Infrastructures : Afrique de l’Est, les mégaprojets qui pourraient tout changer (Jeune Afrique n°2692-93 du 12/08/2012)

Soudan-Kenya : Faites Lamu, pas la guerre

Salva Kiir (Soudan du Sud), Mwai Kibaki (Kenya), Mélès Zenawi (Éthiopie) : le 2 mars 2012, les trois Présidents étaient présents au lancement officiel de l’un des plus importants projets d’infrastructures en Afrique de l’Est. Son petit nom ? Lapsset, pou Lamu Port and Lamu Southern Sudan-Ethiopia Transport Corridor dont le coût est aujourd’hui évalué à 24 milliards de dollars (plus de 19 milliards d’euros). Longtemps dans les cartons – l’idée de créer un second port kényan sur l’océan Indien, après Mombasa, daterait des années 1970 -, ce projet semble avoir commencé à se concrétiser véritablement avec la construction de 3 des 32 mouillages, mais les travaux dureront plusieurs dizaines d’années.

Il s’agit non seulement de réaliser un port en eau profonde à Manda Bay, mais aussi de le relier par train et route à Djouba et Addis-Abeba via Lokichogio et Moyale. En outre, et c’est sans doute là l’élément le plus important, le port de Lamu devrait à terme permettre au tout jeune Soudan du Sud d’exporter son pétrole sans se plier aux exigences de Khartoum. La crise actuelle entre les deux Soudans explique la relance politique dont bénéficie le projet, notamment en ce qui concerne le volet des raffineries et du pipeline.

Pirates. Si la réussite du Lapsset permettrait une meilleure intégration régionale du Kenya, du Soudan du Sud, de l’Éthiopie et même de l’Ouganda, les obstacles sont nombreux. Le plus difficile sera sans doute de séduire les investisseurs, même si la Chine, le Qatar, l’Allemagne, la Banque Africaine de Développement (BAD) et la Banque Mondiale ont montré leur intérêt. En effet, le port de Lamu s’ouvrira sur une zone maritime dans laquelle les pirates sont très actifs et à proximité  de la Somalie où, malgré l’action de la mission de l’Union Africaine (Amisom) et de l’Armée kényane, le chaos orchestré par les milices Shebab reste problématique.

En outre, au-delà des questions environnementales et culturelles soulevées par une telle industrialisation, le projet se heurte à l’opposition des communautés locales, peu consultées, dont celle des 25.000 pêcheurs qui dépendent des ressources halieutiques de la baie. Dans un contexte politique tendu (élections aux Kenya, conflit inter soudanais en Somalie), la corruption risque aussi de freiner le projet: des achats de terres à des fins spéculatives ont d’ores et déjà été dénonces.

Nicolas Michel

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Éthiopie : barrages titanesques

« Château d’eau de l’Afrique »: de la Guinée à la RD Congo, le titre est revendiqué par plusieurs pays. Mais s’il en est un qui peut légitimement y prétendre, c’est bien l’Éthiopie. Le pays, d’une altitude moyenne de plus de 2000 m, connaît une très généreuse saison des pluies. L’énorme potentiel hydroélectrique qui en découle (estimé à 45 gigawatts – GW) pourrait donc fournir une partie de l’énergie nécessaire à une Afrique de l’Est en plein essor (le continent dans sa totalité consomme 488 GWh par an).

C’est toute la stratégie adoptée par Addis-Abeba en 2005, et qui devrait lui permettre de multiplier par sept sa production hydroélectrique lors des cinq prochaines années. Le barrage de Gilgel Gibe III, sur la rivière Omo (qui coule des hauts plateaux vers le Kenya, un de ses futurs clients), devrait être achevé courant 2013 et plus que doubler la puissance installée. Les ONG craignent toutefois son impact sur le mode de vie de la population en contrebas, étroitement lié au niveau du lac Turkana qu’il alimente.

Mais la pièce maîtresse du dispositif éthiopien reste le gigantesque barrage de la Renaissance, sur le Nil Bleu (principal affluent du Nil), à mi-chemin entre Addis-Abeba et Khartoum et dont la construction devrait s’achever en 2014. Les chiffres du futur barrage, le plus puissant du continent, donnent le tournis : il devrait avoir une capacité de 6 GW (soit la puissance de près de quatre réacteurs nucléaires de dernière génération), coûter quelque 5 milliards de dollars (4 milliards d’euros, qu’Addis-Abeba a prévu de financer seul, s’appuyant notamment sur un grand emprunt), mesurer 145 m de haut et 1800 m de long, et enfin retenir un bassin de 63 milliards de mètres cubes, soit le double du lac Tana, le plus grand du pays. Le projet suscite des tensions avec l’Égypte, qui craint que les évaporations d’eau et autres usages agricoles de la retenue ne rognent sur ses « droits historiques » à l’utilisation des eaux. Mais le Premier ministre éthiopien, Mélès Zenawi, a affiché sa détermination: « Nous mettrons toutes nos forces et chaque centime de nos économies dans l’achèvement de notre programme. »

Pierre Boisselet

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