La France contre-attaque (Jeune Afrique n°2708 du 02/12/2012)

À quelques jours d’un voyage gouvernemental au Maroc, Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur expose la stratégie de Paris pour doper l’activité des entreprises hexagonales sur le continent.

Le 12 décembre, le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, se rendra au Maroc pour échanger avec son homologue Abdelilah Benkirane dans le cadre de la onzième rencontre de haut niveau entre les deux pays. Le chef du gouvernement français mise beaucoup sur ce déplacement pour renforcer les liens économiques entre Paris et Rabat, au moment où les entreprises hexagonales cèdent du terrain sur le continent. Objectif non dissimulé : rééquilibrer la balance commerciale française (20 milliards d’euros, hors énergie) d’ici à cinq ans.

« Un objectif ambitieux mais atteignable », estime Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur qui sera du voyage. « Cela nécessite de faire progresser nos exportations plus vite que nos importations, d’au moins 2% par an », ajoute l’ancienne sénatrice socialiste, qui a reçu Jeune Afrique dans son bureau de Bercy, à Paris, pour exposer la stratégie du gouvernement. Dans ce contexte, l’Afrique, dont la France est le premier fournisseur européen, est une priorité. « Les grands émergents de demain y sont », plaide la ministre.

Polémique. Au Maroc, Paris croit beaucoup au développement de projets de colocalisation. Autrement dit, à l’implantation d’unités de production d’entreprises hexagonales dans le royaume, quand elles ne concurrencent pas les emplois français. Un sujet polémique après les déclarations d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, demandant aux centres d’appels opérant au Maroc de rapatrier leurs activités en France. « C’est vrai que, lors de mon premier voyage à Rabat, en juillet, j’ai dû faire œuvre de pédagogie pour rassurer mes interlocuteurs. Mais, depuis, la position d’Arnaud Montebourg a évolué et nous avons ensemble commandé un rapport sur ce sujet, dont les conclusions sont attendues début 2013 », insiste Nicole Bricq. Pour elle, l’usine du sous-traitant aéronautique Aircelle (filiale du groupe Safran) à Nouaceur a d’ailleurs valeur d’exemple à suivre.

« J’aimerais promouvoir la même politique en Algérie, et nous prendrons le temps nécessaire pour le faite », affirme-t-elle. Un sujet qu’elle espère voir avancer avant la visite à Alger du président François Hollande, fin décembre. Selon Nicole Bricq, cette approche illustre en outre un changement d’attitude vis-à-vis des États africains. « C’est vrai que la colocalisation, c’est prendre le risque que votre associé devienne un concurrent. Mais on ne peut pas regarder les demandes de ces pays avec condescendance comme au début des années 1990. Ce qu’on accepte de la Chine, on doit l’accepter de l’Afrique », estime-t-elle.

Au-delà des partenaires traditionnels, son pari est d’élargir la zone d’influence française au sud du Sahara. Si Paris continue d’entretenir des liens privilégiés avec les États francophones dans le cadre des accords de coopération monétaire, les pays anglophones font désormais partie des priorités. « Ce n’est pas un hasard si j’ai fait ma première visite en Afrique subsaharienne, début novembre, au Kenya: il y a de la croissance, une classe moyenne émergente et un cadre démocratique. Et je me rendrai partout où on retrouve ces caractéristiques », explique Nicole Bricq. D’ailleurs, début 2013, la ministre a prévu de se rendre en Afrique du Sud, où Areva tente actuellement de décrocher la construction de plusieurs centrales nucléaires.

Sa visite à Nairobi a aussi été l’occasion de rappeler que l’aide française devait être un levier pour développer le commerce franco-africain. « En dix ans, la France a débloqué 1 milliard  d’euros pour le Kenya au titre de l’aide au développement. Quand je regarde d’activité que cela a générée pour nos entreprises, le retour sur investissement n’y est pas. En période de crise, c’est un peu compliqué d’expliquer aux contribuables français qu’ils financent les entreprises chinoises parce qu’elles sont les moins-disantes [pour effectuer les travaux financés grâce à l’aide, NDLR] », explique Nicole Bricq. Sans vouloir remettre en cause le principe de l’aide déliée, son cabinet étudie actuellement le moyen d’améliorer l’efficacité des financements français. Durant son séjour, la ministre a par exemple signé un prêt concessionnel de 7 millions d’euros, dont 70% seront utilisés pour faire travailler des entreprises hexagonales.

Visas. Pour accompagner les sociétés françaises sur ces nouveaux marchés, Paris entend redéployer des équipes d’Ubifrance, l’agence pour la promotion des exportations. Ce sera notamment le cas à Nairobi, avec l’ouverture d’un bureau en janvier. Plus globalement, Nicole Bricq souligne combien il est important de renforcer l’accompagnement des PME dans la durée. Enfin, dans le cadre du plan de compétitivité annoncé par le gouvernement, la nouvelle Banque publique d’investissement aura pour mission d’apporter des solutions de financement, tandis que les régions françaises devront intégrer leurs actions internationales dans la stratégie définie par l’État.

En revanche, sur la question des visas accordés aux hommes d’affaires africains, il n’est pas certain que le gouvernement parle d’une seule voix. Nicole Bricq a beau avoir insisté auprès du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, aucun effort n’est pour le moment prévu dans ce domaine. Preuve que tout l’exécutif français n’est pas encore convaincu de la nécessité d’une parfaite réciprocité dans les relations franco-africaines.

Julien Clémençot avec Christophe Le Bec

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