Caisses d’épargne : les anglophones en avance sur les francophones (Les Afriques n°212 du 26/07/2012)

Responsable pour l’Afrique à l’Institut Mondial des Caisses d’Epargne (IMCE), Mamadou Diallo, nous parle dans cet entretien de la contradiction fondamentale des caisses d’épargne en Afrique francophone et de la différence de ces institutions avec leurs consœurs de l’Afrique Anglophone. La synthèse entre les deux modèles est–elle possible ?

Les Afriques : Si on doit faire une charte des caisses d’épargne (CE) en Afrique, quels seront les grands principes à prendre en considération ?

Mamadou Diallo : Les Caisses d’épargne en Afrique reposent sur deux modèles choisis généralement en fonction de l’ex-puissance coloniale. Du côté des pays francophones, on a souvent des caisses d’épargne au sein des postes. Les institutions postales, de par ce fait, ont été créées avec des actes réglementaires qui les destinent à faire de la collecte de l’épargne. En fait, ce ne sont pas des institutions financières au vrai sens du terme, puisqu’ils n’ont pas le droit d’octroyer des crédits.

A l’origine, ces institutions fonctionnaient parfaitement. Mais, avec l’apparition des institutions de micro-finance et avec le développement du secteur, ces caisses d’épargne de par leur aspect étatique n’ont pas pu évoluer en phase avec le contexte. La protection implicite de l’Etat fait qu’elles n’ont pas pu s’adapter au moment où il le fallait. Aujourd’hui, les caisses d’épargne sont face à deux contraintes fondamentales. D’une part la concurrence qu’elles ont de la part des établissements de micro-finance, des institutions privées efficaces, et, d’autre part, leur incapacité institutionnelle. Les caisses d’épargne dans la majorité des pays africains francophones ne peuvent pas employer les ressources qu’elles ont et octroyer des crédits. Par conséquent, leurs revenus sont limités. C’est un cercle vicieux. Quand les revenus sont limités les caisses n’ont pas de capacité d’investir.

LA : Le modèle développé en Afrique anglophone est donc plus pertinent ?

MD : Les pays subsahariens anglophone sont plus innovants et un peu plus en avance que les pays francophones. La remarque générale, c’est que les caisses d’épargne dans ces pays se caractérisent par un dynamisme apparent. Ceci dit, je peux dire que sur le plan institutionnel, les pays subsahariens, font preuve d’une grande avancée. L’amélioration de la gestion des caisses est très notable. Particulièrement, en ce qui touche l’octroi de crédit, les moyens logistiques utilisés, et les technologies mises en service de ces instituts d’épargne.

LA : Quel est, à votre avis, l’origine de ce développement vraisemblable des caisses d’épargne dans les pays africains anglophones ?

MD : C’est dû à l’environnement. L’environnement réglementaire. On offre à ces établissements la possibilité d’accorder des crédits. Ce dernier point est d’une importance capitale. Ce sont les crédits qui génèrent plus de revenus. J’ajouterais aussi un aspect culturel. L’ouverture des sociétés joue énormément. Parfois les détails qui sont peu concrets ont des effets tangibles.

LA : Quid de la gestion de l’épargne collectée par les Caisses d’Epargne ?

MD : Il y a eu plusieurs cas de mauvaise gestion dans le passé en Afrique. La plupart du temps, les fonds collectés n’étaient pas disponibles pour rembourser les clients. On était face à des fonds gelés. Que ça soit au Cameroun, au Niger, ou ailleurs, les raisons de la faiblesse sont l’absence d’une solide main dirigeante. Après tout il faut une puissance publique qui soit capable d’injecter des fonds.

LA : Justement, que doit faire les pays d’Afrique pour développer leurs caisses d’épargne ?

MD : Pour le futur, je pense que les autorités politiques doivent établir, d’abord, des réformes institutionnelles. Comme c’est le cas au Maroc, par exemple. El Barid Banque, est une caisse d’épargne qui prend la forme d’une banque postale et qui a réussi une belle évolution. Cette évolution est à relever dans plusieurs pays, comme le Gabon, où il existe une banque postale active. Au Sénégal, les efforts se multiplient pour créer une banque postale. Dans d’autres pays on a des caisses d’épargne relativement autonomes et évoluant vers une banque postale. Donc, ce sont de vraies évolutions enregistrées dans la quasi-totalité des pays. Les caisses d’épargne seront, de la sorte, plus rentables et auront plus de revenus qui leur permettront d’élargir leur cible. Il faut garder en tête que les caisses d’épargne doivent adopter une démarche démocratique est non exclusive, afin d’aller vers les populations les plus vulnérables. Malheureusement, c’est loin d’être une sinécure. Actuellement, les autorités ont compris qu’il faut renforcer les moyens de ces caisses d’épargne pour qu’elles puissent jouer le rôle qu’elles sont censées jouer.

LA : Quel est votre sentiment sur le modèle de la Caisse marocaine de Dépôt et de Gestion (CDG) ? Son modèle est-il exportable en Afrique ?

MD : En tant que plate-forme, l’Institut mondial des Caisses d’Epargne favorise le partage et les échanges entre ses membres. À ce titre, nous encourageons le rapprochement entre les pays. On fait la promotion des modèles réussis. Ceux en avance par rapport aux autres, pour qu’ils encouragent les moins développés à aller de l’avant. Cet échange s’effectue sous plusieurs formes. Des séminaires, des visites d’étude, ou de renvoi d’experts. Ce sont des personnes qualifiées qui vont présenter leur expérience dans des pays souffrants d’anomalie dans le secteur d’épargne. On a, dans ce sens, une coopération avec la caisse d’épargne en France qui envoie des experts bénévoles. Donc ce sont des salariés ou des retraités qui vont communiquer leurs expertises pour aider les caisses d’épargne à se moderniser. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, les résultats sont favorables.

Propos recueillis par Sanae Taleb, Marrakech

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