Archive for octobre, 2012

23 octobre 2012

Diaspora africaine, c’est le moment d’investir au pays ! (Les Afriques n°217 du 18/10/2012)

Aux yeux des investisseurs étrangers, l’Afrique a rarement été aussi séduisante qu’en 2012. La totalité des pays africains sont en croissance positive. La plupart des gouvernements s’efforcent d’améliorer le climat des affaires. La classe moyenne s’accroît et consomme.

Les entrepreneurs africains de la diaspora seraient-ils les derniers à succomber à l’attractivité de l’Afrique ? C’est en tout cas ce que révèlent les investigations de Knowdys intelligence économique auprès de 56 entrepreneurs africains basés à Paris, Londres et New-York. Opérant dans un milieu européen ou américain plus transparent où l’asymétrie d’information est relative, les entrepreneurs de la diaspora estiment à juste titre que les risques, les obstacles, les coûts de transaction et la longueur des procédures, sont trop importants pour investir dans leur pays d’origine. Entre aux autres griefs, ils regrettent que le commerce transfrontalier soit encore relativement compliqué. Trop de procédures, de bureaucratie, de corruption. Et pour leur donner raison, un rapport de la Banque Mondiale a récemment mis en évidence les multiples entraves tarifaires, techniques, logistiques, administratives, politiques et juridiques qui freinent les échanges intracontinentaux, provoquant une perte de revenus potentiels évaluée à plusieurs milliards de dollars, par an, d’après les analystes de Bretton Woods.

Comme si la diaspora était la dernière à y croire. Lorsqu’on analyse la situation de l’Afrique francophone,à titre d’exemple, on note effectivement que les insuffisances des infrastructures énergétiques,routières, ferroviaires, portuaires constituent un frein monumental pour la croissance. S’ils le souhaitaient,les investisseurs africains de la diaspora pourraient contribuer aux 24 milliards d’euros dont l’Afrique subsaharienne a besoin en plus,chaque année, pour mettre ses infrastructures au niveau de ses besoins, d’après une récente estimation de la Banque Mondiale.

Les ¾ des entrepreneurs interviewés par Knowdys considèrent que l’accès au crédit dans leur pays d’origine est encore limité, que les taux d’intérêt y sont trop élevés, et que les droits de propriété des investisseurs sont peu protégés par rapport au reste du monde. Malgré les critiques légitimes de ces entrepreneurs, encore que tous les pays ne soient pas logés à la même enseigne, l’Afrique présente des atouts qui attirent de plus en plus d’investisseurs étrangers. Tout se passe comme si la diaspora était la dernière à croire aux potentialités actuelles et futures du continent. En 2010, les investissements directs étrangers en Afrique ont franchi la barre des 55 milliards de dollars, soit cinq fois le montant 10 ans auparavant.

La totalité des pays africains font de la croissance en 2012. La secrétaire d’état américaine Hillary Clinton en visite en Afrique du sud en septembre 2012 déclarait: «Si on regarde l’Afrique, on y voit une énorme croissance économique alors que l’économie mondiale est toujours en difficulté. Sept des dix économies qui progressent le plus vite dans le monde sont dans cette région». Trois mois plus tôt, la Banque Africaine de Développement (BAD) avait indiqué que la croissance moyenne du continent devrait bondir cette année à 4,5%, contre 3,4% en 2011 (année marquée par les révolutions arabes), et s’accélérer à 4,8% en2013. Le 14 août 2012, Mthuli Ncube, économiste en chef et vice-président de la BAD a annoncé à Johannesburg que la totalité des pays africains font de la croissance en 2012. Selon les prévisions compilées de l’OCDE des Nations Unies, la croissance de l’Afrique subsaharienne sera de 5,3% en 2012 et5,4% en 2013. Parmi les économies africaines qui devraient croître le plus vite entre 2012 et 2013, la Libye fait la course en tête, avec un taux de croissance attendu de 14,8%.

Si en 2012, l’Afrique ne pèse encore que 4 % de la richesse mondiale, en 2050 ce sera 12%. Elle sera alors plus riche que l’Europe et pèsera l’équivalent de 2/3 des États-Unis et de l’Europe réunis. Par ses investissements, la diaspora peut contribuer à renforcer les capacités du continent en vue de concurrencer les autres marchés émergents à croissance rapide.

La classe moyenne s’accroît et consomme. Le 6 mai 2011, la Banque Africaine de Développement a publié un rapport indiquant que plus de313 millions de personnes constitue la classe moyenne africaine. Autrement dit, un Africain sur trois fait preuve d’une demande croissante en produits de haute qualité. La classe moyenne africaine,équivalente en nombre aux classes moyennes chinoise et indienne constituent donc un réservoir de consommateurs pour les produits de luxe et de confort moderne, de voitures, d’ordinateurs, de smart phones, de réfrigérateurs, de machines à laver, etc.

L’augmentation attendue des dépenses de consommation de 60%, à 1400 milliards de dollars, d’ici 2020 sur le continent, selon des chiffres de la Banque Mondiale, participe des facteurs qui encouragent et rassurent des investisseurs inquiets de la forte dépendance des économies africaines vis-à-vis des cours des matières premières. Les investisseurs internationaux considèrent l’émergence d’une classe moyenne et la croissance de la consommation comme deux des atouts les plus séduisants des marchés africains. Les entrepreneurs de la diaspora, si les conditions leur étaient facilitées, pourraient aider à relever le super défi de l’accroissement de la main-d’œuvre locale en contribuant à la création des emplois dans le secteur privé.

Les géants mondiaux affluent sur le continent. Signe que les affaires se portent bien en Afrique, depuis quelques années, les Big Four (PWC, Deloitte,Ernst & Young et KPMG) renforcent leurs positions sur le continent. Et ils ne sont pas seuls. Après l’acquisition de 20% de Standard Bank en 2008pour un montant de 3,8 milliards d’euros, Industrial and Commercial Bank of China a récemment ouvert une représentation en Afrique du Sud. Barclays a suivi le même mouvement. Après avoir acquis 56% d’Absa Bank en 2005 pour la somme de 2,1 milliards d’euros, la banque britannique a choisi de délocaliser sa direction Afrique au pays de Nelson Mandela, au quatrième trimestre 2011. Crédit Suisse a également inauguré sa toute première filiale africaine à Johannesburg début 2011. Le top management de Standard Chartered, quant à lui,dit clairement être «à l’affût de toutes les opportunités d’acquisitions qui pourraient se présenter en Afrique». Bien exposé à l’Afrique de l’Est, le groupe britannique qui réalise 10 % de ses bénéfices sur le continent, vise à présent l’Afrique de l’ouest avec trois cibles prioritaires : Angola, Ghana et Nigeria. HSBC est toujours à la recherche d’un partenaire stratégique en Afrique. Après l’ouverture d’une filiale en Afrique du sud, JP Morgan a orienté son viseur vers le Ghana et le Kenya. Le 24 septembre2012, la banque Lazard a ouvert un département consacré au marché subsaharien. La liste est longue.

Autre signe des temps et non des moindres, depuis septembre 2012, l’agence américaine d’informations économiques et financières Bloomberg recherche activement des journalistes free-lance en Afrique dans huit pays d’Afrique: l’Érythrée, la Guinée équatoriale, le Tchad, le Togo, la République centrafricaine, le Mozambique, Sao Tome & Principe et le Lesotho. Dans plusieurs autres grands groupes mondiaux, les organigrammes reflètent une nette tendance à l’africanisation. Deux exemples parmi les plus parlants : entre 2010 et 2012, Nestlé qui s’est donné pour objectif de «doubler son chiffre d’affaire en Afrique d’ici 2020» a prévu d’injecter un milliard de francs suisses pour augmenter ses capacités de production. L’américain Coca-Cola a prévu d’investir 12 milliards de dollars entre 2010 et 2020 sur le continent. Le même désir d’Afrique est notable chez des acteurs comme Unilever ou Pernod Ricard qui ne cachent plus leurs ambitions. Quid de la diaspora africaine?

Ils font main basse sur les terres arables d’Afrique. Au cours de la décennie écoulée, la course à l’acquisition massive des terres arables s’est imposée comme une nouvelle clé de compréhension de la géopolitique mondiale. Sous la pression des prix alimentaires croissants, de la demande accrue en agro-carburants, en matériaux bruts et en bétail nourri au grain, ainsi qu’en raison de la faible profitabilité des marchés financiers en déroute, des multinationales (telles que Glencore ou Armajaro) et des pays financièrement riches (tels que le Brésil, la Chine ou le Qatar) investissent pour sécuriser leurs filières alimentaires. En passe de devenir le grenier du monde, l’Afrique voit affluer des grands groupes agroalimentaires et des fonds souverains étrangers qui font main basse sur les terres arables, au point d’inquiéter les petits producteurs locaux. Cette problématique est d’autant plus sensible que « le changement climatique pourrait faire baisser la production de 16 % dans le monde et de 28% dans le seul continent africain au cours des 50 années à venir» d’après Robert Zoellick, directeur de la Banque Mondiale de juillet 2007 à juin 2012.

A cause d’une trop grande asymétrie d’informations, la cartographie des stocks alimentaires détenus par de gros exportateurs internationaux sur des produits de base tels que le maïs, le riz, le blé fait grandement défaut aux pays subsahariens. Les autorités locales peinent, en effet, à collecter et à distribuer des informations fiables dans ce domaine sensible. Pourtant, avec 60% de terres mondiales non cultivées, l’Afrique se positionne comme une région clé pour la sécurité alimentaire mondiale. Au lieu de céder aux sirènes de l’agro-industrie comme dans d’autres parties du monde, la diaspora africaine pourrait jouer un rôle crucial dans le soutien aux agriculteurs du continent. Elle pourrait ainsi acheter les terres arables pour les empêcher de tomber dans l’escarcelle des firmes étrangères. Elle pourrait également investir avec succès dans l’approvisionnement en semences de meilleure qualité, ainsi qu’en infrastructures de stockage et de transport pour accroître le rendement des agriculteurs et éviter qu’une part non négligeable de la production ne soit perdue comme c’est le cas actuellement.

La destination la plus attractive des 10 prochaines années. Les analystes de Knowdys sont formels : l’Afrique sera la destination la plus attractive pour les grands investisseurs institutionnels internationaux au cours des 10 prochaines années. Face à cette réalité,les agences d’intelligence économique spécialisées sur l’Afrique sont outillées pour accompagner les investisseurs et les entrepreneurs de la diaspora dans la détection et la surveillance des entreprises solides qui donnent envie d’investir. Car les vraies pépites sont et resteront :

1. Des entreprises dont on comprend aisément l’activité,

2. Des entreprises présentant des perspectives d’avenir favorables,

3. Des entreprises gérées par des personnes honnêtes et compétentes,

4. Des entreprises dont l’activité est faiblement exposée aux aléas politiques.

Investisseurs et entrepreneurs de la diaspora africaine, n’attendez plus ! Le moment d’investir au pays, c’est maintenant ! Ne soyez pas comme cet ingénieur de 43 ans qui se confiait ainsi récemment à la sortie d’un forum sur les investissements innovants en Afrique : «… J’avais mon idée de création depuis plus de quatre ans […] Mais j’attendais que le régime change, que le climat des affaires s’améliore… Voyant que rien n’avançait comme j’avais prévu, je me suis résolu à y aller quand même, histoire de tenter ma chance. Sauf qu’à mon arrivée, un jeune chef d’entreprise chinois de 27 ans avait déjà mis en pratique mon idée. Et il avait pignon sur rue, impossible à déloger. Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.»

Guy Gweth Consultant-expert en intelligence économique – Knowdys: www. knowdys.com – http://www.africadiligence.com

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22 octobre 2012

Brèves (Les Afriques n°217 du 18/10/2012)

Tanzanie : sur souscriptions de l’émission obligataire. Confirmant les prévisions des analystes, la récente émission d’obligations à échéance 10 ans par la Banque de Tanzanie a été un succès. A cette occasion, 62,58 milliards de shillings ont été recueillis, soit 45,54% de plus les 43 milliards de shillings initialement prévus.

Rwanda : présence accrue des banques en milieu rural. Les ¾ de la population Rwandaise d’âge adulte accèdent aux services bancaires, révèle Finscope dans son dernier rapport sur l’exclusion bancaire. Depuis 2008 le taux d’exclusion bancaire a baissé de 46% au Rwanda. C’est en zones rurale que les efforts doivent encore être intensifiés.

Kenya : sursouscription des actions de NIC Bank. La récente émission de nouvelles actions par NIC Bank Ltd a remporté un vif succès. En effet, l’opération qui a fait l’objet d’une sursouscription à hauteur de 238% a rapporté à la banque plus de 7 milliards de shillings kenyan, contre un montant de 2 milliards de shillings initialement attendus. James Macharia, DG de NIC Bank Group a salué cette performance qui témoigne de la confiance qu’ont les actionnaires et des investisseurs en la croissance du groupe.

Bénéfice en hausse dans les exports de café rwandais. En dépit des mauvaises conditions météorologiques, les revenus d’exportation tirés du café du Rwanda ont atteint 10 millions de $, contre 5,6 millions de $ pour la saison précédente. Selon le National Council of Agricultural Export, cette performance est due à la qualité de la récolte mais aussi à l’ensemble des dispositions marketing dont fait l’objet de café rwandais.

Prometteuse exploration du nickel en Tanzanie. Ngwena Company Ltd, filiale d’Australian Ressources IMX a découvert d’importantes réserves de nickel en Tanzanie. Les réserves de Ntaka Hill Nickel Sulphide Project, située dans le sud-est du pays sont estimées à quelque 290.000 tonnes, ce qui en rend l’exploitation économiquement viable. Compte-tenu de ces bonnes perspectives, Christopher Airo, DG de la société, a confirmé la poursuite des recherches.

Tanzanie : projet d’un gazoduc entre Mtwara et Dar-es-Salaam. Sebastian Shana, porte-parole de la Tanzania Petroleum Development Corporation (TPDC), vient de dévoiler un mégaprojet, comprenant un gazoduc de 532 km entre Mtwara et Dar es-Salaam ainsi que  la construction d’une usine de traitement du gaz naturel. Le chantier devra être livré dans 18 mois.

Kenya : approbation du projet éolien du lac Turkana par le plan Vision 2030. Avec un montant de 75 milliards de shillings, il s’agit, dans son domaine, de l’investissement privé le plus important dans l’histoire du Kenya. Il vient de faire l’objet d’une approbation par le plan stratégique gouvernemental Vision 2030. Le Conseil qui pilote le projet a annoncé la signature d’un protocole d’entente avec Lake Turkana Wind Power. A terme, ce chantier devra fournir 20% de la puissance installée du pays, soit 300 MW.

Ouverture prochaine d’une trentaine d’hôtels Accor en Afrique. A l’occasion du Forum sur l’investissement hôtelier en Afrique qui s’est récemment tenu à Nairobi, Accor a annoncé l’ouverture d’une trentaine d’hôtels nouveaux sur le continent, soit 5000 chambres supplémentaires, à l’horizon 2016. Le groupe passant de 17.000 à 22.000 chambres consoliderait ainsi sa place de n°1 sur le continent.

L’Ouganda étrenne sa nouvelle centrale hydroélectrique. Le président ougandais Yoweri Museveni vient d’inaugurer la centrale hydroélectrique de Bujagali. D’une puissance de 250 MW, elle est située dans à l’ouest du pays dans le district de Jinja. Le projet, d’un coût de 902 millions de $, permettra de compléter l’approvisionnement électrique du pays, a souligné le président. Conçu suivant le modèle BOT (Build Operate Transfer) entre le gouvernement, le consortium du Fonds Aga Khan et les filiales américaines de Blackstone, la centrale sera pilotée par Bujagali Energy Ltd dans ce cadre d’une concession de 30 ans.

22 octobre 2012

Jeunesse en Afrique : une bombe atomique à désamorcer (Les Afriques n°216 du 11/10/2012)

Réconcilier croissance et emplois, voilà le challenge de la nouvelle Afrique en croissance. La stabilité en ligne de mire, au Forum de Paris, des ministres, capitaines d’industrie, décideurs de tout bord ont partagé leur vision sur la problématique. Synthèse.

La jeunesse était au cœur du 6e forum économique de l’Afrique organisé par l’OCDE. C’était le 4 octobre 2012 à Paris. D’entrée de séance, la parole fut donnée aux décideurs et opérateurs économiques. Le ministre sénégalais des finances, Amadou Kane, ancien directeur de la BNP Afrique, ancien président du conseil d’administration de la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan, rappelle que 3 chômeurs africains sur 5 sont jeunes. «Nous tablons sur un taux de croissance au Sénégal de 3,7% en 2012 grâce au secteur agricole. Mais cette situation de reprise cache des contreperformances de certains secteurs traditionnellement dynamiques comme le bâtiment et les télécommunications».

Pour l’ancien banquier, le rééquilibrage budgétaire engagé par le nouveau pouvoir est indispensable pour rétablir la confiance des partenaires. Des réformes saluées par la banque mondiale qui l’a souligné dans le cadre de sa dernière mission de consultation (au titre de l’article 4) au Sénégal. Se rangeant dans le camp de l’orthodoxie économique, Amadou Kane estime que le challenge de l’emploi des jeunes devrait reposer avant tout sur des fondamentaux solides, l’éducation et la formation.

Amadou Kane : «l’emploi des jeunes repose sur l’orthodoxie budgétaire». Le Sénégal doit créer entre 500.000 et 600.000 emplois dans les cinq prochaines années, en lançant des projets notamment dans les énergies renouvelables,les infrastructures, l’élevage,l’agriculture et l’agro-industrie. Autre rééquilibrage à introduire selon le ministre sénégalais des finances, redonner au secteur primaire une attention particulière. «Cela permettra d’endiguer l’exode rural qui vient grossir le chômage dans les centres périurbains», poursuit le ministre. Mais aucune stratégie d’emploi ne serait gagnante si elle n’incluait pas le secteur privé, les entreprises en général et les PME-PMI en particulier.

L’accès au financement des entreprises reste une question clé. Amadou Kane a insisté sur le renforcement des fonds propres, l’accompagnement des projets à travers certains mécanismes comme les fonds de garantie. Le levier fiscal allégeant le cadre du crédit-bail, du capital investissement et de la finance islamique contribuera à la dynamique recherchée, souligne le ministre qui rappelle que le nouveau président, Macky Sall, est décidé à poursuivre l’ancrage de la démocratie au Sénégal. L’annonce de la réduction de son mandat de 7 à 5 ans rappelée par Amadou Kane constitue en la circonstance un des meilleurs gages.

Tiemoko Meyliet : «indispensable d’avoir un marché financier développé». Mais l’exécutif sénégalais le sait, c’est sur les attentes de la jeunesse qu’il sera évalué dans cinq ans. Les objectifs à atteindre reposent en partie sur les orientations de la Banque centrale des états de l’Union économique et monétaire ouest africaine. Tiemoko Meyliet, gouverneur de la Bceao, met en premier ligne les crises politiques,l’impact des chocs exogènes (aléas climatiques)et la faible diversification des économies comme facteurs à risques. Le taux d’investissement public et privé tourne autour de 19% en zone Uemoa contre plus de 30% dans les pays émergents. S’intéressant à l’emploi, le gouverneur juge le secteur financier développé comme indispensable,avec un impact qui sera d’autant plus élevé qu’il privilégiera les secteurs à fort potentiel d’emplois.Parmi les contraintes financières, la faible bancarisation (à peine 15% en incluant les services décentralisés comme la micro finance), l’insuffisance de l’épargne intérieure (12%du PIB contre 30 à 40% dans les autres pays en développement, la capacité du système financier à répondre à la demande de crédit compte tenu du niveau des fonds propres, les contraintes juridiques et l’insuffisance de l’information financière sur les agents économiques. Le gouverneur de la Bceao a présenté au cours de ce forum, un certain nombre de points pour permettre aux institutions financières d’exercer leurs activités dans les meilleures conditions.«L’objectif recherché c’est d’avoir un système financier fort et stable qui finance l’économie dans tous ses compartiments entreprises, PME,ménages …». Pour y arriver, la croissance économique demeure indispensable,souligne M.Tiemoko.

Jean Louis Billon : «nous devons être compétitifs». Qu’en pense le secteur privé ? Président du groupe Sifca, qui intervient de la plantation à la transformation des produits agricoles et qui emploie 25.000 personnes, Jean Louis Billon connaît bien la problématique de l’emploi. «Le problème que nous rencontrons c’est l’absence de titre fonciers, ce qui permettrait d’utiliser des actifs fonciers comme levier financier». Un problème important, comme le reconnaît Tiemoko. «Il faut arriver à faire dans nos Etats une base foncière. L’hypothèque repose sur des titres fonciers». Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, qui sort de crise, l’inclusion des jeunes est cruciale. Pour cela, «Il nous faut être compétitifs car sur ce domaine ont est largué de partout. Des coûts de facteurs élevés, une fiscalité lourde, des coûts d’infrastructures chers. On doit s’inspirer de l’Asie. Nous sommes le continent le plus jeune et c’est là, en Afrique, qu’on paye le plus cher», déclare M. Billon.

En clair, au-delà des problèmes soulevés par les intervenants à ce forum, il faudrait partir d’un constat froid. La croissance enregistrée depuis 2003 par les pays africains n’est pas génératrice d’emplois. Pourquoi et que faut-il faire ? Les réponses, forcément diverses, doivent intégrer les données compilées dans le rapport 2012 sur l’emploi des jeunes en Afrique. Selon le document présenté aux conférenciers, ce n’est plus la question de la formation qui pose problèmes puisque 42% des jeunes africains de 20 à 24% ont un niveau secondaire. Ils seront 59% à remplir cette condition en 2030. Dans de nombreux pays, l’emploi des jeunes représente moins de 15% des salariés souligne en outre le rapport. Néanmoins il est important de noter que les personnes de plus de 30 ans disposant d’un niveau supérieur sont moins exposées au chômage. Compte tenu de sa croissance démographique, l’Afrique devra créer 1,9 millions d’emplois publics chaque année jusqu’en 2025.

Adama Wade, Paris

20 octobre 2012

L’Afrique terre de délocalisation Made in China (Les Afriques n°216 du 11/10/2012)

Si l’Afrique, à en croire les projections de spécialistes, sera la première puissance démographique du monde dans les décennies à venir. La Chine, à cause de sa politique d’enfant unique, sera vivement encouragée à transférer en Afrique une grande partie de ses activités industrielles. Les premières délocalisations sont déjà entamées.

Entre 2010 et 2025, le nombre de chinois âgés de 15 à 24 ans va chuter de 62 millions pour se stabiliser à 164 millions de personnes. Quelque 6 projets de Zones Économiques Spéciales (ZES) avaient été sélectionnés par des responsables chinois pour être déployées en Égypte, en Éthiopie, à Maurice, au Nigéria et en Zambie.

L’Afrique, qui ne représente qu’environ 1% de la production manufacturière mondiale, pourrait bénéficier de la modernisation et de la diversification de sa structure industrielle, pour peu que des infrastructures et un cadre incitatif soient mis en place : adéquation formation-emploi, environnement législatif sécurisé, stabilité politique. En effet, le transfert de 6% des emplois industriels chinois à faible valeur ajoutée en Afrique entraînera, une hausse de l’offre de travail de 50% en Afrique, estime la Banque Mondiale. Rappelons que la Chine dispose de 85 millions d’emplois industriels à faible valeur ajoutée et l’Afrique d’environ 10 millions. Malgré la bonne orientation de ces partenariats sino-africains, plusieurs facteurs peuvent ralentir la mise en œuvre de ces projets : les différences culturelles, la barrière de la langue, la non-prise en compte par les entreprises chinoises des aspects environnementaux et sociaux et une difficulté pour les Chinois à effectuer des transferts de technologie et de formation de la main-d’œuvre africaine.

Les délocalisations chinoises ont aussi pour but de rapprocher la production des consommateurs. Contrairement à l’Europe et aux Etats-Unis ou les entreprises chinoises ont dû mal à s’implanter, à cause de la peur de gouvernements. Toutefois, ces derniers accueillent à bras ouverts les investissements chinois qui créent des emplois et relancent souvent leurs économies.

Sanae Taleb, Casablanca

19 octobre 2012

«L’Assurance vie en Afrique avance à un bon rythme» (Les Afriques n°216 du 11/10/2012)

Co-auteur avec Fréderic Planchet d’un ouvrage sur l’Assurance en vie Afrique, Aymric Kamega ébauche la situation du secteur de l’assurance-vie en Afrique. Une révolution silencieuse marquée par un bond de 32% entre 2006 et 2010. Entretien.

Les Afriques : Votre ouvrage «Actuariat et Assurance Vie en Afrique subsaharienne francophone» parle d’un secteur dynamique. Quelles sont les perspectives de l’assurance-vie en Afrique d’une manière générale ?

Aymric Kamega : Malgré des difficultés dont le continent n’a pas l’exclusivité historique, l’assurance-vie en Afrique en générale avance à un bon rythme. C’est ainsi qu’entre 2006 et 2010, le chiffre d’affaires des assureurs vie a augmenté de 32% en Afrique, contre une hausse de 19% à l’échelle mondiale.

Au niveau de l’Afrique subsaharienne francophone, l’évolution du marché de l’assurance vie est également appréciable. Ainsi, il apparaît que depuis 2004, le chiffre d’affaires du marché de l’assurance vie dans la région augmente de plus de 15% par an. Ces chiffres ne sont que l’illustration d’un potentiel de croissance de l’assurance-vie dans la région.

En effet, que ce soit en Afrique de l’ouest ou en Afrique centrale, force est de reconnaître que l’assurance vie classique en Afrique subsaharienne francophone (assimilée à la zone CIMA) représente un réel potentiel de croissance, et cela à quatre titres. Premièrement, le taux de pénétration du marché y est très faible (moins de 0,5% dans la région, contre plus de 3% à l’échelle de toute l’Afrique, plus de 4% à l’échelle mondiale et plus de 7% en France). Deuxièmement, les systèmes de solidarité traditionnels (c’est-à-dire l’assurance vie familiale ou communautaire), très importants dans la région, présentent en l’état de nombreuses limites (faible périmètre de mutualisation, absence de tarification des risques, etc.). Troisièmement, la région compte aujourd’hui plus de 125 millions d’habitants et devrait en compter près de 300 millions d’ici 2050, dont une forte proportion de jeunes (le taux de dépendance vieillesse y est égal à 6% aujourd’hui, contre 25 % aujourd’hui en France, et devrait rester sous les 10% en 2050). Enfin, l’évolution des mentalités dans la région devrait être favorable au développement du secteur.

LA : L’absence d’un marché financier développé se répercute-t-il sur le développement des compagnies d’assurance-vie?

AK : Oui. Une des principales caractéristiques du secteur de l’assurance est l’inversion de son cycle de production : les organismes assureurs perçoivent les primes avant de régler les prestations, et doivent donc se constituer des provisions (réserves), généralement placées sur les marchés financiers, de manière à être capables de payer les sinistres en leur temps. La gestion des actifs sur les marchés financiers est donc essentielle pour les compagnies d’assurance (cette exigence est d’ailleurs effectivement plus forte pour les compagnies d’assurance vie car dans ce cas l’écart entre la date d’encaissement des cotisations et celle de versement des prestations est plus important).

Or aujourd’hui en Afrique subsaharienne francophone (assimilée à la zone CIMA pour mémoire), les opportunités de placements sur les marchés financiers sont limitées, ce qui ne permet ni d’optimiser la gestion actif-passif, ni d’offrir aux bénéficiaires des taux de rendement substantiels. Pour expliquer cette situation, on peut évoquer la perfectibilité des trois marchés financiers de la zone CIMA (la

BRVM, la Bvmac et la DSX) en termes de viabilité, d’efficience et de rentabilité, trois marchés qui sont notamment confrontés à des problèmes de dynamisme, de liquidité et de profondeur.

Cet état des marchés financiers locaux et l’absence de délocalisation des capitaux (à juste titre souhaitée par l’autorité de contrôle) conduisent alors à une surreprésentation des liquidités bancaires dans les placements des assureurs vie de la région (plus de 35% des placements). Cette situation limite ainsi les promesses de taux de rendement attractifs, entrave la mise en place de couvertures adaptées des engagements et ne permet donc pas aux assureurs-vie de la région de se développer dans de bonnes conditions. De surcroît, ces contraintes ne permettent pas à l’assurance-vie de participer de façon optimale au financement des économies africaines, alors même qu’il s’agit là d’un des rôles majeurs que doit jouer ce secteur pour le développement. Plusieurs initiatives et idées séduisantes voient toutefois le jour progressivement, et devraient permettre demain à l’assurance vie de jouer pleinement son rôle de source de financement de l’économie et de disposer de taux de rendement attractifs. Des travaux académiques et professionnels dans ce sens restent toutefois nécessaires.

LA : Sentez-vous une évolution des mentalités en Afrique par rapport à l’assurance-vie?

AK : Oui. Au sein de la région, certaines caractéristiques sociales, psychologiques ou économiques des populations constituent historiquement un frein au développement de l’assurance-vie. Ceci étant, comme indiqué dans l’ouvrage, ces spécificités ne traduisent pas une incompatibilité entre l’environnement socioéconomique de la région et le développement de l’assurance-vie, elles illustrent seulement la nécessité pour les assureurs de proposer des solutions innovantes et adaptées, permettant de tenir compte de ces spécificités. Il s’agit là d’un point essentiel : il n’existe pas un manque de culture de l’assurance vie dans la région, comme en témoigne l’importance des systèmes d’assurance-vie informels, tels que les tontines, mais plutôt une inadéquation de l’offre des assureurs-vie aux caractéristiques socioéconomiques des populations.

Parmi ces caractéristiques socioéconomiques, on peut retenir l’absence de climat de confiance entre les assurés (et/ou prospects) et les compagnies d’assurance-vie (ou leurs partenaires). Ainsi, par exemple, nombre d’assurés (et/ou de prospects) ne sont pas convaincus de la bonne foi des assureurs en ce qui concerne leur promesse de payer les sinistres en échange des cotisations qu’ils exigent. Dans les faits effectivement, on observe historiquement de nombreux retards importants dans le paiement des prestations dues aux bénéficiaires, ce qui a affecté gravement la crédibilité des opérations d’assurance-vie.

Aujourd’hui, toutefois, il apparaît une évolution des mentalités dans la région (qui devrait s’intensifier au regard du changement d’ère politique, de l’expansion des systèmes éducatifs, etc.) qui est favorable au développement du secteur. Ainsi par exemple, certains comportements funestes de nombreux dirigeants de compagnies d’assurance-vie dans la région tendent à s’estomper: le népotisme et les pots-de-vin n’y font plus autorité.

L’assainissement du marché et la recherche de solutions de long terme sont donc désormais une priorité, notamment sous l’impulsion de la CIMA et de la Fanaf. En témoignent les États généraux de l’assurance-vie tenus à Douala durant l’été 2007 et les États généraux de la micro-assurance tenus à Abidjan en octobre 2009. Ces évolutions, impulsées par l’autorité de contrôle et l’association professionnelle, se traduisent par des évolutions structurelles au sein des organismes d’assurance vie et par une vive marginalisation des acteurs manquant de professionnalisme. Aussi, en pratique aujourd’hui le marché est en voie de concentration et compte d’ores-et-déjà plusieurs grands groupes ou réseaux régionaux, largement solvables et disposant de ressources financières conséquentes.

Propos recueillis par A.W