières provenant des quatre coins du continent: toile fournie localement par la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), lacets venant de Tunisie, caoutchouc d’Égypte, emballages d’Afrique du Sud… « Nous pensions que la meilleure façon de montrer notre attachement à l’Afrique c’était d’aller souffrir sur place pour y créer de la valeur ajoutée », explique ce spécialiste de la finance d’entreprise dont le style jeans-baskets tranche nettement avec le costume – cravate classique des hommes d’affaires.

Fléau. Et la souffrance, il y a eu droit. Après des débuts prometteurs, Mehdi Slimani, fort d’une douzaine d’années d’expérience chez les équipementiers automobiles français Valéo et Faurecia au Brésil et en Chine, se retrouve très vite confronté à la dure réalité du Cameroun : la corruption. En deux ans, ce fléau a coûté pas moins de 500.000 euros à la jeune société. « Il fallait quitter le Cameroun ou mettre la clé sous la porte », explique celui qui affirme avoir toujours aimé la mode. C’est d’ailleurs pour se lancer dans cette industrie qu’il avait choisi, après les années passées dans le secteur automobile, de se réorienter vers le marketing grâce à un poste décroché chez l’équipementier français Le Coq sportif. Après son échec au Cameroun, l’Éthiopie lui offre désormais une autre chance de réaliser son rêve.

Stéphane Ballong

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31 août 2012

Chine-Afrique : entre mythes et réalités (Jeune Afrique n°2692-93 du 12/08/2012)

Comme il l’a confirmé lors du sommet des 19 et 20 juillet, Pékin est le premier partenaire  commercial du continent et son principal bailleur de fonds. Malgré les innombrables rumeurs sur ses méthodes et ses intentions, la réalité est plus contrastée qu’on ne veut bien le voir.

Si la présence chinoise sur le continent n’est pas nouvelle, elle a pris une ampleur colossale au cours de la dernière décennie. Les échanges avec l’empire du Milieu ont été multipliés par douze en dix ans. Après être devenu le premier partenaire commercial de l’Afrique en 2009, Pékin a gagné le titre de premier bailleur de fonds, annonçant, lors du cinquième sommet Chine-Afrique qui s’est tenu dans la capitale chinoise les 19 et 20 juillet, qu’il allait porter le montant des prêts au continent à 20 milliards de dollars (16,3 milliards d’euros) pour les trois années à venir.

L’émergence du géant asiatique suscite d’ailleurs des réactions contrastées, allant de l’accusation de pillage à l’espoir. Ainsi la Chine a-t-elle été soupçonnée d’acheter massivement des terres en Afrique; en fait, l’appétit de cet « ogre » n’excède pas 4 % des accaparements fonciers au sud du Sahara. Ainsi chacun a-t-il entendu ces histoires de « prisonniers » chinois envoyés bâtir des routes en Afrique; histoires qui n’ont été étayées d’aucune preuve, mais qui ont encore de beaux jours devant elles. Cette profusion d’informations sur la « Chinafrique », souvent imprécises, parfois erronées, souligne un fait majeur: les motivations des investisseurs chinois, leurs modalités d’action et l’impact de leur présence sont encore mal compris.

Main tendue. La présence de la Chine en Afrique a tout d’abord été politique. Elle s’enracine dès les années 1960 avec le soutien de Mao aux indépendances africaines. Ce n’est qu’en épousant la libéralisation de l’économie chinoise, initiée par Deng Xiaoping dans les années 1990, qu’elle prend un visage plus économique. Vingt ans après, la montée en puissance de Pékin dans l’économie africaine a bouleversé les équilibres, pour le meilleur et pour le pire. Car, comme le confie un conseiller du ministre béninois de l’Industrie, « personne en Afrique ne refusera la main tendue de la Chine, quels que soient les intérêts qu’elle sert et les conditions imposées… Il y a bien trop d’argent en jeu et les investisseurs sont encore rares ». Un constat d’autant plus pertinent qu’européens et Américains, touchés par la crise, se replient.

Dans certains pans de l’économie, la Chine s’est rendue incontournable, remportant notamment une grande par des contrats de construction (routes, ponts, aéroports, lotissements…). En la matière, elle œuvre dans des délais et à des coûts imbattables. En échange des prêts à taux concessionnels qu’il octroie à ses partenaires pour financer les projets, l’empire du Milieu signe de juteux contrats d’approvisionnement en matières premières. C’est ce qu’il nomme une stratégie « gagnant-gagnant ». De fait, la carte des investissements chinois en Afrique épouse, dans une large mesure, celle des ressources naturelles les plus précieuses. Le Soudan, l’Angola et le Nigeria (pétrole), l’Afrique du Sud (charbon, platine), la RD Congo et la Zambie (cuivre et cobalt) sont devenus les partenaires privilégiés du géant asiatique.

La Chine n’hésite pas à mettre les moyens de ses ambitions sur la table, au mépris du risque de ré-endettement des pays concernés. Les 6 milliards de dollars de prêt accordés par Pékin à Kinshasa en 2007 ont ainsi fait grincer des dents au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Mondiale, alors qu’un allègement de 80% de la dette extérieure de ce pays fragile – soit 12 milliards de dollars – était en préparation. Côté africain, la Chine est souvent plébiscitée, car son offensive brise le monopole des firmes européennes, créant une profitable concurrence.

L’emprise de Pékin dépasse cependant largement les infrastructures et les ressources naturelles. Elle concerne tout le tissu économique. Il suffit de remonter les allées du Centenaire, à Dakar, pour se convaincre que la présence des petits commerçants chinois n’est pas anecdotique. S’y égrènent plusieurs centaines d’échoppes vendant des produits de pacotille, des chaussures strassées qui séduiront les belles Sénégalaises, des savons qui approvisionneront les mères de famille. Liu, jeune Chinois résidant à Dakar, comprend assez mal l’animosité suscitée par la présence des commerçants asiatiques: « Après tout, rien n’empêche les clients d’aller chez nos voisins sénégalais. » Rien, en effet, sinon le désir de pouvoir consommer, qui gagne les couches populaires africaines. Nombreux sont les petits consommateurs qui se réjouissent d’avoir accès à bon prix à des produits autrefois réservés à une élite.

Dans certains secteurs comme le textile,  l’arrivée des Chinois a cependant quasiment réduit à néant l’effort d’industrialisation. Ainsi, en Afrique du Sud, au Lesotho ou au Nigeria, les ateliers de confection se heurtent désormais à la concurrence frontale des métiers à tisser de Shanghai. En une décennie à peine, le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine dans le domaine du textile est passé de 200 millions à 1,35 milliard de dollars. En dépit des coûts de transport, les produits chinois demeurent en effet plus compétitifs, impossible ou presque, aujourd’hui, de trouver du wax non chinois sur un petit marché de Cotonou !

Passage éclair. Le succès commercial de Pékin a fait couler beaucoup d’encre sur la « stratégie chinoise en Afrique ». Or il existe sur le continent autant de stratégies que d’acteurs chinois. Beaucoup de décideurs locaux n’ont aucune idée de la nature de leurs interlocuteurs chinois, à l’instar de ce cadre du ministère sénégalais de l’Agriculture, incapable d’indiquer avec qui – entrepreneur privé, firme d’État chinoise, département de la coopération de l’ambassade? – il négocie un accord portant sur 50.000 ha de terres arables.

De fait, derrière le masque des « Chinois d’Afrique » se dévoilent des visages contrastés. Petits exploitants agricoles quittant des régions en déprise, ouvriers qualifiés recrutés par des cabinets spécialisés, hommes d’affaires intrépides en quête de fortune, fonctionnaires des grandes firmes d’État… Beaucoup échappent d’ailleurs aux recensements, qui évaluent leur nombre à 1 million sur le continent. Certains resteront de longues années en Afrique, naviguant de pays en pays, comme cet ingénieur rencontré au Ghana qui se targue d’avoir « vécu dans sept pays d’Afrique en dix ans ». D’autres n’y feront qu’un passage éclair. Plus rares sont ceux en revanche, qui décident de s’y installer de façon définitive. Le temps de la Chine en Afrique est venu, ouvrant des perspectives ambiguës. L’activité chinoise présente des avantages évidents pour ses partenaires africains : des possibilités de financement accrues, une diversification des débouchés pour les pays producteurs et un apport important en infrastructures de base, qui font tant défaut. A contrario, elle génère une hausse des prix des matières premières. La vente de biens manufacturés bon marché offre des opportunités aux consommateurs, mais au prix de la destruction de certains tissus industriels locaux. Hubert Dibgolongo, directeur général de Burkina Moto, à Bobo-Dioulasso, se désole ainsi que le commerce de cyclomoteurs importés de Chine, bien souvent au mépris des normes douanières, engendre peu à peu l’effondrement des filières locales de montage. En outre, les retombées en termes d’emploi et transfert de technologie restent insuffisantes pour que la présence chinoise ait un impact notable sur le développement.

Il serait cependant réducteur de croire que les pays africains louent aveuglément le jeu de Pékin, suivant ses directives tels des élèves trop dociles. Les ressources naturelles colossales de l’Afrique, dont la Chine a plus que jamais besoin pour maintenir son essor, constituent une véritable arme de négociation. C’est aux dirigeants africains, à qui Pékin déroulait le tapis rouge du sommet de juillet, qu’il incombe aujourd’hui d’envisager une meilleure affectation des moyens exceptionnels apportés par les investissements chinois.

Clara Arnaud

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La première « banque » du continent

En même temps qu’elle accorde des prêts à des conditions préférentielles, China Exim Bank négocie des contrats pour les groupes du pays.

Vingt milliards de dollars, soit 16,3 milliards d’euros ! C’est le montant des prêts que Pékin s’est engagé à distribuer en Afrique au cours des trois prochaines années. Cette somme, qui représente le double de celle que l’empire du Milieu avait promise aux Africains en 2009, servira notamment à financer les infrastructures, l’agriculture, l’industrie manufacturière… Et elle proviendra essentiellement des caisses de son principal bras financier sur le continent, The Export-Import Bank of China (China Exim Bank). Créée en 1994 et détenue à 100 % par l’État, l’institution propose, avec l’appui du ministère chinois du Commerce des prêts à des conditions préférentielles tout en négociant des contrats pour les entreprises chinoises. Elle dispose pour cela de moyens colossaux, à savoir une bonne partie des réserves de change de la Chine, estimées à plus de 3240 milliards de dollars à fin juin 2012.

En décembre 2011, l’agence de notation Fitch Ratings évaluait à 67,2 milliards de dollars le montant total des prêts de China Exim Bank en Afrique entre 2001 et 2010, ce qui la place largement devant la Banque Mondiale, dont le total des engagements en Afrique au cours de la même période s’élevait à près de 55 milliards de dollars. Certes, les conditions d’attribution des prêts de China Exim Bank, souvent opaques, sont décriées, mais nombre d’observateurs s’accordent sur certains aspects avantageux: le taux d’intérêt est en moyenne de 2,85 % pour une maturité de dix à vingt ans, avec un délai de grâce de trois à sept ans.

Positif. La Banque Africaine de Développement (BAD) note même que « les prêts chinois à l’Afrique ont un impact positif car ils ciblent l’amélioration des infrastructures et renforcent les perspectives de croissance à long terme ». C’est via sa représentation basée à Johannesburg que cette banque, dirigée par Li Ruogu, opère en Afrique. À 61 ans, cet ancien directeur exécutif de la Banque asiatique de développement a étroitement travaillé avec la BAD.

Le fonds souverain China Investment Corporation entend lui aussi renforcer sa présence en Afrique. Avec un portefeuille d’actifs de plus de 200 milliards de dollars, il a ainsi racheté, en décembre 2011, 25% du capital de Shanduka, l’un des plus grands fonds d’investissement sud-africains. Cette opération de f 2,2 millions de dollars lui permet de détenir indirectement des parts dans une trentaine de sociétés dans l’énergie, l’agroalimentaire, l’immobilier ou encore la finance.

Stéphane Ballong

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Mines : rentables fréquentations

Majors et juniors n’hésitent plus à signer des partenariats ou à créer des coentreprises avec des groupes chinois, dont la capacité de financement s’avère fort utile pour développer des projets en Afrique.

Il est loin le temps où travailler  avec les groupes chinois rebutait les multinationales actives  en Afrique. Désormais, elles sont nombreuses à vouloir s’associer avec eux, en particulier dans les secteurs où les Chinois ne maîtrisent pas encore les technologies de production et où les besoins en capitaux sont importants.

Exemple frappant de ce « réchauffement », le secteur minier où se multiplient les accords entre les groupes cotés à Londres, Sydney, Johannesburg ou Toronto et des métallurgistes chinois. Fin 2010, le géant australien Rio Tinto avait fait sensation en s’associant – c’était une première – à Chinalco Pour l’exploitation du méga-gisement de fer du Simandou, en Guinée. Cela a permis au groupe australien de financer les infrastructures logistiques coûteuses du projet, grâce aux 1,35 milliard d’euros apportés par son partenaire chinois, mais aussi d’améliorer ses relations avec les autorités guinéennes, grâce à un appui politique de Pékin. Jadis, un tel accord n’aurait pas été envisageable, compte tenu de la volonté des majors de contrer les tentatives de leurs acheteurs de remonter la filière.

Tour de force. De même, des juniors qui manquent de moyens capitalistiques pour passer à la phase d’exploitation s’associent avec succès aux groupes chinois. Un moyen pour elles d’éviter leur rachat par des géants du secteur. Frank Timis, patron d’African Minerals, a ainsi réussi le tour de force d’attirer deux investisseurs chinois dans ses projets sierra-léonais. Coup sur coup, il s’est assuré la prise de participation de 12,5% de son Projet de Tonkolili par China Railway Materials en échange de la construction d’une voie ferrée, puis de 25% par Shandong Iron and Steel Group, qui s’est engagé au passage à lui acheter 10 millions de tonnes de fer par an. « J’aide les Chinois à casser l’oligopole mis en place par les australiens Rio Tinto et BHP Billiton et le brésilien Vale, qui à eux trois contrôlent 80 % du marché du fer. Contrairement à ces trois majors, j’offre aux groupes chinois un véritable accès à un outil industriel minier. Avec moi, ils ne sont plus simplement clients, mais décideurs et investisseurs », se félicitait Frank Timis dans une interview à Jeune Afrique, début 2011.

Autre exemple: Octéa, filiale diamantifère de Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), a également mis en place un partenariat original avec la Chine. Pour développer son gisement de Koidu, en Sierra Leone, ce groupe israélien de taille moyenne a décidé de lever des fonds à…Hong Kong. « Nos pierres sont appréciées et vendues en Chine. Il est logique de solliciter les investisseurs là où se trouvent nos clients », expliquait en février Dag Cramer, vice-président du groupe.

Christophe Le Bec

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Chez les pétroliers aussi

C’était un tabou, on  risquait de se voir jeter  l’opprobre. Mais  aujourd’hui, on l’appelle  de ses vœux. Dans les  milieux très discrets des  multinationales pétrolières,  s’associer à un groupe  chinois est devenu stratégique. Le français Total s’est ainsi rapproché dès 2009 de China National Petroleum Corporation pour développer le permis du lac Albert, en Ouganda. « Nous leur apportons une expertise dans l’exploration et la production; eux nous apportent leurs moyens dans certaines infrastructures », expliquait alors un cadre de la firme française, précisant que la construction d’un pipeline de plusieurs centaines de kilomètres pour évacuer l’or noir de ce pays enclavé pourrait leur être confiée. Rapide et moins cher, le savoir-faire chinois a des atouts non négligeables.

Michael Pauron

30 août 2012

Infrastructures : Afrique de l’Est, les mégaprojets qui pourraient tout changer (Jeune Afrique n°2692-93 du 12/08/2012)

Soudan-Kenya : Faites Lamu, pas la guerre

Salva Kiir (Soudan du Sud), Mwai Kibaki (Kenya), Mélès Zenawi (Éthiopie) : le 2 mars 2012, les trois Présidents étaient présents au lancement officiel de l’un des plus importants projets d’infrastructures en Afrique de l’Est. Son petit nom ? Lapsset, pou Lamu Port and Lamu Southern Sudan-Ethiopia Transport Corridor dont le coût est aujourd’hui évalué à 24 milliards de dollars (plus de 19 milliards d’euros). Longtemps dans les cartons – l’idée de créer un second port kényan sur l’océan Indien, après Mombasa, daterait des années 1970 -, ce projet semble avoir commencé à se concrétiser véritablement avec la construction de 3 des 32 mouillages, mais les travaux dureront plusieurs dizaines d’années.

Il s’agit non seulement de réaliser un port en eau profonde à Manda Bay, mais aussi de le relier par train et route à Djouba et Addis-Abeba via Lokichogio et Moyale. En outre, et c’est sans doute là l’élément le plus important, le port de Lamu devrait à terme permettre au tout jeune Soudan du Sud d’exporter son pétrole sans se plier aux exigences de Khartoum. La crise actuelle entre les deux Soudans explique la relance politique dont bénéficie le projet, notamment en ce qui concerne le volet des raffineries et du pipeline.

Pirates. Si la réussite du Lapsset permettrait une meilleure intégration régionale du Kenya, du Soudan du Sud, de l’Éthiopie et même de l’Ouganda, les obstacles sont nombreux. Le plus difficile sera sans doute de séduire les investisseurs, même si la Chine, le Qatar, l’Allemagne, la Banque Africaine de Développement (BAD) et la Banque Mondiale ont montré leur intérêt. En effet, le port de Lamu s’ouvrira sur une zone maritime dans laquelle les pirates sont très actifs et à proximité  de la Somalie où, malgré l’action de la mission de l’Union Africaine (Amisom) et de l’Armée kényane, le chaos orchestré par les milices Shebab reste problématique.

En outre, au-delà des questions environnementales et culturelles soulevées par une telle industrialisation, le projet se heurte à l’opposition des communautés locales, peu consultées, dont celle des 25.000 pêcheurs qui dépendent des ressources halieutiques de la baie. Dans un contexte politique tendu (élections aux Kenya, conflit inter soudanais en Somalie), la corruption risque aussi de freiner le projet: des achats de terres à des fins spéculatives ont d’ores et déjà été dénonces.

Nicolas Michel

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Éthiopie : barrages titanesques

« Château d’eau de l’Afrique »: de la Guinée à la RD Congo, le titre est revendiqué par plusieurs pays. Mais s’il en est un qui peut légitimement y prétendre, c’est bien l’Éthiopie. Le pays, d’une altitude moyenne de plus de 2000 m, connaît une très généreuse saison des pluies. L’énorme potentiel hydroélectrique qui en découle (estimé à 45 gigawatts – GW) pourrait donc fournir une partie de l’énergie nécessaire à une Afrique de l’Est en plein essor (le continent dans sa totalité consomme 488 GWh par an).

C’est toute la stratégie adoptée par Addis-Abeba en 2005, et qui devrait lui permettre de multiplier par sept sa production hydroélectrique lors des cinq prochaines années. Le barrage de Gilgel Gibe III, sur la rivière Omo (qui coule des hauts plateaux vers le Kenya, un de ses futurs clients), devrait être achevé courant 2013 et plus que doubler la puissance installée. Les ONG craignent toutefois son impact sur le mode de vie de la population en contrebas, étroitement lié au niveau du lac Turkana qu’il alimente.

Mais la pièce maîtresse du dispositif éthiopien reste le gigantesque barrage de la Renaissance, sur le Nil Bleu (principal affluent du Nil), à mi-chemin entre Addis-Abeba et Khartoum et dont la construction devrait s’achever en 2014. Les chiffres du futur barrage, le plus puissant du continent, donnent le tournis : il devrait avoir une capacité de 6 GW (soit la puissance de près de quatre réacteurs nucléaires de dernière génération), coûter quelque 5 milliards de dollars (4 milliards d’euros, qu’Addis-Abeba a prévu de financer seul, s’appuyant notamment sur un grand emprunt), mesurer 145 m de haut et 1800 m de long, et enfin retenir un bassin de 63 milliards de mètres cubes, soit le double du lac Tana, le plus grand du pays. Le projet suscite des tensions avec l’Égypte, qui craint que les évaporations d’eau et autres usages agricoles de la retenue ne rognent sur ses « droits historiques » à l’utilisation des eaux. Mais le Premier ministre éthiopien, Mélès Zenawi, a affiché sa détermination: « Nous mettrons toutes nos forces et chaque centime de nos économies dans l’achèvement de notre programme. »

Pierre Boisselet

30 août 2012

Mines : BHP Billiton s’extrait du continent (Jeune Afrique n°2691 du 05/08/2012)

Après ses désinvestissements en Guinée, en RD Congo et en Afrique du Sud, la major Australienne semble accorder moins d’intérêt à l’Afrique. Elle devrait toutefois rester à l’affût d’opportunités dans le cuivre et dans le fer.

Ne cherchez pas l’Afrique dans le dernier rapport d’exploration et de développement du géant australien BHP Billiton. Aucun projet majeur pour le continent n’apparaît dans le document publié le 18 juillet. Pas même en Afrique du Sud, où la major est pourtant cotée, comme à Sydney, à Londres et à New York. Mi -2012, le groupe dirigé par Marius Kloppers, natif du Cap, comptait 10.000 salariés en Afrique (sur 41.000 en tout), principalement dans ses installations minières sud-africaines (charbon, manganèse, aluminium et titane), algériennes (pétrole et gaz) et mozambicaines (aluminium). Au cours des douze derniers mois, la firme a réalisé 1,16 milliard d’euros de chiffre d’affaires en Afrique australe, à peine 2% de ses revenus globaux (55 milliards d’euros). Elle y extrait 46% de son manganèse et 47 % de son charbon thermique. Elle y produit aussi 85% de son aluminium. Mais ces chiffres devraient baisser à l’avenir.

Bye-bye Kinshasa. Depuis six mois, les indices d’une réduction de la voilure africaine se sont ainsi multipliés. Le groupe a mis en place, fin 2011, un redéploiement de ses équipes d’exploration dévolues au continent, en affectant à l’Amérique latine plus de la moitié des 200 géologues qui y travaillaient.

Dans la filière bauxite- aluminium, il a annoncé, le 7 février, la vente des parts (33 %) qu’il détenait dans la raffinerie de Guinea Alumina Corporation, en Guinée.

Une semaine plus tard, il a signifié son retrait de ses derniers projets actifs en RD Congo, avec l’abandon de la construction d’une raffinerie d’aluminium à l’embouchure du fleuve Congo et, par conséquent, a annulé sa participation au barrage hydroélectrique d’Inga, qui devait l’alimenter. Deux investissements qui devaient coûter conjointement au groupe australien et à l’État congolais 4,9 milliards d’euros, et générer 15.000 emplois.

Dernière annonce en date, le 18 juillet, la cession de ses parts dans la Société des mines de fer de Guinée, qui explore les gisements de Diecké et de Nimba-Nord. Une décision qui a aussitôt entraîné les spéculations des analystes sur un éventuel retrait au Liberia voisin, en raison des synergies envisagées entre les projets ferreux de BHP Billiton dans les deux pays. Enfin, la major est en train de vendre les 37% qu’elle détient dans Richard Bay Minerals, qui extrait du titane en Afrique du Sud.

Frilosité. Pour la filière bauxite-aluminium comme pour le fer, la direction s’est justifiée par la « faiblesse des prix sur les marchés internationaux » et par la baisse de la demande chinoise. Le titane est quant à lui jugé comme un actif non stratégique par le groupe, qui dispose déjà du panier de ressources le plus diversifié parmi les majors minières. Mais pour les connaisseurs de l’entreprise, ces décisions tiennent surtout à la frilosité de la direction.

« Marius Kloppers tout comme ses principaux adjoints ne croient pas suffisamment en l’Afrique », regrette un ancien cadre dirigeant qui a coordonné plusieurs désinvestissements similaires. « Contrairement à son challengeur Rio Tinto [lire plus bas, NDLR], qui, malgré l’instabilité dans l’est de la RD Congo, y travaille toujours, BHP Billiton n’est pas prêt à assumer le risque politique. Il n’hésite pas à partir, y compris de manière brutale et en perdant de l’argent, si une situation lui paraît bloquée », ajoute-t-il.

Toutefois, si l’exploration directe est en repli, augurant une future production africaine de BHP Billiton en baisse, cela ne signifie pas un retrait général. Dans certaines filières comme le cuivre, le fer et le cobalt, pour lesquelles l’Afrique reste incontournable, le groupe australien va rester à l’affût d’opportunités, agissant au coup par coup. Présent au Gabon dans le projet de manganèse à Franceville, il manœuvre pour reprendre l’alléchant gisement de fer de Belinga détenu actuellement par un groupe chinois. Le cuivre zambien est aussi dans sa ligne de mire.

Options d’achat. Il continue aussi de signer- discrètement- des options d’achat avec des juniors d’exploration minière, moins exposées en Bourse. « Ces contrats stipulent, en échange d’un soutien financier de BHP Billiton, son entrée au capital en cas de découverte importante », explique le même ancien cadre, citant par exemple Ivanhoe Mines (aujourd’hui partenaire de Rio Tinto), actif dans le cuivre en RD Congo et en Afrique du Sud. Cela ne signifie pas que BHP Billiton mènera ces projets jusqu’au bout, mais ainsi il ne laisse pas ces gisements à la concurrence. « Au final, prédit notre interlocuteur, seuls les méga-gisements, où les économies d’échelle sont à leur maximum, seront développés. Les autres seront revendus. »

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Rio Tinto plus « risqueur »

L’australien Rio Tinto est plus offensif que son a frère ennemi r BHP Billiton. Malgré des négociations difficiles en Guinée, il poursuit le développement du gigantesque gisement de fer du Simandou, après un paiement de 570 millions d’euros pour sécuriser ses droits. En RD Congo, en dépit de l’instabilité politique, il explore le fer dans l’Est. Et il n’est pas rebuté par la réglementation changeante du Zimbabwe, où il exploite du diamant, ni par la transition malgache, où il extrait de l’ilménite.

29 août 2012

Djibouti : un pays en chantiers (Jeune Afrique n°2691 du 05/08/2012)

Le petit État profite de sa position privilégiée en Afrique de l’Est pour développer ses infrastructures de transport et de logistique. Il entend devenir la clé de voûte d’une croissance régionale tirée notamment par l’Éthiopie, voisin dynamique mais enclavé.

Un petit bout de territoire, mais de gros atouts économiques. Djibouti, 23.200 km2 et 900.000 habitants, tire son potentiel de sa position géostratégique. Il est situé sur le principal axe maritime reliant l’Europe à l’Asie, il est la porte d’entrée et de sortie des échanges commerciaux des pays enclavés d’Afrique de l’Est, notamment de l’Éthiopie, économie en plein essor et, avec 85 millions d’habitants, deuxième plus grand marché du continent derrière le Nigeria.

Si cette situation avantageuse a jusqu’ici surtout servi à des fins sécuritaires et humanitaires (la France et les États-Unis y ont implanté des bases militaires, et le Programme alimentaire mondial son hub régional), les autorités entendent désormais la transformer en véritable moteur de développement. Avec l’appui financier de la Banque Mondiale, elles ont élaboré un plan dénommé Vision 2035, qui doit être adopté en septembre. Le transport et la logistique, déjà piliers de l’économie de ce pays classé parmi les moins avancés, y occupent une large place. Il s’agit en fait de développer et de renforcer la compétitivité de Djibouti en tant que port de transbordement et d’éclatement de flux vers l’Afrique de l’Est.

De manière générale, Djibouti veut devenir un carrefour régional de services et de transformation de matières premières. Le gouvernement mène ainsi des négociations avec un investisseur suisse (dont le nom reste confidentiel) pour la construction d’ici à 2013 d’une raffinerie (490 millions d’euros d’investissement). L’objectif de ce pays non producteur de pétrole est d’importer du brut des pays du Golfe, de le raffiner localement puis de commercialiser les produits finis en Afrique de l’Est et dans les pays de la péninsule Arabique, le Yémen notamment.

Projets tous azimuts. Ce n’est là qu’un projet parmi tant d’autres annoncés depuis début 2012. Pas moins de 3,4 milliards d’euros d’investissements sont prévus, notamment pour la construction de cinq nouveaux terminaux portuaires à l’horizon 2017. La construction de ceux de Tadjourah et de Ghoubbet démarrera dès cette année. Le premier (53 millions d’euros financés par le Fonds saoudien de développement et le Fonds arabe pour le développement économique et social) sera livré en 2014 et servira à exporter près de 4 millions de tonnes de potasse éthiopienne par an. Addis-Abeba a d’ailleurs signé, début juillet, un contrat de 2,5 milliards d’euros avec  le turc Yapi Merkezi et China Communications Construction Company pour la construction d’un chemin de fer reliant la région de l’Afar dans le nord de l’Éthiopie, et ce nouveau port. Le deuxième, 42 millions d’euros financés par des investisseurs chinois et japonais, et dont les travaux s’achèveront en 2019, sera notamment destiné à l’exportation annuelle de 4,5 millions de tonnes de sel, principale matière première de Djibouti, extraite du lac Assal. Pour un investissement de près de 2 milliards d’euros (usine de liquéfaction et gazoduc compris), le terminal gazier de Koubado expédiera quant à lui 10 millions de mètres cubes de gaz éthiopien par an vers la Chine à partir de 2015. Également dans les tuyaux, un terminal pétrolier destiné à recevoir la production de brut du Soudan du Sud, et un quai à Damerjog pour exporter annuellement environ 5 millions de têtes de bétail d’Éthiopie et de Somalie vers les pays du Golfe et du Maghreb.

En attendant la réalisation de ces nouveaux terminaux, c’est celui de Doraleh, opérationnel depuis près de trois ans, qui continuera de porter l’activité. Avec 1 million de conteneurs traités chaque année, ce port, dont Dubai Ports World a obtenu en 2000 la concession pour vingt ans, arrive à saturation et doit être agrandi, pour porter sa capacité annuelle à 3 millions de conteneurs d’ici à 2017. Mais selon Mariam Hamadou Ali, directrice de l’économie au ministère des Finances, Doraleh a deux défauts: « Primo, l’Éthiopie est son principal client [90% des flux commerciaux du pays y transitent, NDLR] et il n’est pas encore ouvert  sur d’autres pays. Secundo, si sa contribution à la croissance est importante, celle-ci ne profite pas à l’ensemble de l’économie. » Reste que Doraleh demeure le principal moteur de la croissance du PIB, qui atteindra 4,9% cette année puis 6,7% en 2013, selon les prévisions de la Banque Africaine de Développement (BAD). Le pays se relève progressivement de la crise financière de 2008, qui a ébranlé Dubaï, son principal pourvoyeur en investissements directs étrangers : les flux en provenance de ce petit émirat et des autres pays du Golfe ont baissé de près de 68% entre 2009 et 2010. Cette région (avec le Koweït notamment) contribue aussi beaucoup à l’aide bilatérale, laquelle s’élève à 110 millions d’euros par an et représente 25% des subsides dont bénéficie annuellement Djibouti.

Les yeux vers la Chine. Le pays tente désormais de diversifier ses partenaires en se tournant notamment vers la Chine. En route pour le cinquième sommet Chine-Afrique, qui s’est tenu les 19 et 20 juillet à Pékin, le président Ismaïl Omar Guelleh, accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires, s’est arrêté à Shenzhen, haut lieu des zones économiques spéciales de l’empire du Milieu. Plusieurs protocoles d’accord ont été signés à l’occasion : avec l’équipementier télécoms Huawei Technologies notamment pour augmenter la bande passante djiboutienne de 1 à 20 giga-octets ; avec China Merchants Holdings, un conglomérat basé à Hong Kong pour développer le Port autonome international de Djibouti; et avec l’énergéticien Sinopec (lire ci-dessous).

Le pays a aussi souffert d’une sévère sécheresse qui a conduit les autorités à supprimer des taxes afin de venir en aide à la population. La décision a occasionné un manque à gagner de 21 millions d’euros par an. Djibouti, dont la dette publique représente 56 % du PIB, ne bénéficie pour l’heure que du programme de Facilité élargie de crédit du Fonds Monétaire International (FMI). En cours depuis 2009, il a permis au pays de disposer d’un montant total de 12,6 millions d’euros.

En plus du transport et de la logistique, Djibouti mise, dans son plan Vision 2035, sur la finance et les télécoms pour renflouer ses caisses et améliorer ses finances publiques. Ainsi, dans le secteur bancaire (onze établissements, dominés par Bank of Africa-Mer Rouge, propriété du marocain BMCE, et par Banque pour le commerce et l’industrie-Mer Rouge, que contrôle le français BPCE), une réforme en cours vise à durcir les obtentions de licence afin d’attirer les établissements de taille plus importante. Mais aussi bien pour les banques que pour les télécoms, le tourisme ou la pêche – autant de secteurs dans lesquels les initiatives se multiplient pour attirer davantage d’investisseurs -, le pays devra améliorer son climat des affaires. Dans son dernier rapport « Doing Business », la Banque Mondiale classe le pays au 170è rang sur 183. Un long chemin reste à parcourir.

Stéphane Ballong

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Le plein d’énergie

Confronté à un déficit énergétique récurrent, Djibouti vient de signer avec le chinois Sinopec un contrat pour la construction d’une centrale géothermique de 300 mégawatts dans la région du lac Abbé. Le pays entend exploiter son potentiel dans ce type d’énergie, estimé à 1000 MW, pour en tirer 40% de sa consommation en 2020. En attendant, Djibouti est interconnecté, depuis 2011, à l’Éthiopie, ce qui devrait lui permettre de couvrir d’ici à la fin de l’année près de 75% de sa consommation.

SB

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Interview  de Ilyas Moussa Dawaleh, Ministre de l’Economie et des Finances : « Après les activités portuaires, les télécoms »

Entre gisements de pétrole et câbles de fibre optique, le grand argentier djiboutien explique les avantages que le pays peut tirer de sa situation.

Jeune Afrique : Djibouti investit massivement dans ses ports, mais il doit compter avec la concurrence de Mombasa, au Kenya, et de Port-Soudan. Comment vous positionnez-vous par rapport à vos voisins?

Ilyas Moussa Dawaleh : Pour desservir l’Éthiopie, Djibouti est naturellement le mieux placé. Quant à la desserte du Soudan du Sud, nous préférons parler de complémentarité avec le futur port de Lamu, au Kenya. La partie nord du Soudan du Sud, où se situe actuellement la production de pétrole, est plus proche de Djibouti que du port de Mombasa, de 700km .Idem pour Port-Soudan. Cela dit, le Soudan du Sud possède d’autres gisements situés dans la partie sud et qui ne sont pas encore exploités. Et cette région est plus proche de Mombasa et de Lamu.

JA : en février, vous avez signé un protocole d’accord de coopération tripartite avec l’Éthiopie et le Soudan du Sud pour le développement d’infrastructures reliant les trois pays (télécom, routes, chemin de fer, pipeline). Avez-vous avancé sur ces projets?

IMD : Un comité d’experts venant des trois pays travaille actuellement pour peaufiner les derniers documents, qui vont être signés dans les semaines à venir. Récemment une étude a encore confirmé que le corridor de pipeline Djouba-Djibouti via l’Éthiopie est, dans le court terme, le projet le plus viable et le plus rentable.

JA : Djibouti est l’un des rares pays à être raccordés à cinq câbles sous-marins. Pourtant les télécoms y sont peu développées. Ne faut-il pas libéraliser ce secteur pour attirer les investisseurs?

IMD : Dans un pays de près de 1 million d’habitants, nous pensons que pour une activité comme la téléphonie l’État devrait rester le principal opérateur. Cela dit, d’autres acteurs seraient plus à même de conduire le développement d’activités comme la gestion à l’international de tous ces câbles. Nous avons signé avec des partenaires qui utilisent la plate-forme de Djibouti : Level 3, Saudi Telecom, Italcom sont déjà installés dans le pays. Et les autorités sont en négociations avancées avec d’autres opérateurs stratégiques. Après les activités portuaires, le secteur des télécoms devrait être un des contributeurs majeurs au PIB du pays. Notre ambition est de devenir en 2035 le deuxième centre de télécommunications d’Afrique.

Propos recueillis par S.B.