Jean-Marc Brault «L’économie africaine se porte bien mais sa démographie reste un grand défi pour son avenir» (Les Afriques n°227 du 17/01/2013)

En pleine tempête de l’affaire Arcelor Mittal à Florange (France) qui continue à défrayer la chronique, la problématique des logiques d’investissements des multinationales étrangères ont poussé Les Afriques à aller à la rencontre d’un Conseil. Jean-Marc Brault de Bournonville, Président de la Commission Afrique et Océan Indien des CCEF nous fait le point. Décryptage.

Les Afriques : Que représente pour vous le marché industriel africain au regard de la crise financière qui sévit aujourd’hui en Europe ?

Jean-Marc Brault : Il est clair qu’au regard de la situation prévalant en Europe, les entreprises françaises doivent se tourner vers les marchés émergents pour trouver des relais de croissance. Sur le marché industriel Africain se pose la question de la compétitivité de l’économie africaine qui ne trouvera de solutions efficaces que dans le cadre d’une intégration régionale. Cela permettra d’avoir des infrastructures concernant plusieurs pays à des coûts plus compétitifs. Il nous faut de plus en plus de projets régionaux. C’est la solution pour sortir de l’économie de rente. Cela permettra d’avoir une industrie de transformation avec plus de valeur ajoutée.

LA : Vos conseils et suggestions au gouvernement français sont-ils bien pris en compte

JMB : Très difficile à appréhender, et à se prononcer sur cette question.

LA : Selon vous, où se situe le maillon faible de l’offensive des entreprises françaises en Afrique ?

JMB : Je pense que les entreprises françaises ont des atouts importants; la réussite de certaines est là pour le démontrer, ce qui manque aux entreprises françaises c’est indéniablement de la solidarité entre elles ; on peut dire, pour reprendre votre question que c’est le maillon faible, il faut mieux travailler ensemble pour que les champions entrainent d’autres PME ou ETI avec elles.

LA : Qu’est ce qui a changé selon vous ces dernières années dans les rapports économiques globalement entre l’Afrique et la France ?

JMB : La notion de sécurité : on parle de plus en plus du couple sécurité et développement ou développement et sécurité, l’un ne va pas sans l’autre. La sécurité sous toutes ses formes, la sécurité physique des collaborateurs, des installations, la sécurité juridique, la sécurité foncière. Je pense que ces réflexions existaient pour prendre en compte les investissements, mais cela restait sous contrôle, maintenant ces sujets sont évoqués de plus en plus ouvertement.

LA : Comment se porte l’économie africaine, dynamique ou timide ?

JMB : En comparant les taux de croissance des uns et des autres, l’économie africaine se porte bien. Cependant la croissance démographique pose le grand défi de nourrir le continent africain dans le futur. L’autre défi à mon avis est l’éducation et la formation, nécessaires pour soutenir la dynamique de l’économie africaine.

LA : Vous avez mis en marche un nouveau concept baptisé «la France économique à long terme» pour reconquérir des parts de marché au Sud du Sahara passées sous le pavillon des Chinois et Indiens. La donne a-t-elle changé ou pas ?

JMB : Pour être conquérant il faut une stratégie à long terme. Le financier a pris le pas dans beaucoup d’entreprises sur le métier et l’opérationnel. Ce qui a conduit à une vision plus court termiste des situations. Nous avons aussi une compétition globale en face. Les pays pour attirer les investisseurs potentiels d’une part et, d’autre part, les entreprises entre elles. Les pays encore pour soutenir leurs entreprises dans les marchés étrangers. La compétition est partout. Je pense que mettre en place une bonne vision de conquête partagée par tous les acteurs et un «mieux travailler-ensemble» remettraient l’équipe France en bonne position.

LA : Quel est l’état des entreprises françaises depuis le retour de la stabilité en Côte d’Ivoire, un potentiel marché en berne ces dix dernières années ?

JMB : Cela ne concerne pas que les entreprises françaises car beaucoup d’entreprises françaises agissaient en tant qu’entreprises ivoiriennes installées sur place depuis longtemps et tout le monde économique attendait la stabilité indispensable au développement. Le moral est meilleur, mais les entreprises françaises doivent savoir et bien intégrer que pour gagner des marchés il faudra être compétitif et meilleur, elles ne peuvent pas compter sur un avantage quelconque concernant la relation entre la France et la RCI. Les marchés doivent être gagnés. Par ailleurs, le sujet de la formation sera l’un des enjeux majeurs. Le développement de la RCI a besoin de cadres de haut niveau et d’une main d’œuvre qualifié à tous les niveaux. C’est pour moi un enjeu très important.

LA : L’Afrique anglophone est très en retrait du périmètre d’intervention des firmes françaises. Comment comptez-vous inverser la tendance ?

JMB : J’étendrai cette question aussi aux pays lusophones. C’est vrai mais cela évolue, les entreprises ont pour la plupart des directions internationales qui ont une vision globale de l’Afrique. Par ailleurs ces entreprises sont attirées par le potentiel de croissance de ces nouvelles géographies d’intervention. Je dirais que sur ces zones les entreprises françaises sont en attaque et dans la zone francophone, elles sont en défense.

LA : Eiffage Sénégal a décliné ses chantiers dans le domaine de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise. Quel rôle comptez-vous jouer pour accompagner les autres sociétés françaises opérant en Afrique ?

JMB : Notre rôle consistera à intervenir, à faire passer des messages, à faire du lobbying auprès des Etats et des bailleurs de fonds pour que la RSE soit prise en compte dans les appels d’offres.

LA : Quelle est la feuille de route du CNCCEF notamment la Commission Afrique durant votre mandat?

JMB : En ce qui concerne la commission Afrique, chercher à entrainer de nouveaux acteurs, de nouvelles entreprises sur ce continent en donnant une image positive de l’Afrique, et en les aidant de façon très pragmatique. Mais surtout, insister lors de rencontres sur l’importance de l’intégration régionale.

Propos recueillis par Ismael Aidara, Envoyé spécial à Paris

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