Marchés financiers : Addis-Abeba trace son sillon (Jeune Afrique n°2690 du 29/07/2012)

Lancé en 2008, l’Ethiopia Commodity Exchange inspire désormais plusieurs pays du continent. Le souci apporté aux petits producteurs n’est pas étranger à son succès.

En seulement quatre ans, l’Ethiopia Commodity Exchange (ECX) est devenu une référence en Afrique. Tour à tour, cette Bourse de matières premières agricoles a reçu, en mai, la visite du président nigérian Goodluck Jonathan puis de son homologue tanzanien Jakaya Kikwete, tous deux venus s’imprégner de son modèle pour le reproduire dans leurs pays respectifs. Ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à la réussite de cette place. Le Rwanda et le Ghana, de même que les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest- africaine (UEMOA), réfléchissent à des projets similaires.

Les performances de I’ECX, lancé en avril 2008, parlent d’elles-mêmes. Plus de 600.000 tonnes de produits agricoles y ont été échangées durant le dernier exercice, clos le 30 juin, soit une augmentation de plus de 100.000 t par rapport à 2010-2011. « Entre 2008 et 2011, nous avons réussi à doubler les volumes de transaction d’une année à l’autre » indique Eleni Gabre-Madhin, directrice générale. Diplômée en agroéconomie des universités du Michigan et de Stanford, en Californie, cette ancienne cadre de la Banque Mondiale, qui cédera son fauteuil le 30 septembre, est également la fondatrice de l’ECX.

En valeur, les transactions de 2011-2012 ont avoisiné 1,2 milliard de dollars (environ 955 millions d’euros), soit une hausse de 21% sur un an. En moyenne, l’ECX réalise 20 millions de dollars de transactions par jour, soit dix fois le chiffre quotidien de la Bourse des valeurs d’Accra et sept fois celui du Nairobi Securities Exchange, des places plus anciennes pourtant classées parmi les plus dynamiques en Afrique subsaharienne.

Fiabilité. « Nous avons mis en place un système qui répond aux besoins des petits producteurs », souligne Eleni Gabre-Madhin, expliquant ainsi la raison de ce succès. En Éthiopie, ces derniers (80% de la population active) représentent plus de 90% de la production agricole totale. De fait, pour les attirer, la quantité minimum de vente a été fixée à 50 sacs de 100 kg, soit 5 t, un volume largement accessible. « Il s’agit plus ou moins de la capacité des petits camions communément utilisés dans les milieux ruraux pour transporter les récoltes », poursuit la directrice de la Bourse. Autre explication: la fiabilité de l’offre et de la chaine d’approvisionnement. « Nous avons dépassé le milliard de transactions sans jamais avoir un défaut de livraison ou de paiement »,  se félicite Eleni Gabre-Madhin.  À travers le pays, I’ECX dispose de 17 entrepôts d’une capacité allant de 5000 à 30.000 t pour le stockage des marchandises (café, sésame, haricots blancs et maïs, les quatre produits actuellement cotés sur cette place). Plus question donc pour les producteurs de conserver eux-mêmes leur récolte au risque de voir leur qualité se détériorer.

Le mécanisme mis en place par I’ECX permet d’évaluer (grâce à un laboratoire) la qualité et la quantité des produits lorsqu’ils entrent en entrepôt. Le café, premier produit d’exportation du pays, est par exemple classé par catégories, et les prix sont fixés en tenant compte de la demande locale et des cours sur les marchés internationaux.

Mais outre ces avantages, le fonctionnement de la Bourse aide aussi à contourner les multiples intermédiaires qui prélèvent au passage une commission. Avant la création de I’ECX, les études estimaient à 38% la part du prix qui revenait aux producteurs. Cette proportion est désormais de 65%, voire de 70%, pour les 15 millions des caféiculteurs éthiopiens. Les paiements se font moins de 24 heures après la signature du contrat, quand ce délai est de 48 à 72 heures pour la plupart des Bourses subsahariennes,

Transformer l’essai. Fort de ses bons résultats, I’ECX peut désormais s’affranchir du financement de ses bailleurs de fonds (Banque Mondiale, Programme des Nations Unies pour le Développement, Agence Canadienne de Développement International…), qui lui ont apporté un appui initial de 24 millions de dollars. Il doit cependant consolider son modèle pour transformer définitivement  l’essai. Cela passera, selon les spécialistes, par l’introduction d’autres matières premières agricoles (pois chiches, lentilles et graines oléagineuses) et par la mise en place progressive des contrats à terme, pour devenir une Bourse plus moderne.

Stéphane Ballong

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :